‹ Les trois dictions [par] Georges Berr et Ren© DelbostChapitre 59 sur 91 · CHAPITRE III DE L'INTENSITÉ DES SONS · texte numérisé non relu

CHAPITRE III DE L'INTENSITÉ DES SONS

Il y a une raison majeure pour proscrire dans la diction les hurlements continus, c'est que l'intensité de la voix est une indication de valeur dans l'expression de nos sentiments. L'émotion et la passion sont en nous à l'état de forces comprimées qui tendent à se faire jour suivant leur, plus ou moins de puissance. Le cri, la clameur, sont les .,,^ .... derniers termes d'une progression, d'une échelle de sen- | '"

timents assez longue à parcourir et d^nt un diseur hal)ile marquera tous les degrés. Avant de déclarer franchement son opinion à Oronte sur le scmnet à Philis, le Misanthrope tergiverse, hésite et par trois fois répète cette phrase: « Je ne dis pas cela », en l'appuvant de considérations détournées, plus pressantes à chaque reprise, qui aboutissent à cette explosion : « Franchement, il est bon à mettre au cabinet. »

Mais, avant d'en arriver là, le Misanthrope, quel (juo soit, du reste, l'amour qu'on lui suppose pour la vérité et la franchise, a dû se faire violence, livrer une foule do petits combats intérieurs, franchir l'obstacle qu'est sa bonne éducation, et les auditeurs ne peuvent se rendre compte des difficultés de la lutte que par l'intensité croissante de la voix et sa brutahté dans rexplosion.

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Il V a un cas où Tiiitensité de la voix donne une indication tout aussi utile et plus complète encore, c'est celui de Géronte dans les Fourberies de Scapin. Dans le Misanthrope, Molière a pris soin de commenter son : « Je ne dis pas cela » ; le personnage a tout le loisir d'expliquer la portée de son refrain en accumulant réticences sur réticences. Alceste trouve le moyen d'intercaler dans son discours une théorie sur les limites dans lesquelles il est permis à un galant homme de se faire imprimer (les gens du monde devraient bien de temps à autre relire cette leçon dn maître).

Géronte, au contraire, ne répond aux pressantes sollicitations de Scapin que par des interjections, des m<)nosyllal)es, des phrases courtes, parmi lesquelles ce cri spontané de mauvaise humem% de dépit, de rage, de douleur, de désespoir : « Mais que diable allait-il faire dans cette galère ! » 11 y a pour le diseur ou l'acteur une gradation indispensable à observer.

Dans f Aventurière d'Emile Augier, l'acteur chargé du rôle de don Annibal, aventurier doublé d'un matamore (jui veut se faire passer pour un homme de guerre, enfle la voix pour marquer son rôle, dès qu'il s'agit d'en imposer à son entourage, d'établir sa réputation d'homme de guerre; mais, lorsqu'il menace sa sœur de tuer Fabrice au moyen d'une botte secrète, si d'un mot elle trouble les stipulations du contrat, le sire reprend sa voix naturelle, dépouillée de tout ce qui la grossissait, l'amplifiait et la faisait résonner, et ce retour à la voix ordinaire symbolise H merveille le gredin qui met l)as sa défroque ordinaire son masque de parade et. se montre froidement sous son véritable jour.

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