F. Fabié, Poésies
Le vers de huit pieds convient merveilleusement à cette petite épopée domestique, qui se hausse, vers latin, jusqu'aux plus nobles accents; elle offre au diseur de la couleur, du relief, du pittoresque ; on dirait un excellent tableau d'un de nos meilleurs animaliers, avec cette différence qu'un peintre, même en accumulant l'observation et les couleurs, ne nous fera pas voir si bien, si près, ce héros de la basse-cour que nos ancêtres aventureux ont, dans un moment de cette humour dont ils ne se départaient jamais, même au fort des plus héroïques prouesses, juché sur leurs étendards vis-à-vis tles aigles romaines solennelles et muettes.
Un conseil : si vous dites cette poésie, nous vous conseillons de la dire souvent, car railleuse à demi, attendrie, indulgente aux prouesses amoureuses du sultan de la basse-cour, puis subitement haussée jusqu'aux mâles pensées, mêlant avec saveur le fin sourire aux réflexions subitement profondes, elle est bien de notre race, elle a bien le goût de notre terroir; si vous la dites, ne vous laissez pas emporter, dès les premiers vers, par le rythme déjà très marqué. Amusez-vous d'abord à camper le « petit-fils de Chanteclair » ; marquez discrètement le rythme, puis augmentez graduellement la rapidité du débit, que vous ralentirez après le tragique dénouement qui coûte la vie au héros.
Les réflexions qui terminent doivent être dites sur un mouvement plus lent, mais tout aussi marqué, ^'élargissez pas-outre mesure, comme s'il s'agissait d'alexandrins.