LE COMBAT DE VA UDREUIL
Carte montrant la pointe oil le chevalier de Vaudrcuil defit les Iroquois.
moins depuis les premiers temps de la colonie, lorsqu’ils remontaient l’Outaouais. Us y passaient la unit, et, le matin, ils traversaient la riviere, afin de portager par la rive nord. Mais s’il fallait se reposer en remontant le Long-Sault, on le descendait tout d’une traite, aide par la rapidite du courant, et ne devait camper qu’a Carillon.
Le voisinage du Petit-Rideau etait done bien choisi, car aucun endroit n’etait moins expose aux surprises. En descendant, les canots, emportes par le rapide, etaient obliges d’y passer tout droit et n’auraient pu y accoster qu’en rebroussant un bout de leur chemin. Quant a ceux qui venaient d’en bas, on les voyait partir de la chute a Blondeau situee a moins de deux milles en aval.
Comme on le voit, M. de Vaudreuil n’y pouvait surprendre les Iroquois qu’en arrivant, comme il le fit, a travers les bois. Et ce fait prouve en faveur de la tradition des Sauvages.
Cette tradition, Madame Ross l’a aussi recueillie, mais nous n’avons pu Finterroger que le vingt-neuf aout 1921, dix ans plus tard exactement. Son epoux etait
La Victoire de Vaudreuil
alors decede depuis une couple d’annees. Void a peu pres ses paroles: “J’ai connu “une dame Gaudie agee de quatre-vingt-dix “ans. Lorsque son mari, qui etait ma- “qon, travaillait a la construction de l’an- “cien canal de Grenville (entre 1830 et “1840), elle avait connu, disait-elle, une “tres vieille Indienne qui lui indiquait cet- “te pointe (celle decrite plus haut) comme “ayant ete le champ d’un combat entre des “Blancs et des Sauvages. Cette Indienne “avait appris cela des anciens de sa nation.”
Quatre personnes octogenaires ont plus que suffi a nous transmettre le souvenir d’un fait accompli il y a deux cent trente ans; mais la chaine eut-elle plus d’anneaux, que la tradition n’en paraitrait guere moins authentique.
M. de Vaudreuil avait en effet, dans son armee, une centaine de Sauvages de la Montagne et de Sault-Saint-Louis. Charlevoix dit meme qu’il en avait cent vingt et nous donne ainsi a penser qu’une vingtaine d’Algonquins du lac Nipissing ou des Laurentides, venus a Montreal pour y vendre leurs pelleteries, profitaient de l’occasion pour remonter la Grande Riviere aus-
Combats du Long-Sault
si loin que possible en bonne compagnie.
Repassant ensuite chaque annee au site du combat, rien de plus vraisemblable qu’ils se soient raconte sur place, de pere en fils, ce qui s’y etait passe. En de telles conditions, il serait etonnant que la tradition se fut perdue.
Pour en revenir au combat, M. de Vaudreuil fit done faire a son aile gauche un grand circuit, mais ne put envelopper completement ou du moins assez tot les ennemis dont un certain nombre s’echapperent. La plupart cependant furent accules a la greve. La, on comprend sans peine qu’avant de se jeter dans le courant trop rapide et trop large pour etre facilement traverse a la nage, ils aient oppose aux Francais une resistance desesperee. Ils en tuerent onze, en blesserent plusieurs et perdirent eux-memes une vingtaine d’honmies. On comprend egalement bien que, pousses a l’eau, ils y soient alles par le plus long chemin qui etait celui de la pointe. Ici, separes de leurs canots et sous une grele de balles, ils se sont enfin jetes a la nage et noyes pour la plupart.
On leur prit cinq homines, neuf femmes, cinq enfants; on delivra neuf captifs de
La Victoire de Vaudreuil
ceux qu’ils avaient pris a la Chenaie et trois autres qu’ils retenaient depuis longtemps.
La Chaudiere-Noire reussit a traverser la riviere sans trop s’occuper de sa dame qui fut prise et conduite a Sault-Saint- Louis.
II y avait au Petit-Rideau plus de deux cent quarante Iroquois qui perirent en grande partie.
L’histoire ne mentionne pas d’autre combat dans les parages du Long-Sault.