‹ Les trois dictions [par] Georges Berr et Ren© DelbostChapitre 67 sur 91 · LE ROI · texte numérisé non relu

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De même lorsque Mounet-SuUy, dans le rôle d'Oreste, vient remplir ;uij)rès de Pyrrhus le message dont les Grecs l'ont chargé pour ce prince, il déclame prescpie sur une tenue le premier vers.

Avant que tous les Grecs vous parlent [lar ma voix.

Puis dans les vers suivants, il module suivant l'inspiration de ses sentiments personnels :

Souffrez que j'ose ici me flatter de leur choix

Et qu'à vos yeux, Seigneur, j(; montre quelque joie

De voir le fils d'Achille et le vainqueur de Troie.

NOTATIONS DE QUELQUES INFLEXIONS 231

Nous ne sommes malheureusement guère en étal de juger en connaissance de cause avec quelle conscience Richard Wagner, qui a élevé la vérité dans la déclamation lyrique, à la hauteur d'un système ou d'une religion, a rei)roduit dans ses œuvres la mélodie de la diction parlée.

Heureusement pour nous, son plus grand précurseur, Gluck, nous a laissés suffisamment de monuments d'un art toujours sincère et toujours heureusement inspiré *.

En confrontant ainsi le parler instinctif de chacun et sa mélodie spontanée, cueillie, pour ainsi dire, toute vibrante, parfumée et tiède encore de la chaleur du sentiment qui l'inspira, avec les notations musicales des maîtres, on peut arriver à dégager les lois essentielles de la notation dn langage parlé.

Nous avons vu dans un texte de M. P. Guvau, cité au commencement de la diction rythmique, que tout homme, au moins une fois dans sa vie, a parlé le langage de la poésie et que, sous l'influence de la plus forte des passions, de l'amour, son langage s'est organisé rythmiquement et })oétiquement.

Toutes les fois que les hasards d'une promonade nocturne, d'un bal nous ont permis de surprendre les échos discrets d'iiiie conversation d'amoureux, au moment où ils échangaient l'expression de leurs sentiments les plus tendres, à moins que d'être complètement insensibles k tout ce qui touche au chant de la parole, il nous a été facile de nous rendre compte que les sons entendus se suc-

1. VAlces/eetVIph'/génie de cet auteur sont de purs chei's-d'œiivre de déclamation juste, large, expressive et naturelle. L'invocation d'Agamemnon à h'mne est modelée sur la diction du langage parle, et le récitatif peut servir d'exemple à un diseiu-.

cédaient suivant des intervalles très rapprochés, enchainés la plupart du temps par demi- tons. Si des amoureux de la sorte avaient à se dire, dans le courant de la conversation, le vers de Valère à Marianne,

Ma plus douce espérance à vrai dire est en vous. il est vraisemblable qu'ils le murmureraient ainsi.

Maplus douce es pé rance A vpaï dire est en vous!

Les musiciens de talent et qui savent leur métier, instinctivement ou de parti pris, respectent cette loi primordiale de la tendresse dans la passion, îijn charme dans~A la voix qui veut suggérer l'amour. C'est ainsi que, dans^ Samson et Dalila de Saint-Saëns, la femme astucieuse qui, pour livrer son amant aux Philistins, cherche à amollir sa volonté et à endorndr sa défiance, chante une phrase musicale très liée, sans écarts, sans heurts et sans solutions brusques de mélodie :

DALILA. Dolce.

Ah! ré . ponds à ma ten dresjse

Celle qui chante ainsi, c'est la même Dalila qui, tout à l'heure, hbre de toute contrainte, donnait cours à sa haine, à son espoir farouche dans son invocation à l'Amour, qu'elle appelait à son secours pour une œuvre de haine et de trahison. Écoutez la différence : sous l'empire des passions, des ferments de haine qui bouillonnent en elle, la

NOTATIONS DE QUELQUES INFLEXIONS

mélodie monte aux sommets de radjiiration et redescend dans les bas-fonds où les instincts de la femme, pernicieux et déprimants pour Thonime, sommeillent encore.

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