SCENE XII -2;i
CAMILLE, se levant anssi.
Oh! monsieur, ce n'est pas sérieux?
DUPONT
Madame, je n'ai jamais été aussi sérieux; c'est un bon liasard qui nous a réunis... Nous sommes peut-être tout près du bonheur, ne le laissons pas échapper.
CAMILLE, elle le regarde, puis après nu temps.
Remontrez-moi donc vos photographies?
DUPONT
Pourquoi faire? •
CAMILLE
Je dois avoir tout au moins le droit de choisir.
DUPONT, désappointé.
De choisir? .. Ah! c'est juste!... en effet, c'est juste! (Lui
remellanl une photographie, avec découragement. )V'oici I autcur,charmaiilgarçon, treiile-qualre ans! (a par..)Dieu ! qu'il l'ait ch'iud
ici*!... (Camille passe. Lui donnant l'autre.) Voilà le peintre,
charmant garçon, Irente-lrois ans ! (a pan.) Je suis bien mal à mon aisel... (a lui-même.) Lâche!.. . lâche!... que je suis!... (Haut, avec chaleur.) Je ne VOUS parlerai plus de moi, madame; mais voilà mon ami Curiace Desmichél : c'est un garçon de mérite, do cœur, d'esprit^ qui a déjà de la réputation; reçu chez les gefls les plus hororables, il marche à une belle position, qu'il est digne d'occuper, et qu'il occupera bientôt... Quant à Curiace Savenel, le peintre, il a déjà exposé plusieurs fois, tous les critiques ont rendu pleine justice à son talent, et si la chance lui a été jusqu'à présent un peu contraire, il la vaincra, Madame, je vous r.'itteste, je vous l'aflirme, et je me porte garant ue ce que je vous dis.
CAMILLE, après un temps.
Allons, c'est très-bien, monsieur... quand on plaide si bien la cause des autres, on a deux fois acquis le droit de plaider la sienne. Vous parlez d'or, monsieur l'avocat.
DUPONT
Eh bien! madame, prouvez-moi que j'ai gagné ma cause... accordez-moi mes honoraires.
A cette brusque demande, je ne sais véritablement que répondre !... Se marier, c'est chose grave; ne faut-il pas se connaître?
DUPONT
Oh! quel paradoxe, madame! est-ce que vous croyez • Dupont, Camille.
qu'on se connaît jamais avant le mariage; il faut se marier pour se connaitro.
CAMILLE
Il y a beaucoup de vrai lù-dedans.
DUPONT
Tout, madame, tout; le mariage est une loterie, on doit prendre son numéro au hasard... Vous hésitez, voyons, madame, les Dupont se suivent, mais ne se ressemblent pas... Ayez confiance!... prenez-moi?
CAMILLE
Vous no m'avez pas laissé tout dire : nous sommes en ce moment en procès iivec les compagnies américaines qui avaient assure le navire englouti... Mon mari poriait^avec lui toute ba lurtune, et le procès perdu, je n'ai plus rien, absolument rien.
DUPONT
Vrai?... Ah! mais ceci me donne du courage. Madame... Unelemme à voire âge ne peut rester sans appui, sans défenseur; ma fortune est suffisante, redevenez madame Dupont, il y a si peu de chose à faire : voyez, les mêmes initiales, car votre nom n'esi-il pas comme ïe mien précédé d'un C ? Vous vous appelez?... Laisspz-le moi deviner! Caroline?... Clorinde?...Non!.\. Charloiie?Ah! Claire?... Clara?... Clarina?... Clotilde?... Ahl c'est pourtant un joli nom! Ça n'est pas encore ça!... .oyons donc... Camille?... Oui?.\. vous vous appelez... Oh! madame, osez donc dire encore que lé hasard ne me justifie pas!... Curiacect Camille! J'en appelle à riiistoire romaine, j'en appelle à Corneille ! Nous étions fans pour nous adorer! La moitié de la route est faite, faites l'autre.
CAMILLE
Vous ne remarquez pas, monsieur, dans quelle situation .vous rue placez. Et si je reconnais de grand cœur toute la délicatesse de voire demande, c'est pour me rappeler qu'il serait indélicat à moi d'accepter.
DUPONT
Pourquoi? à cause du procès? Permettez, madame... Tout est-il désespéré relativement aux compagnies d'assurance?
CAMILLE
rs'on, certes.
DUPONT
Donc, en ce moment, vous avez encore quelque espoir ?
CAMILLE
Oui.