‹ Les trois dictions [par] Georges Berr et Ren© DelbostChapitre 23 sur 91 · DE LA MEMOIRE · texte numérisé non relu

DE LA MEMOIRE

Après s'être pourvu d'une voix souple et sonore autant qu'il est en son pouvoir, après avoir acquis la prononciation des « honnêtes gens », Je diseur agira sagement en s'assurant de sa niéiuoire.

Ou bien le diseur dit par cœur et, dans ce cas, isolé, sans souffleur, obligé de réciter, à la file, une dizaine de morceaux de sujets et de mouvements différents, il doit avoir une mémoire souple, exercée, prête aux voltes les })lus diverses; il doit éviter la fatigue, la préoccupation du souvenir. Dans ce but, il faut qu'il apprenne par cœur et qu'il se souvienne avec méthode.

Ou bien le diseur se contente de lire : en quoi il a tort, la plupart du temps, parce qu'il perd une certaine autorité sur son public, et parce qu'il entre moins vite en communication avec lui; dans ce cas, il doit éviter la moindre hésitation, le moindre arrêt : une fois tombé, il ne se relèvera plus. Pour éviter l'écart, l'hésitation dangereuse, il lui faut naturellement fuir soigneusement la lecture à première vue et se ménager des points de repère dans la préparation qu'il fera avant la lecture publicpio. Cette préparation sera faite par la mémoire, qui signalera quelque temps k l'avance les endroits dangereux, les difficultés de l'interprétation.

La mémoire sera, dans ce cas, pour le diseur ce qu'est la clarté lunaire pour le voyageur qui marche la nuit : une lueur diffuse et faible qui, sans rendre visibles tous les détails du paysage, permet cependant de prévoir à temps l'obstacle ou la fondrière.

Dans Tun et l'autre cas, la mémoire joue un rôle suffisant pour que son absence ou ses défaillances puissent plonger le lecteur dans un cruel embarras.

Pour éviter le « trou » bien connu des orateurs, il faut apprendre avec méthode. 11 faut ponctuer les grandes et petites divisions d'un morceau, comme l'auteur en a ponctué les phrases. Établissez d'abord les idées générales, les idées secondaires qui en découlent, puis les subdivisions de ces idées secondaires.

Il se peut qu'un diseur ait à prononcer le superbe discours que Mirabeau a improvisé sur la banqueroute dans la séance du 26 septembre 1789. Avant tout nous lui conseillons de retrouver, sous l'abondance des détails, la charpente même du discours et de le résumer en ses idées générales. L'absence de ce travail rendrait difficile et presque inutile celui de la mémoire. Voici comment nous procéderions en pareil cas.

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