Hist, de la Nouvelle France”, pages
Combats du Long-Sault
Deux lieues est la distance a peu pres exacte entre la tete du premier rapide et le pied du troisieme. L’endroit situe deux lieues au-dessus de Grenville eut ete bien mal choisi, car il n’y a la aucune protection naturelle comparable a un rapide avec ses passages inevitables. Lea Iroquois connaissaient mieux leur interet. Et ceci donne a penser que Charlevoix, etranger au pays, a fait une confusion en prenant le premier rapide pour le Long-Sault dont il n’est qu’une partie. Au reste ceci va devenir certain.
Comment avons-nous pu identifier l’endroit precis du combat? — Il est temps de le dire, c’est au moyen d’une tradition qui a tous les caracteres de l’authenticite.
Ceux qui ont lu YHistoire de Chomedey de Maisonneuve par l’abbe P. Rousseau, P.S.S., savent qu’il y place le combat de Dollard a Greece’s Point, et voici pourquoi: “On a trouve, dit-il, sur la terre de M. Ross, des batteries de fusils, des fers de lances, etc.; et des restes de palissades ont ete trouves, lorsqu’on a creuse le canal de Grenville.” Notons ici que la ferme Ross est au pied du troisieme rapide, cote sud, et fait face a Greece’s Point qui est du cote nord.
La Victoire de Vaudreuil
Interroge par l’auteur de la presente etude sur la source de ses informations, M. Rousseau a repondu qu’il avait appris ces details par un de ses eleves, natif de Carillon.
Nous avons eu la curiosite, alors que nous etions deja arrive a des conclusions definitives sur le site du combat de Dollard, de savoir ce qu’il pouvait y avoir de vrai dans ces informations donnees a l’historien de M. de Maisonneuve. Le vingt-neuf aout 1911, nous sommes alle voir M. Ross luimeme. II avait alors soixante-treize ans. II nous a dit que sa terre etait celle de son pere, un colon de 1827, et qu’on n’y avait jamais trouve d’autres reliques que des pointes de fleches, ainsi qu’il s’en rencontre partout ou les sauvages ont eu l’habitude de camper.
Interroge sur les pretendus restes de palissades de Greece’s Point, il a repondu: “Je n’en ai jamais entendu parler.” A 1’ instance : “D’ou peuvent bien venir toutes ces assertions?” il a repondu: “C’est de la pure blague.”
Ces reponses mettent en lumiere la franchise de M. Ross qui, on le verra bientot, etait tres convaincu, mais pour d’autres
raisons, que le combat de Dollard avait eu lieu sur sa terre.
•‘Ce qu’il y a de vrai, continua-t-il, c’est que d’apres une tradition des Sauvages qui avaient l’habitude de camper sur ma terre, lorsqu’ils descendaient autrefois a Montreal, un grand combat y aurait eu lieu entre des Blancs et des Indiens. Ces Sauvages y venaient encore lorsque j’etais jeune, et ils nous montraient une pointe qu’iis disaient avoir ete le theatre de ce combat. On a tou jours cru qu’il s’agissait de 1’affaire de Dollard.”
Nous sommes alle voir cette pointe avec le docteur Quesnel, de Hawkesbury, auquel M. Ross avait raconte sur place la meme tradition, quelques jours auparavant. Elle se trouve au pied du rapide de Grenville et cinq ou six arpents en aval des cascatelles que forme un ruisseau nomme le Petit-Ri deau, en tombant dans 1’Outaouais. Elle est rocailleuse et ne doit pas etre confondue avec une pointe semblable qui la suit immediatement et dont le sol est un roc vif. L’une et l’autre sont plus ou moins longues selon que l’eau est plus ou moins basse. C’est entre la premiere et le Petit- Rideau que les Algonquins campaient, au