Scène IV M. Fiset entre
F. — C'est bien, c'est bien, D., défends-toi, ne te laisse pas manger la laine sur la tête. Songez, Messieurs, que M. D. a été réélu échevin pour le quartier de . . . dont je ne me rappelle pas le nom dans le moment actuel d'actuellement.
D. — Oui, et à Y unanimité.
H. — Parce qu'il ne s'en est pas présenté 4' autres . . .
D. — Quoi ?
F. — Il dit que tu as été élu par préférence à un autre.
D. — A la bonne heure ; je crois pourtant qu'il a dit autrement ; mais ça m'est égal, si on m'insulte, mon parti est pris :
J'abandonne Papineau Et je me fais Statu Quo.
F. — Voyez comme il fait des vers, ce cher M. D.
D. — On sait bien que tu es un farceur, F.,
B. — Allons, finissons donc tous ces propos. Tiens, voilà M. G., l'un des secrétaires de notre comité constitutionnel.
H. — Et ex-secrétaire d'ambassade auprès du très honorable D.-B. V.1, notre ambassadeur près de la cour de Londres, demeurant au London Coffee Honse, Ludgate-Hill.
F. — Où G. ne gagnait rien,
Pourquoi il est revenu soudain.
i. Viger (Denis-Benjamin.)
P. — Ecoutez donc, H., dites donc plutôt citoyen V . . . r, cela sent mieux le républicain, n'est-ce pas, B. ? Accoutumez-vous donc petit à petit ; vous n'avez que des honorables dans la tête, vous autres.
F. — Oui, tandis que nous voulons les fouler aux pieds.
G. — Bah ! des honorables ; si vous aviez été à Londres et à Paris comme moi, messieurs — je me trompe, je voulais dire citoyens — c'est là que vous verriez combien on y fait peu de cas des honorables, des marquis, des ducs, des princes, des rois, enfin ; là, dans ces grandes villes, les ramoneurs sont respectés au plus haut degré, car ils font une partie du peuple, c'est-à-dire qu'ils composent partie des masses. J'en ai vu, à Londres, des masses qui voulaient se révolter (légitimement, cela s'entend) contre les autorités constituées. Ah ! que c'était beau ! que c'était grand ! J'ai vu aussi à Paris, près de la colonne d'Austerlitz, des rassemblements de masses de braves patriotes (on les appelle aussi sans-culottes), et véritablement plusieurs d'entre eux en manquaient, mais cela est dû à la tyrannie du gouvernement, et, chose singulière, la police, cette infâme police de gendarmes de Louis-Philippe, les chassait
de rue en rue et de quai en quai, tout comme des moutons.
F. — Il paraîtrait, monsieur G., que vous avez vu bien des choses dans vos courses lointaines ; eh bien ! je vous parierai, moi, que vous n'avez jamais vu de patriote d'outre-mer capable de faire ce qu'un des nôtres est prêt à faire dans l'occasion?
G. — Qu'est-ce que c'est? dites, dites, car j'ai vu bien des choses, je vous assure, surtout en fait & anecdotes.
F. — Eh bien! apprenez, monsieur G., que nous avons parmi nous un patriote, ou un sans-culottes, comme on les nomme à Paris, qui est capable de manger un écossais tout cru !
G. — Miséricorde ! que me dites-vous là ? Mais c'est donc un descendant de ces terribles Iroquois qui dévastèrent le pays dans le commencement de ses établissements. Dieu, quelle horreur !
F. — Je n'ai pas le temps de vous en dire davantage ; tenez, le voilà qui entre : voyez ce cercle de longs poils qui encadre sa figure.. . voyez sa robe de castor, ou de peau d'ours... non, je me trompe, c'est un simple manteau de drap dont il est affublé; voyez cette démarche fière et imposante. . . ; tremblez, habi-
tants de la Calédonie ! surtout vous, qui portez la jupe écourtée.
G. — Eh ! mais, mais . . . c'est mou ami W. . . r * ; comme vous êtes badin, monsieur F.
W. — Comme vous voilà tous effarouchés, citoyens ! s'agirait-il donc de révolution, de guerre? je le veux, nous le voulons. Je suis prêt, nous sommes prêts. Allons, à vos canons ; baïonnette au bout du fusil ! Je vous conduirai au feu, moi ; sachez que je porte un Napoléon sur ma poitrine.
F. — J'aimerais mieux en avoir un dans ma poche, moi.