‹ Les trois comédies du "Statu quo" 1834 [microforme]Chapitre 31 sur 41 · SCÈNE Il · texte numérisé non relu

SCÈNE Il

GLACKEMEYER, entrant avec précipitation. — Qu'est-ce que ce vacarme-là, M. l’Avocat du Roi? Quelle est donc la cause de votre emportement? Je vous entendais du milieu de la Place d’Armes ; vous n'êtes pas prudent

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de crier si fort. Mais quelque patriote auraïitil attenté à votre vie? N’auriez-vous pas, par hasard, découvert quelque intrigue, quelque infidélité ?

HAMEL, /eignant d'être de sang-froid. — Ah! non, je suis loin d’être jaloux.

GLACKKMEYER. — Ce n’est pas l'être que de veiller sur son monde. Mais qu'est-ce enfin ? Quelque sergent d'armes, peut-être... (77 rit aux éclats). —Oh ! mé que c’est drôle... Souffrez que je plaisante, M., car c’est mon faible, vous savez. Toutefois, dites-moi donc ce qui en était.

IAMEL.—Oh! M. je ne puis, je ne puis; c'est un secret d'office.

GLACKEMEYER.— Beau secret d'office, qu'ont entendu tous vos voisins ! N'importe, à ce propos, il me vient en tête une bonne idée. Répaadons le bruit que les Patriotes auraient payé quelqu'un pour vous assassiner. Ce serait le sujet d’un bon article pour le Sfa/u quo, et pour le coup les épithètes de révolutionnaires, de sans-culottes, de terroristes viendraient à merveille; ça serait drôle, ça, n'est-ce pas ?

HAMEL. — Oui, pour vous autres, Messieurs, mais pour moi, c’est différent. Ne voyez-vous pas que je serais le personnage ridicule de la

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pièce ? Ce s’rait bien le reste, si, ayant été grondé, il fallait qu’on crût que j'ai été battu.

GLACKEMEYER.—En effet, vous avez raison ; c’est juste, c'est juste ; j'abandonne ma proposition. Venons-en à la nouvelle du jour. Que pensez-vous de notre situation ? Elle est critique, n'est-ce pas ? Croyez-vous que otre petit V'ulcain, et c'gueux de T'ersite, son mouchard, nous en ont fait de belles ? Il ne sera pas bien aise de s’tirer d’une pareille affaire, car nous sommes découverts, c’est fini. Pourtant, si je puis être nommé président au comité de ce soir, j'ai des moyens, et des drôles...

HAMEL. — Tout doux, M. Glackemeyer, on verra si vous me déplanterez... Vous en êtes plus au temps où vous faisiez tant de bruit dans les assemblées

GLACKEMEYER.— Eh! bien, l’on verra...

Mais que font-ils donc, eux, qu’ils ne viennent point? Ils relisent le Cazadien, sans doute ; ils y jouent un si beau rôle! Ce qui me console, moi, c’est qu’ils n’ont point osé m'attaquer de front : ils n’ont fait que m'’effleurer en passant. Vous, M. l'avocat du R :, avez-vous vu comme ils vous étrillent? Oh! mé, qu’c'est drôle !

HAMEL. — Moi, ils m'appellent ce pauvre

avocat grondé, voilà tout. Commedit Thomas, grondé n’est pas battu.

GLACREMEYER.— Cest juste, Mais ces deux vers

Tout son corps ramassé dans sa conrte grosseur Fesait gémir la barre sous sa molle épaisseur.

HAMEL, Piqué. — Ne me poussez pas à bout, M. l’Échevin, car je pourrais dire bien des choses pour eux... Sachez qu’ils vous ont épargné, vous.

GLACKEMEYER.— Qu ils disent,qu’ils disent, ils ne m’empêcheront pas d’être élu à la Basse- Ville, à la prochaine élection. Soyez sûr, M. que je n’y perdrai pas mon vin et mes provisions. C’te fois-là, que c'était drôle de vous voir déguerpir de l’Isle avec vos provisions !

HAMEL, se fâchant. — Je le sais, vous vous présentez. Oh! pour le coup, vous êtes sûr de votre fait. Les femmes seront pour vous ; elles ne votent plus, mais elles intrigueront..

GLACKEMEYER, piqué aussi. — Est-ce à vous à faire le railleur, M. Cujas? Oubliezvous la réprimande d’ignorance que vous avez reçue de M. l’Orateur? Vous fûtes pourtant la recevoir comme en triomphe. Quelle peine u’avons-nous pas eue à vous détourner d'y

aller avec votre robe de soie! C’est dommage à présent, les Patriotes en auraient fait quelque chose de drôle.

HAMEL.— Je me suis bien tiré de cette affaire. On admira quel sang-froid, quelle grâce, quel air imposant j'avais à la barre.

Tous les Barreaux n’ont-ils pas pris ma défense? Dans une pareille occasion, qui aurait pris la vôtre ?

GLACKEMEYER. — Les Barreaux... les Barreaux n’ont point agi pour vous, alors, vous le savez.

HAMEL.— Je crois que vous en auriez fait de belles à sa place, vous, M. le Notaire !

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