‹ Les Trois comédies du "Statu quo", en 1834Chapitre 19 sur 41 · I. Viger (Denis-Benjamin · texte numérisé non relu

I. Viger (Denis-Benjamin

P. — Ecoutez donc, H., dites donc plutôt citoyen V . . . r, cela sent mieux le républicain, n'est-ce pas, B. ? Accoutumez-vous donc petit à petit ; vous n'avez que des honorables dans la tête, vous autres.

F. — Oui, tandis que nous voulons les fouler aux pieds.

G. — Bah ! des honorables ; si vous aviez été à Londres et à Paris comme moi, messieurs — je me trompe, je voulais dire citoyens — c'est là que vous verriez combien on y fait peu de cas des honorables, des marquis, des ducs, des princes, des rois, enfin ; là, dans ces grandes villes, les ramoneurs sont respectés au plus haut degré, car ils font une partie du peuple, c'est-à-dire qu'ils composent partie des masses. J'en ai vu, à Londres, des masses qui voulaient se révolter (légitimement, cela s'entend) contre les autorités constituées. Ah ! que c'était beau ! que c'était grand ! J'ai vu aussi à Paris, près de la colonne d'Austerlitz, des rassemblements de masses de braves patriotes (on les appelle aussi sans-ctdottes), et véritablement plusieurs d'entre eux en manquaient, mais cela est dû à la tyrannie du gouvernement, et, chose singulière, la police, cette infâme police de gendarmes de Louis-Philippe, les chassait

de rue en rue et de quai en quai, tout comme des moutons.

F. — Il paraîtrait, monsieur G., que vous avez vu bien des choses dans vos courses lointaines ; eh bien ! je vous parierai, moi, que vous n'avez jamais vu de patriote d'outre-mer capable de faire ce qu'un des nôtres est prêt à faire dans l'occasion ?

G. — Qu'est-ce que c'est ? dites, dites, car j'ai vu bien des choses, je vous assure, surtout en fait à^ anecdotes,

F. — Eh bien ! apprenez, monsieur G., que nous avons parmi nous un patriote, ou un saiis-culottes^ comme on les nomme à Paris, qui est capable de manger un écossais tout cru !

G. — Miséricorde ! que me dites-vous là? Mais c'est donc un descendant de ces terribles Iroquois qui dévastèrent le pays dans le commencement de ses établissements. Dieu, quelle horreur !

F. — Je n'ai pas le temps de vous en dire davantage ; tenez, le voilà qui entre : voyez ce cercle de longs poils qui encadre sa figure.. . voyez sa robe de castor, ou de peau d'ours... non, je me trompe, c'est un simple manteau de drap dont il est affublé ; voyez cette démarche fière et imposante ... ; tremblez, habi-

tants de la Calédonie ! surtout vous, qui portez la jupe écourtée.

G. — Eh! mais, mais... c'est mon ami W. . . r ^ ; comme vous êtes badin, monsieur F.

W. — Comme vous voilà tous effarouchés, citoyens ! s'agirait-il donc de révolution, de guerre ? je le veux, nous le voulons. Je suis prêt, nous sommes prêts. Allons, à vos canons ; baïonnette au bout du fusil ! Je vous conduirai au feu, moi ; sachez que je porte un Napoléon sur ma poitrine.

F. — J'aimerais mieux en avoir un dans ma poche, moi.

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