‹ Les trois dernières epidémies de peste du CaucaseChapitre 4 sur 4 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Comme on vient de le voir, il n'y a pas jusqu'ici de données tout à fait certaines sur la fin de l'épidémie de 1828 au Caucase ; après s'être rallumée et avoir pris tout à coup une grande diffusion, elle se termina brusquement. Il est possible que, dans les années 1831, 32, 33, il y ait eu quelques renouvellements de peste ; les recherches et les publications de M. Bergé nous mettront probablement dans quelques années au courant de cette question; pour le moment, il nous faut arriver à 1840 pour entendre parler d'épidémie de peste dans ce pays. Cette petite irruption concorde avec l'épidémie d'Erzeroum, elle en est contemporaine. Pour avoir une idée juste de la filiation et de l'origine de ce fléau, il faut savoir que, de 1831 à 1839, il n'y eut pas cessation complète de la peste en Anatolie ni en Arménie, comme l'indique la chronologie suivante : en 1833, peste à Samsoun, à Trébizonde, à Brousse; en 1834, peste à

Pergame, à Smyrne, à Trébizonde, au Lazistan ; en 1835, peste intense à Trébizonde; en 1836, Lazistan, Trébizonde, Constantinoplo, Magnésie; en 1837, Trébizonde et toute la côte entre Sinope et Batoum, Àdana, Tarsous, Smyrne; en 1838, Trébizonde, Akhiska, Baïbourt; en 1839, la peste est près de Kars et à Erzeroum (1). Les germes de la peste, ou, pour parler le langage du xvue siècle, la contagion, existaient donc au voisinage immédiat de la Transcaucasie, quand, en 1840, 41, il y eut, comme en 1827, une famine des plus graves dans la province d'Erzeroum. Telles sont les circonstances qui précédèrent les faits épidémiques que nous avons à

relater ici (2).

Le 4 septembre 1840, il y avait eu, dans la garnison de Gumri , 6 décès de peste dans le bataillon de Géorgiens ; le médecin militaire Papélow avait diagnostiqué la peste dès le 28 août, et, le 2 septembre, l'existence de la maladie fut officiellement reconnue. Un infirmier de l'hôpital militaire présenta les symptômes suivants : céphalalgie, vertiges, délire, insomnie, pesanteur épigastrique, prostration des forces, démarche chancelante, langue rouge et sèche, charbon à la tempe droite, bubon derrière l'oreille du même côté, autre

(1) Dans mon Histoire de la peste au Caucase, en Arménie, en ÂJiatolie, j'ai dit (p. 3§) qu'en 1839 la peste fut dans le pachalik de Kars, à Gumri et à Erzeroum; il parait, d'après les documents officiels actuels, que ce n'est qu'en 1840 que le fléau atteignit Gumri, en avril ou en mai.

(2) Tous les documents suivants sont extraits d'une communication qu'a bien voulu me faire mon ami le docteur Joannissiany, de Tiflis, qui a été témoin de cette épidémie de peste dans le gouvernement d'Érivan.

bubon très dur et douloureux à l'aine gauche. Un autre malade avait la céphalgie, les vertiges, les vomissements, la soif, la sécheresse de la langue, des pétéchies au cou, un bubon à l'aine droite. Dans un troisième cas moins concluant, il y eut la prostration excessive, la fièvre, l'impossibilité de parler, des tremblements dans tout le corps. Du début de la maladie jusqu'au 12 octobre, on compta dans le bataillon de Géorgiens 486 cas et 129 décès. De cette époque au 1er novembre, il y eut 14 nouveaux cas et 12 décès. Vers le 18 novembre, la peste diminua beaucoup dans la garnison, et, à partir du 10 décembre, il n'y eut plus de nouveaux cas. Le 1er janvier 1841, tous les malades restants étaient guéris, et en somme il y avait eu à Gumri (Alexandropol) 230 cas, 176 décès, 84 guérisons.

La filiation de cette épidémie avec celle qui régnait l'année précédente à Kars (1) n'est pas établie sur des faits positifs; mais, comme elle était très probable, on proposa d'interrompre complètement les communications avec la Turquie. Cette mesure rigoureuse ne fut pas adoptée. On établit un cordon autour d'Alexandropol et une quarantaine de vingt-huit jours, à Gueslaugh, sur la route qui, de la frontière turque, conduit à l'est dans la ïranscaucasie. Le 19 février 1841; on abolit ces mesures restrictives; mais, à cause d'une maladie suspecte qui avait paru dans le district d'Érivan (2), on établit

(1) Située à l'ouest, à 60 kilomètres de distance environ.

(2) A 993 mètres d'altitude ; ce district fut enlevé à la Perse par la Russie en 1827, le 13 octobre.

une quarantaine sévère sur la route qui mène à Titlis par la vallée escarpée de FAkstafa, au nord du lac de Goukcha, à Déligen. Cette maladie des environs d'Erivan était bien la peste, elle fut observée avec soin par le docteur Joannissiany qui était alors médecin du district.

Il est à noter que cette année 1841 , qui fut témoin de la grande explosion d'Erzeroum, fut aussi l'époque de la plus grande extension de la maladie et de la plus grande force à l'ouest de la Transcaucasie, dans les arrondissements d'Érivan et d'Alexandropol. On ne sait pas au juste l'époque du début de cette affection dans le district d'Érivan; mais déjà, le 19 février 1841, elle était signalée, et cela permet de supposer que son origine remonte à la fin de 1840, ou tout à fait au commencement de 1841. Il en fut probablement de même dans les villages situés autour d'Alexandropol, où l'on dit que la maladie se déclara presque soudainement dans tous à la fois. On se demanda à quoi tenait cette reprise de la maladie, et, sans réfléchir que ces répétitions ou ces recrudescences des épidémies, comme leurs rémissions ou leurs cessations temporaires, tiennent en grande partie aux causes cachées de ces fléaux, on voulut y voir l'effet d'une nouvelle introduction de la contagion de la Turquie, ou bien la mise en usage de quelques effets infectés par les pestiférés de 1840 et qui avaient été cachés pour les soustraire à la destruction ou à la désinfection.

Après les localités relevant d'Alexandropol vint le

tour des villages du district contigu de Pembak. A Goulakarak, premier village atteint dans cette circonscription ; du 24 juin au 1er septembre 1841 , sur 482 habitants, il y eut 94 cas et 14 décès seulement. — A Hamamli, sur la grande route de Tiflis, sur 684 habitants, il y eut, du 12 juillet au 16 octobre, 329 cas et 93 décès. — Gueslaugh, où la quarantaine avait été établie à la fin de 1840 et au commencement de 1841, était un village de 298 habitants sur lesquels il y eut, du 19 juillet au 19 novembre, 43 cas et 28 décès. A Karaklisse la grande, située à 20 kilomètres à l'est du village précédent, la maladie parut, suivant les uns, le 29 juin, et, suivant d'autres rapports, du 22 juillet au 10 novembre; sur 1,184 habitants, il y eut 31 cas et 12 décès. — Akarak(l), sur 114 habitants, donna, du 13 juillet au 27 août, 5 cas et 1 décès. — Vertanli, sur 142 habitants, eut 2 cas de peste et 1 décès, du 22 juin au 13 juillet. — Sagoubli,

170 habitants, eut, du 4 juillet au 12 août, 10 cas et 6 décès. — Gogoral, 173 habitants, eut, du 22 juillet au 1er octobre, 59 cas et 23 décès. — Akboulak, du 4 juillet au 9 août, eut 16 cas dont 11 décès. — Tourmakatou,

171 habitants, eut, du 13 juillet au 12 septembre, 10 cas et 5 décès. — Vartanlour, 315 habitants, du 25 juillet au 4 octobre, eut 29 cas etl6 décès. — Enfin, à Kassoumali, du 6 septembre au 10 octobre, il y eut 6 cas et 2 décès.

Le district de Pembak, dont il vient d'être question, '

(1) Petit village à 24 kilomètres à l'est d'Érivan, entre cette ville et le lac de Gokcha... La peste, comme on le verra ci-après, s'y reproduisit en 1843.

k PETITE ÉPIDÉMIE DE PESTE DU CAUCASE

est, on se le rappelle, une contrée montagneuse très élevée, située cà l'cst-nord-est de Gumri, et dont les eaux se versent dans le Tabéda. Immédiatement au sud de Gumri et dans des vallées dont les eaux coulent vers l'Arpa-Chaï, se trouve le district de Chouragaï. Là, dans le village de Koutly-Gueslag, du 12 septembre au 19 novembre, il y eut 42 cas de peste et 18 décès. — Dans le village de Dervâzè, il n'y eut qu'un cas et un décès . — Dans la quarantaine de la frontière d'Alexandropol, du 29 juillet au 1er janvier 1842, il y eut 28 cas et 7 décès.

L'arrondissement d'Érivan était attaqué, comme nous l'avons vu, dès le commencement de l'année. C'est dans sa partie occidentale près de la frontière turque, à Karakourak, dans le district de Serderabad, que la maladie se montra, et aussi à l'est d'Érivan, sur le bord ouest du lac de Gokcha, cà Cavar, Kounati, Kiasamamat, Aktibala (1). A partir du milieu de novembre, dans cet arrondissement comme dans les précédents, la peste disparut presque complètement.

Le réveil de la peste, en 1841, dans la Transcauoasie. attira fortement l'attention de l'administration. Le comité médical de ïiflis, dès le mois de juillet, n'émit aucun doute sur la nature de la maladie : au début, il y avait de la céphalalgie, une forte chaleur, des tremblements dans les membres ; la démarche était chancelante, les yeux obscurcis. Il y avait soif, langue sèche etjau-

(1) Au nord-est cVÉrivçin, sur la route cjui longe l'extrémité nord dii Jac 4e Gokcha,

nàtre, douleurs lombaires; quelquefois vomissements ou diarrhée; il y avait des bubons aux aines, aux aisselles, au cou, derrière les oreilles ; souvent on observa les charbons et les pétéchies. Les cadavres, qui offraient à peine de la rigidité musculaire, entraient promptement en putréfaction.

Dans la plupart des localités atteintes, on plaça des quarantaines très sévères. Pour préserver Tiflis en communication fréquente avec les districts infectés, on plaça à Déligen, situé à la fin du premier tiers de la route d'Erivau, une quarantaine de vingt-huit jours, et en outre, près des murs de cette capitale, dans le jardin d'Artachaï, il y eut une quarantaine d'observation de quatorze jours. Il est probable que la route de Pembak à Tiflis par Gori fut aussi gardée avec soin.

L'épidémie dont nous parlons peut être considérée comme totalement terminée dans l'arrondissement d'Alexandropol à la fin de 4841. Il n'en fut pas de même dans l'arrondissement d'Érivan, où l'on observa çà et là la peste par cas isolés, jusqu'au milieu de 1843. Il y a plus, quelques villages de ce pays eurent à subir une véritable épidémie au printemps de 1843. La maladie se déclara d'abord à ïchikdamlou ; le 8 avril, elle fut officiellement annoncée. Il y avait eu à cette époque, dans trois maisons de ce petit village, dix cas d'une affection rapidement mortelle, présentant des bubons et des charbons. On prétend qu'un contrebandier venu d'Erzeroum, en évitant la quarantaine, y était mort de la peste. D'autres affirmèrent que la peste se déclara quand les

habitants du village furent à Sourmali (1) pour enterrer un des leurs (2). Quoi qu'il en soit, la maladie se propagea bientôt à Akarak, à Damaguermaz et à Goktcha. Ces villages souffrirent beaucoup de la peste; à Akarak, la moitié des habitants périt. L'isolement de ces localités par suite de leur position naturelle et par une quarantaine sévère fut, dit-on, le motif du peu de durée de la peste, du printemps au mois de juin. En tout cas, ce qui démontre bien la nature infectieuse du mal et sa gravité, c'est que, dans une maison de 27 habitants, il y eut 24 décès. Tous les malades furent soignés par une vieille femme qui ne contracta pas la peste. Le 22 avril, la contagion s'étendit au village voisin de Karakamzal, où sur 7 cas il y eut 5 décès.

J'ai tenu à reproduire ici, dans tous leurs détails, les renseignements que le docteur Joannissiany a eu la bonté de me fournir sur cette dernière épidémie de peste de la Transcaucasie. On a vu que la maladie, cette fois, n'a eu aucune tendance à se propager à l'est m au nord. Elle est restée bornée aux environs d'Alexandropol et d'Érivan sans sortir jamais de ce cercle étroit malgré une durée de près de quatre années. On pourrait croire que les mesures restrictives jouèrent un grand rôle dans cette limitation du fléau à l'extrémité sudouest des possessions russes de l'Asie; mais les mêmes moyens, plus multipliés et plus énergiques encore, ap-

(1) District à 55 kilomètres au sud-est d'Érivan

(2) Tchikdamlou, près du Zengui, qui coule a Erivan, eul du h .un au 12 juillet 30 cas et 19 décès.

EN 18 il), il, 12. 13. .'il

pliqués en 1828 et 1829, n'empêchèrent pas la maladie de s'étendre en 1830 jusqu'au voisinage do la mer Caspienne. De 1804 à 1818, ils ne réussirent pas une seule fois à prévenir l'irruption du fléau dans la Géorgie, sur les versants est et nord du Caucase, et jusqu'au centre de la Russie méridionale. Là raison de ces apparentes anomalies dans les résultats de l'application des mesures prophylactiques est facile à trouver, |quand on examine ces questions sans parti pris et d'un point de vue élevé. On voit d'abord que les mesures restrictives et hygiéniques sont bien rarement parfaites ; elles laissent presque toujours une porte d'entrée aux fléaux épidémiques quand ceux-ci sont doués d'un grand pouvoir d'extension. Elles réussissent à merveille quand ces maladies sont entrées dans leur période de déclin, comme cela est manifeste pour la peste de 1840-41.

En effet, cette épidémie, bien que très intense à Erzeroum, n'eut aucune poussée vers Trébizonde ni vers Constantinople ; elle s'éteignit presque sur place; elle n'envahit pas l' Azerbaïdjan, province de la Perse septentrionale contiguë à la Transcaucasie, bien qu'on n'y eût institué aucune mesure restrictive digne de ce nom. Il est vrai que dès 1839 on avait appliqué en Turquie le système des quarantaines ; mais qui croira que ce sont ces mesures à peine établies, incomplètement appliquées, et surveillées à l'orientale, qui ont empêché ce fléau de se généraliser par toutes les routes partant d'Erzeroum et de Kais? Comment se fait-il d'ailleurs que la Perse, en communication constante, avec l'Arménie turque par

la roule d'Erzeroum à Tauris et toujours vierge de défenses sanitaires, ait été préservée bien mieux que la Transcaucasie défendue par la police, la douane et la quarantaine russe (1)? Il y a évidemment, dans l'extension des épidémies et dans leur propagation, une multitude de faits que nous ne pouvons expliquer par le système de la contagion exclusive et immédiate. De même,, la non-extension de ces fléaux et leur limitation souvent singulière s'explique d'une manière bien plus rationnelle, dans les neuf dixièmes des cas, par le fait de l'immunité de certaines localités que par les mesures restrictives les meilleures. Je ne parle pas de celles qui sont vaines, imaginaires et inutiles ; le simple bon sens en fait facilement justice, et on sait qu'elles sont souvent édictées dans un but purement fiscal ou bien en vue de certains intérêts politiques.

(1) L' Azerbaïdjan ne fut atteint que dans un petit village, celui de Djarah, dans le district de Khosrova, au sud-est du lac d'Ourmiah.

Le lecteur, qui aura bien voulu me suivre dans cette longue énumération de faits épidémiques et de mesures sanitaires multipliées, quel enseignement tirera-t-il de ce minutieux exposé? Il nous semble qu'il ne sera démontré pour personne que les mesures prophylactiques, toutes bonnes qu'elles étaient, ont contribué à la disparition ou même à la diminution de la peste dans aucune circonstance. Il est possible que, dans des cas particuliers, il y ait eu une action manifeste; mais aucun de ces cas n'a pu être dégagé nettement par l'administration locale, qui avait tant de motifs cependant de les faire connaître à Saint-Pétersbourg si la démonstration en eût été concluante. A prendre les faits en général et tels qu'ils ressortent des documents rétrospectifs que le gouvernement du Caucase publie avec l'esprit le plus grand de libéralité, dans aucun cas il n'a pu être démontré que les mesures restrictives et hygiéniques adoptées ont influencé la marche des épidémies de peste dont nous avons tracé l'histoire.

Ceux qui admettent un tel effet seraient en contradiction avec ce -que l'on connaît aujourd'hui, soit par l'étude des épidémies anciennes, soit par celle des faits modernes, de la marche et de la durée des épidémies de peste livrées à leur allure naturelle. Avant tout, il ne faut pas oublier, dans les recherches analogues h celles que nous venons de faire, que la peste, comme tous les fléaux épidémiques, a des temps marqués d'invasion et de développement, une croissance et une déclinaison spontanée, tantôt lente, tantôt rapide, des explosions isolées ou multiples, tantôt graves, tantôt légères. Nous ne connaissons que très peu de chose des conditions qui font varier son allure dans tous ces sens. Ce qui se dégage le mieux de l'ensemble des faits, c'est qu'à certaines époques et dans des cycles plus ou moins déterminés, il y a des éruptions générales ou des envahissements rapides, phénomènes dont les causes nous échappent et dont le mécanisme nous est inconnu ici, comme pour le choléra, la variole, la diphthérie.

On a vu dans ces derniers temps, de 1867 à 1879, une série d'épidémies de pestes localisées : les unes précédées par des signes prodromiques, par ce que le docteur Arkangelsky appelle pestis ambulans, comme cela a été constaté en Mésopotamie, en 1867, et à Astrakan, en 1877 et 1878 ; mais il y a des exceptions à ce fait, et la poste de Recht,en l877, en est un exemple remarquable, ainsi que celle du Kurdistan, en 1871, et celle de la Mésopotamie, en 1874. En un mot, les épidémies de peste ne débutent pas toujours par des cas légers ; assez sou-

vent les premiers cas sont les plus formidables. Les pestes modernes jusqu'ici n'ont présenté dans aucun cas le caractère pandémique. Elles se sont multipliées cependant peu à peu, et l'une de ces éruptions a atteint l'Europe, cette année, dans un point de la Russie méridionale. Elles pourront, selon nous, progresser encore et attaquer un de ces jours la Turquie ou de nouveau la Russie ou la Perse. Si ces événements ont lieu, ainsi que je le crains, cela tiendra-t-il à la diffusion des germes hypothétiques de la Cyrénaïque, de la Mésopotamie, du Kurdistan ou du Guilan? Cette question me semble bien obscure encore, et, malgré tous les efforts que je fais pour la résoudre dans le sens contagioniste, ma conviction se refuse à admettre cette solution. Il y ar en effet, une multitude de détails qui ne concordent pas avec les doctrines exclusivement contagionistes. Je persiste à croire, comme je l'ai déjà annoncé, que les perturbations ou les variations météorologiques excessives ont une influence, pour le moins indirecte, sur la production de la peste. La peste de Recht a en effet coïncidé avec un hiver exceptionnellement doux; il en a été de même de la peste d'Astrakhan en 1879, et les trois éruptions de peste de 1874, en Mésopotamie, en Arabie, dans la Cyrénaïque, se sont montrées dans un hiver caractérisé par des phénomènes météorologiques exceptionnels aussi.

En terminant, je désire insister encore une fois sur un point capital : si l'on veut tirer des renseignements importants des épidémies de peste qui se montrent jus-

qu'ici isolément de nos jours, il faut les étudier au point de vue de leur histoire naturelle, et chercher toujours à mesurer les avantages des moyens employés contre elles, non à leur nombre et à la difficulté de leur application et à leur rigueur, mais à leurs effets réels et pratiques.

Paris. — Typ. Georges Charaerot, rue des Saints-Pères, 19. — 8478

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