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l*aiiois elles s"oicin»ai<'iit n presser des roses ou des Heurs d'oranger, pour comj)0serdes parfums. Elles fumaient aussi des narguilhés, ou s'exerçaient à chanter m jouant du tambour de bas(j[ue et en ballant de la derboucca.
Elles étaient comme plongées dans une tristesse immense, dans un écœurement d'abruties, filles d'une lace condamnée, subissant des choses fatales avec une résignation ir.un.e.
Les soirs d'été, aux couchers du soleil, il leur arrivait de monter sur leur toit, qui était eu terrasse, à la mauresque. Alors elles échangeaient le bonsoir avec d'autres femmes, qui vivaient comme elles, et qui étaient perchées sur le haut des vieux murs, dardant leurs yeux noirs sur la Kasbah, comme les cigognes des ruines.
Elles voyaient de là toute une série monotone de terrasses blanches, et puis deux choses qui se dressaient tout, près d'elles dans le vaste ciel lumineux : l'antique mosquée de Sidi-Abderhaman, avec ses
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carreaux de faïence verte et jaune aux nuances crues, tranchant sur la chaux sans tache, — et, à côté, la silhouette raide d'un palmier. Au loin, c'était la Méditerranée, unie comme une grande nappe d'azur et, dans la dircclion de Sidi-Ferruch, un plan de montagnes rouges, sur lesquelles des champs d'aloès marquaient des marhrures hlouàires.
Il y avait bien des années, le mari de Kadidja, Cheikh-ben-AhdaiJah, avait été tué dans une insurrection contre les Français, et Fizali et Fatinah-ben-Cheikh étaient orphelines.
Malgré les bijoux anciens qui les couvraient, débris des richesses de leur mère, il était aisé de voir que maintenant elles étaient pauvres.
Six matelots qui se donnaient le hras circulaient un soir dans la ville d'Alger.
Ils étaient tellement gris, que la rue Bâb-Azoun ne semblait plus assez large pour leur donner passage, et, en marchant de travers, ils chantaient une monotone chanson de bord ({ui n'avait ni rime ni raison :
Joli baleinier, voux-tu naviguer ?
Joli baleinier, Joli baleinier.
Leur navire était venu le jour même mouiller dans le port, et, en arrivant, ils avaient touché leur solde de six mois.
Ils l'avaient dépensée, et, le soir, leurs poches étaient à peu près vides.
D'abord ils avaient loué deux voitures pour se montrer, avec des roses à leurs boutonnières, dans les quartiers neufs qu'ont bâtis les chrétiens. Ensuite ils s'étaient attablés dans tous les cabarets, buvant partout des choses très cher et ne regardant point à la dépense.
Ils avaient fait tous les genres de bêtises et d'enfantillages, attrapé des chats, cassé
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des verres, embrassé des chiens; aux portes de toutes les maisons à boire, ils avaient provoqué des attroupements ébahis; on les avait vus partout, menant un vacarme d'enfer, volés de plus en plus, à mesure qu'ils étaient plus ^n'is, frappant sur le ventre creux des Arabes, qui les regardaient d'un air ^rave, ou les tirant par leur capuchon : des cervelles d'enfants de huit ou dix ans, gouvernant des corps d'hommes.
Us avaient distribué des pièces blanches à une foule de petits êtres éhontés et dépenaillés, sales de figure et d'instincts, qui s'étaient attachés à eux comme k une proie, leur servant le feu pour leurs cigares, ou faisant reluire leurs souliers avec des brosses volées. Ils avaient donné une raclée terrible ;\ un juif qui leur avait offert ses deux toutes petites fdles, et puis un louis à un autre, qui les avait menés dans un lupanar où des femmes maltaises avaient continué de les dépouiller.
Leur ivresse n'était pas bien repoussante, parce qu'ils étaient sains et jeunes. Ils s'en allaient tout débraillés, avec de bonnes figures rondes qui prenaient des expressions drôles... Ils faisaient part aux passants de leurs réflexions, qui étaient inouïes.
Ils avaient beaucoup circulé par la ville, et ne savaient pas trop où ils se rendaient pour le moment.
La luiil venait. C'était un dimanche de mai, et lair était chaud. Dans les grandes rues droites que les chrétiens ont percées (afin qu'Alger devînt pareil à leurs villes d'iuirope),. toute sorte de monde s'agitait : des Français, des Arahes, des juifs, des Italiens; des juives au corsage doré, des Mauresques en voile blanc; des lîédouins en burnous, des spahis, des zouaves ; des Anglais poitrinaires portant des casq»ics de liège noués d"une serviette blanche; et toute la foule endimanchée des boutiquiers, qui est la même dans tous les pays : des
liommes coilîr^s d'un cylindre noir; des femmes avec l)eaucoup de grosses ileurs fausses, sur des lôtes communes; et puis des chevaux, des voitures, du monde, du monde, du monde à pied, et du monde à cheval, et des Bédouins, et des Bédouins.
Ciicz les marchands, les mille petites flammes rouges du gaz s'allumaient, faisant papilloter aux yeux des passants des entassements et des fouillis d'ohjets. A côté des magasins à grandes glaces où se vendaient des choses venues de Paris, s'ouvraient les cafés maures, où des gens en burnous fumaient tranquillement le chibouque, assis sur des divans, en écoutant des histoires d'un autre monde, qu'un conteur noir leur faisait.
Les cabarets regorgeaient : de grandes tavernes profondes, avec des tonneaux alignés, où des matelots du commerce, des Maltais à grand feutre rabattu, gens prompts à jouer du couteau, buvaient avec des filles brunes.
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De toutes les échoppes sortaient des bouifées chaudes; les cal)arets envoyaient des odeurs d anis, d'absinthe et d'eau-devie; les hommes en burnous sentaient le Bédouin, ils laissaient dans l'air des fumées du tabac d'Algérie, des parfums d'Afrique... Et les bains maures exhalaient leurs odeurs de sueur et d'eau chaude. — Et toute celte ville suait l'immoralité, la débauche, l'ivrognerie de son dimanche.
Gâchis de deux ou trois peuples qui mêlaient leurs luxures, Alger avait le débraillement cynique des lieux qui ont perdu leur nationalité pour se prostituer, s'ouvrir à tous.
Et sur tout cela, en haut, le ciel était bleu, et, sur cette Babel, des ahgnements de belles maisons rég-ulières jetaient comme une impression d'un Paris très chaud, (pii était étrange.
Les six matelots marchaient toujours, bousculant la foule ; ils allaient devait eux,
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cliantant les mille couplets de leur chanson :
Joli baleinier, veux-tu naviguer?
Joli balfiiuier, Joli baleinier.
La nuit était venue. Ils prirent au hasard une rue tortueuse qui montait, et une sensation de sombre et d'inattendu tout à coup les saisit. Ils étaient entrés dans la vieille ville arabe, et brusquement autour d'eux tout venait de chanprer.
On n'entendait plus rien, et il faisait noir. Le bruit de leurs voix les g-ênait au milieu de ce silence, et leur chanson mourut dans un saisissement de peur.
Leur gaieté s'était glacée, et ils regardaient. Us touchaient aussi, comme pour les vérifier, ces vieux murs, ces vieilles petites
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portos l)ard('os de for, les deux parois si rapprochées de cotte rue, qui se resserraient encore par le haut sur leurs têtes, comme pour les presser dans un piège; et puis ils tàtaient ces grands hommes drapos de blanc, qu'on n'entendait pas marcher avec leurs babouches, ot qui se plaquaient aux murailles, sans rien dire, pour les laisser passer.
A travers leur ignorance et les fumées de leur ivresse, ils voyaient tout cela trouble. Alors ils se croyaient tombés "dans le pays des légendes et des fantômes, et ils cherchaient à ressaisir leurs idées, se demandant comment cela-leur était arrivé.
Pour tout de bon I;i peur les prit, cL ils dirent : « Où allons-nous nous perdre?
Tâchons de retourner sur nos pas. »
, Ils essayèrent de revenir en arrière. iMais on ne sort pas facilement des rues de la Kasbali, quand on y est entré pour la première fois étant gris, et ils se trompèrent de route.
Alors ils se mirent à errer à la file, dans ce labyrinthe où ils étaient venus se perdre. Ils n'avaient plus peur, seulonient ils s'ennuyaient; ajMès s'être tant amusés, celte journée finissait mal.
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Us rt'jirt'iiai(3iit en sourdine la chanson du Joli baleinier, ou bien ils se mettaient tous ensendjle à pousser des cris pour se distraire.
El les petites rues nnontaient, descendaient, avec des pentes aussi raides que des glissières, avec des échelons ardus, des g-rimpades de chèvres ; elles se contournaient, se croisaient, s'enchevêtraient, comme dans un cauchemar dont ou ne peut sortir. Étroites, étroites, toujours, tellement qu'ils marchaient tous les six en se tenant, à la queue leu-Ieu, par le dos.
Souvent elles étaient voûtées, ces petites rues, alors il y faisait plus noir que chez le diable; ou bien, de temps en temps, on apercevait en haut une trouée claire, un coin de ciel avec des étoiles.
II vous arrivait des odeurs de moisissure et de bête pourrie, ou bien des parfums suaves d'orangers en fleurs.
Joli baleinier, veux-tu naviguer?
Joli baleinier, Joli baleinier.
Dans la bande, il y avait trois Basques cl trois Bretons.
Les (rois Basques étaient canonniers.
Les trois Bretons étaient gabiers.
C'était d'abord 210, KtM'bouf, g-abier de misaine. Et pUis 31 îi, Le Ilrllo, gabier de beaupré. Le troisième, c'était 118, mon frère Yvon, chef de grande hune, qui avait alors dix-huit ans : le plus grave des six, et les dominant déjà de toute sa carrure celtique.
Les bruits de cette journée de dimanche n'étaient pas montés jusqu'aux trois dames de la Kasbali. Derrière leurs murs et leurs grilles de fer, elles avaient gardé leur tranquillité de momies.
A la même heure que de coutume, elles s'étaient levées, et l'inexorable ennui avait, comme chaque jour, présidé à leur réveil.
Le soleil plongeait déjà, en long triangle de lumière, dans leur cour profonde, lorsqu'elles avaient ouvert leurs yeux. Elles sortaient des pays enchantés où les fumées de l'ambre et du kief, les parfums de
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certaines fleurs ont le pouvoir de conduire, durant les belles nuits de printemps, les filles cloîtrées des liurenis. Elles avaient vu la Mecque, et le voile vert de la Sainte- Kasbali, sur lequel le Coran tout entier était brodé en lettres d'argent par la main des anges. Elles avaient vu Stamboul, — et les jardins du (Irand Seigneur, où des groupes de femmes qui étaient couvertes de pierreries et qui avaient chacune trois grands yeux dansaient dans des vapeurs d'ambre gris, sous les cyprès noirs. Elles avaient vu Horak, le cheval volant ;\ visage de femme sur lequel voyage le Prophète, passer sans bruit avec ses grandes ailes, dans un ciel rose d'une profondeur infinie, où des zodiaques mystérieux s'entre-croisaient dans le vertige des lointains, comme de grands arcs d'or.
A l'évanouissemenl de leurs rêves, elles avaient promené autour d'elles, en tordant leurs bras, leurs grands yeux mal éveillés, et n'avaient plus trouvé ni palais, ni jardins, ni zodiaques d'or. Plus rien que la chaux de leurs murs, les vieilles tleurs de leurs carreaux de faïence, les vieilles dalles usées de leur cour, la nudité pauvre et l'éternelle blancheur de leur logis.
Elles avaient dormi par terre, tout habillées, sur des coussins, suivant l'usage oriental. Aussi n'eurent-elles qu'à se soulever, en écartant leurs couvertures algériennes.
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pour se trouver toutes prêtes à recommencer une fastidieuse journée.
Cette mère et ces filles ne s'étaient pas adressé un sourire, en se revoyant après le non-être de la nuit ; elles avaient détourné leurs regards les unes des autres avec une sorte de honte, comme des femmes ((ni garderaient entre elles le secret et la souillure d'un crime.
Fatmah, la plus jeune des deux sœurs, estimant l'heure d'après le soleil, marcha jusqu'à la petite porte sépulcrale qui donnait au dehors, et, appuyée paresseusement au mur, elle se mit à frapper, avec une régularité automaU(iue, de petits coups de poing contre le bois vermoulu.
Cela voulait dire : « Boulanger, (pianti lu passeras, arrête-toi pour nous donner du pain. ))
C'était en effet le moment où, aux portes des maisons de la Kasbah, on entendait partout des coups pareils, frappés en dedans
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p.ii- (les femmes qu'on ne voyait pa», et signifiant la môme chose (la convenance voulant que les dames musulmanes ne se montrent point pour faire dans la rue ces achats de provisions).
Le boulanger vint et, par un Judas grillé qu'on lui ouvrit, fit passer un pain en échange d'une pièce de monnaie.
Les trois dames le partagèrent pour leur repas, et mangèrent après, du Ijoiit des lèvres, quelques morceaux d'une pâte douce, faite de figues et de dattes recuites au soleil. Ensuite elles prirent, dans de toutes petites tasses, du café plus épais que du mortier à bâtir, — et s'arrangèrent sur des nattes pour la sieste de midi.
Comme de coutume, elles étaienl montées sur leur maison pour respirer l'air du soir.
Mais les dernières lueurs rouges du couchant mouraient à peine sur les blancheurs de la ville arabe, quand Lalla-Kadidja fit à ses filles un commandement bref, et toutes trois descendirent.
Elles prirent une peinture noire, et entourèrent leurs yeux d'un cercle épais, en les agrandissant démesurément vers les tempes. Ensuite elles versèrent des parfums sur leurs cheveux et leurs mains, elles mirent
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des vestes de soie iirochée d'or, et se couvrirent de bijoux.
Ce dimanche des chrétiens, jour de fôte et d'orgie dans la ville basse, pour les marins, les soldats et les marchands venus de France, ne pouvait avoir rien de commun avec leur vie cloîtrée. — Alors pour quels époux attendus, ces parures? — ou pour quelle solennité mystérieuse?...
I.a belle nuit de mai qui descendit ce soir-là sur Alger les trouva vêtues comme des aimées, avec la recherche et l'apparat des anciens jours.
Joli baleinier, venx-tu naviguer?
Joli baleinier, Joli baleinier.
Ils allaient toujours, au hasard des rues biscornues qui serpentaient devant eux.
Ils avaient traversé des quartiers extraordinaires, tout illuminés de lanternes et de girandoles en papier, tout remplis de Bédouins et de burnous ; — il y avait autour d'eux par instants du bruit et des cris, — un brouhaha de voix gutturales et profondes, — des conversations dans une langue grave, coupée d'aspirations dures.
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— Au passage, on leur jetait des imprécations ou des moqueries.
Dans des espèces de bazars, — entrevus vaguement, — on vendait des choses sans usage connu : des loques poudreuses de soie et d'or, pèle-mele avec des chapelets d'oignons enfilés; et puis des courges, des oranges ; des légumes avec de vieilles babouches, et des poissons secs, à côté de paquets de fleurs d'oranger qui embaumaient.
Il y avait des échoppes comme des tanières, au fond desquelles des marchands au teint de momie, accroupis, emmaillotés dans des burnous sordides, semblaient des spectres au guet. — Des trous, en manière de porte, s'ouvraient sur des bouges pleins d'objets qui papillotaient devant leur vue trouble ; on y faisait la barbe à des gens, avec des rasoirs énormes, — à côté d'autres qui prenaient du café, ou qui chantaient, la bouche grande ouverte, en jouant du tambour.
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Quolquofois c'étaient h'i-dodans des musiques assourdissantes : des grosses caisses frappées à tour de bras par des hornines en sueur, des fifres criards dans lesquels on soufflait à les rompre, — des hurlements d'enragés. Et, de temps en temps, menés par une petite flûte — qui filait des sons doux, et des mélodies plaintives, — des hommes dansaient ensemble, avec une rose piquée sur l'oreille, en prenant des poses gracieuses et lascives de bayadères.
Et des femmes, tout enveloppées de soie blanche, passaient avec un semblant de timidité et de pudeur qui se cache; on ne voyait d'elles qu'une forme neigeuse et voilée, ayant de grands yeux peints, admirables.
Au milieu de tout cela, je ne sais quelle chaleur irritante ; et puis des senteurs spéciales à l'Algérie, des exhalaisons de corps humains et de détritus organiques surchauffés au soleil, — avec des odeurs d'épices, et d'aromates, et de musc et de fleurs.
Us ne s'étonnaieiil ^jIus tle repasser dix fois de suite, et encore, et toujours, par les mômes endroits, comme dans les labyrinthes. — Ils prenaient seulement garde de ne pas se séparer, ce qui est la dernière lueur de raison des hommes ivres, et choisissaient de préférence les rues hautes, aimant mieux monter que descendre, de peur de tomber.
Et puis ils retrouvèrent le silence et l'obscurité.
En montant encore, ils étaient arrivés maintenant au point le plus élevé de la ville arabe, dans le quartier d'Alger qui est, la nuit, le plus sombre et le plus solitaire.
C'était noir, noir, ces rues étroites et voûtées. Les murs étaient si vieux, qu'ils étaient usés. — Les étages montaient en débordant les uns sur les autres, et les deux côtés de lame se touchaient, s'étayaient par le haut, soutenus par des rangées de grands jambages
de bois tout enchevêtrés. On avait accumulé là-dessus tant de couches de chaux, que toutes ces choses blanchies étaient soudées entre elles et en avaient perdu leurs formes, comme mortes de vétusté.
Les portes, rares, se renfonçaient bien bas, comme pour se cacher, et dans ces grands pans de murs, qui s'en allaient de travers avec des airs caducs, il n'y avait jamais de fenêtre; si, par hasard, on avait été obligé d'y percer une ouverture, on l'avait faite toute petite, et entourée d'une cage de fer.
Cela semblait mystérieux et impénétrable.
Leurs pas mal assurés butaient contre de vieilles marches de pierre, toutes bossuées et informes, et il y avait de dislance en distance de blanches traînées de lune, qui ressemblaient à des linceuls.
Le silence de nouveau les gênait, et l'inquiétude de cette ville les avait repris...
Tout à coup, en haut d'un de ces grands murs qui bordaient la rue morte, un trou, aussi irrégulier que ia percée d'un boulet, s illumina d'une lueur rosée, et une tête de femme y apparut comme une vision.
Elle était éclairée en plein, sans doute par quelque flambeau placé tout près d'elle à l'intérieur, et sa figure resplendissait toute lumineuse au milieu de la nuit.
C'était Fatmali qui avait entendu leurs chants, et regardait de là-haut quels étaient ces passants nocturnes.
Elle était si bien peinte que ses joues rondes et lisses avaient l'éclat des poupées de cire. Ses yeux ombrés étaient plus grands ([U3 nature. Entre ses lon'^'s cils noirs, on voyait ses prunelles remuer sur de l'émail blanc, et elle souriait à demi, le regard baissé vers les hommes ivres.
Ses cheveux étaient pris dans un jietit turban en gaze d'or, et sur son front retombait une couromie de sequins d'argent