Lecuiile de Lisle, l'uèmes Iruyiquex
ordre d'idées, une sérieuse étude de La Eojftiâifte-votis sera très utile et même indispensable. Son champ est aussi~grànd que l'univers. Toutes les voix de la création chantent dans son œuvre. Étudiez-vous à les reproduire : si vous n'y parvenez pas, vous n'aurez pas perdu pour cela le temps que vous lui aurez consacré. A le fréquenter vous aurez acquis une certaine dextérité, le goût des nuances déhcates et la volonté de les interpréter: c'est déjà beaucoup.
Il faut plaindre les acteurs ou les diseurs qui, a^ant reçu de la nature un organe puissant, se laissent aller poiu' un oui ou un non au plaisir de donner libre cours à //' toute la force de leurs cordes vocales. Ils en arrivent à ne plus se préoccuper que de frapper fort, au lieu de frapper juste, selon le mot de Mole. Adieu, alors, l'inteUi^^^ \ gence, la netteté, l'agrément, la variété de la diction. I. Toutes ces qualités maîtresses font place aux hurlements, ^J>vX^ aux coups de gueule, et, le pis, c'est que le gros public s'y laisse volontiers prendre ; mais les connaisseurs, qui ont l'oreille délicate et dont le jugement s'impose quand il s'agit d'une durable réputation, apprécient à leur juste valeur ces manifestations de force brutale. \ Ceux dont nous parlons, qu'ils interprètent Marot, Ronsard, Racine, Musset, Lamartine, Hugo ou Sully-Prudhomme, sortent tous les cuivres de leur voix et ne s'estiment grands (liseurs qu'après avoir assourdi les tympans, ébranlé les cerveaux et détraqué le jugement des auditeurs. Idéal tout au plus digne d'un ténor de province, mais révoltant, venant d'un homme qui a pour mission d'interpréter les chefs-d'œuvre de la pensée.
« Oh! dit l'Haudet de Shakespeare, cela me blesse
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jusque dans Tàme d'entendre un robuste gaillard, à perruque échevelée, mettre une passion en lambeaux, voire en haillons, et fendre les oreilles de la galerie, qui généralement n'apprécie qu'une pantomine incompréhensible et le bruit. Je voudrais faire fouetter ce gaillard-là qui exagère ainsi le matamore et outrehérode Hérode. »
Il ne faut rien moins que le génie de Shakespeare et celui de Molière pour faire justice des braillards.