BIOGRAPHIE
Alexandre Dumas fils naquit à Paris, place des Italiens, n" 1, le 21 juillet 182 i. Il fut inscrit à l'état civil sous le nom d'Alexandre, fils naturel de Marie- Catherine Lebay, couturière. Ce ne fut que lorsqu'il eut atteint sa huitième année (H mars 1831) que son père le reconnut.
En dehors des aventures de Yillers-Cotterets, la mère de Dumas fils fut peut-être le premier amour de Dumas père. Nous avons vu, en elîet, que c'était bien peu de temps après son arrivée à Paris qu'il l'avait connue.
Quoi qu'il en soit, si cette modeste femme, soumise et douce, était bien faite pour être la compagne du petit et simple expéditionnaire du duc d'Orléans et dont elle aiderait le travail par sa propre peine, est-il besoin de dire qu'elle n'était guère la compagne de l'auteur exubérant, glorieux et fou ûlloiri III, (.VAntouji, etc., etc.?
Aussi, lorsqu'il l'eut reconnu. Alexandre Dumas emmena son lils, malgré ses cris et ses larmes — on dit même qu'il le tira par les pieds de dessous un lit où il s'était réfugié — et se chargea de lui.
« A l'âge de sept ans, dit Dumas fils, j'ai été mis en pension comme interne chez M. Vauthier, montagne Sainte-Geneviève. De là, j'ai passé, vers neuf ans, à la pension Saint-Victor, dirigé par M. Rotlier Goubaux, ami et collaborateur de mon père dans Richard Darlinf/ton sous le nom de Dinaux. Cette pension Saint-Victor, qui contenait deux cent cinquante pensionnaires, et dont j'ai essayé de peindre les mœurs plus que bizarres dans r Affaire Clemenceau, occupait tout l'emplacement où se trouvent aujourd'hui le Casino de Paris et le Pôle Xord. Vers quinze ans, j'ai quitté la pension Saint-Victor pour la pension Hénon, située rue de Courcelles et disparue aujourd'hui. C'est au collège Bourbon (aujourd'hui Condorcet) que j'ai fait toutes mes classes, les deux pensions oîi j'ai été suivant les cours de ce collège. Je n'ai appartenu à aucune grande école de l'Etat. Je ne suis même pas bachelier. »
Ce qu'il souffrit de sa naissance irrégulière, malgré la reconnaissance — on savait que son père n'était pas marié — nous l'avons appris par V Affaire Clemenceau. Ce que nous savons aussi, c'est qu'un jour, grand, fort et solide, il tomba sur un de ses camarades et le traita si bien que personne ne lui reprocha plus ses origines.
Il garda de cette jeunesse une âme réfléchie, silencieuse et sérieuse que nous lui retrouverons toujours, l'habitude de voir les choses en elles-mêmes et non pas d'après les hommes.
Lorsque ses études furent terminées en 1841, il rentra chez son père. Il n'y resta que six mois. La vie qu'on menait dans cette maison n'était vraiment pas assez convenable pour être celle d'un père et d'un fils réunis.
Mais, parti, le fils pouvait-il ne pas continuer les errements de la veille? 11 n'y manqua point et ce que fut sa vie, la Dame aux Camélias, Diane de Lys et le Demi-Monde nous le disent suffisamment.
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Un beau matin il se réveilla avec un chiffre de drites dii^ne de son père.
— Fais comme moi, dit celui-ci. Travaille et lu payeras!
Dumas fils obéit et la première œuvre qui sortit de sa plume fut un acte en vers, le Bijou de la Reine (18io). Il avait vingt et un ans. D'autres vers de lui parurent successivement dans le Journal des Demoiselles, qui formèrent en 184" un petit volume, les Pèches de Jeunesse, aujourd'hui introuvable.
En 18iG, Alexandre Dumas père fit le voyage d'Espagne dont j'ai parlé, avec ses amis Maquet et le peintre Boulanger. Ayant rencontré son fils, il lui dit qu'il l'emmenait.
— Où ça, fit le jeune homme, aux Frères Provençaux ?
— Non, en Espagne.
— Va pour l'Espagne!
A Madrid, ils furent rejoints par Giraud et Desbarolles.
« J'étais l'enfant gâté, insouciant, paresseux, de tous ces amis de mon père, a écrit au sujet de ce voyage Dumas fils ; je croyais à l'éternelle jeunesse, à l'étci-nelle force, à l'éternelle gaieté. Je riais tout le jour, je dormais toute la nuit, à moins que je n'eusse une raison de faire des vers. »
De son côté, Desbarolles a dit dans ses notes de voyage : « Dumas aime surtout à entendre parler son fils, dont l'esprit dépasse tout ce qu'on peut imaginer, il en est très fier et à juste titre; il rit du meilleur cœur du monde de ses adorables saillies. »
Parmi ces saillies, il en est une particulièrement piquante. A Madrid, en traversant un pont, le jeune Dumas avait constaté la sécheresse, devenue légendaire, du Mançanarez. Assistant, un après-midi, à une course de taureaux, il demanda un verre d'eau à un marchand, en but la moitié et le lui rendit en
disant : « Donnez le reste, de ma part, au Mançanarez. »
Au retour, Dumas fils résolut de se mettre sérieusement au travail. Et il se tint parole.
Et 1841, il publia Une femme et so7i perroquet et en 18i8 la Dame aux Camélias, dont Marie Duplessis, une pauvre fille connue avant son départ et morte comme il revenait, fut le modèle.
C'est à Saint-Germain, à l'auberge du Cheval-Blanc, qu'il écrivit ce roman, en trois semaines.
Puis il songea à en tirer une pièce.
Mais comment le père, qui avait déconseillé cette pièce, allait-il accepter le travail de son fils? Dumas fils va nous le dire lui-même :
« Tout fier de ce bel élan de travail, mais un peu penaud d'avoir passé outre à l'avis de mon père, j'allai porter mon manuscrit à son copiste, me promettant bien de demander à ce dernier le secret le plus absolu. Mais à peine étais-je enlré dans le bureau du copiste que je lus surpris par mon père qui venait de faire irruption, apportant, lui aussi, un manuscrit. Je n'avais plus qu'à avouer ma désobéissance. Mon père, faisant appel à toute son autorité, m'infligea la plus cruelle des punitions, en me forçant à lui lire ma pièce séance tenante. Faut-il vous le dire? Au deuxième acte, les larmes lui vinrent aux yeux. Au troisième acte, il pleurait comme un enfant. Mais je dus m'intcrrompreetcourir à un rendez-vous des plus urgents. Mon père m'avait promis de m'attcndre pour prendre connaissance des deux derniers actes. A mon retour, il me sauta au cou. Il n'avait pas su résister à l'impatience de connaître la fin. Et, riant à travers ses larmes, il me prédit un immense succès, en me faisant entrevoir, en même temps, des démêlés sans nombre avec la censure. Il disait vrai. La pièce eut toutes les peines du monde à voir le feu de la rampe, mais reçut, le soir de la première, un accueil enthousiaste. »
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L'histoire des d('mèlés de la Dame aux Camélias avecla censure est contée dans la préface de la pièce. Je n'ai donc pas à la rappeler ici. Jusqu'en 1852, rouvi'a£:i^c resta interdit. M. de Morny donna enfin riiulorisation, et le Vaudeville joua la Dame aux Camcliax le ± loviier 18r):2.
L'année précédente, Dumas lils avait eu une histoire d'amour qui avait fait beaucoup de bruit. Il était devenu très épris d'une dame russe, la comtesse de N... Celle-ci fut rappelée en Russie. Dumas fils l'y suivit et le comte de>î... fut obligé de le faire expulser. Diane de Lys est inspirée de cette aventure. Quelque temps après, il reçut la visite d'une grande dame russe, M""' Narickine, qui lui apportait le souvenir de son amie. Quelques années après, il épousait la princesse Narickine.
A ce moment, Dumas fils eut une fièvre de travail intense qui dura dix années. Un peu de la fécondité paternelle débordait en lui, heureusement tempérée par une clairvoyante raison.
C'est de cette époque que datent : Diane de Lys, le Demi-Monde, la Question d'argent, le Fils naturel, le Père prodigue, toutes tranches de sa propre vie, élevées à la hauteur d'un enseignement moral et social.
Ce travail considérable — car faire une pièce, c'est déjà bien, mais la faire répéter!... — l'avait surmené et, aussitôt après son mariage (1850), il fut atteint d'une affection nerveuse qui nécessita un voyage en Italie.
En passant à Ilyères, sa femme lui donna une fille, Colette. De là, il se rendit à Naples, où il retrouva son père. Il fut pris d'un véritable accès de délire. On le trouva à genoux au milieu de sa chambre, refusant de se relever. « Il avait entendu son père ronfler. Cela lui avait fait si mal aux nerfs que l'envie de tuer son père lui était venue. C'est alors qu'il s'était jeté à genoux... »
Une année se passa avec des alternatives de haut et de bas. Enfin il triompha et on sait, à ses œuvres si raisonnables, si pondérées, si claires et si lumineuses, si une trace quelconque est restée! Disons pourtant qu'en 1873, après la Femme de Claude, il eut un nouvel accès, de courte durée.
En 1864, il donna VAmi des Femmes. Sur un insuccès relatif de cet ouvrage (dont la reprise fut si triomphante) il jura de ne plus écrire pour le théâtre.
Quelques jours après, il se laissait aller à refaire le Supplice d'wie femme, dont on connaît l'histoire. Puis ce fut le tour cVHéloïse Paranquet, qui lui valut les mêmes désagréments.
Il écrivit alors r Affaire Clemenceau, en 1866; en 1861, les Idées de Madame Aubraij, et en 1868 il commença la publication de son théâtre avec ces admirables préfaces au moins aussi célèbres que les œuvres elles-mêmes.
En 1868, il perdit sa mère qui eut toujours la vie la plus douce, tendrement choyée par son fils. Entre ces deux hommes célèbres, elle passa ignorée, mais vénérée.
La mort de son père, arrivée au milieu des désastres de la patrie, bouleversa Dumas fils. Il pensa que les problèmes politiques et sociaux devaient primer / les autres en ce moment douloureux, et les différentes brochures parues à cette époque portent la trace de cette préoccupation.
Le théâtre le reprit pourtant et il donna successivement la Princesse Georges, la Femme de Claude, Monsieur Alplionse et l' Etrangère.
Le 10 janvier 1874, il fut élu membre de l'Académie française.
En 1876, il écrivait les Danieheff et la Comtesse Bomani, deux collaborations.
Puis les brochures reprirent, brochures retentissantes : le Divorce, les Femmes qui tuent, etc.
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Et le théâtre roiiiimiait pnr la Princesse de Bagdad (1881), Denise (I88:i) et Francillon (1881).
En 189-2, il verulii srs tableaux et son hôtel et se relira, pour y vivre j)rcsque complètement, dans la propriété de Marly que de Leuven lui avait laissée.
Le travail n'arrêtait pas pourtant et il laisse deux pièces inachevées : La Honte de Tlièbes et Les Nouvelles Couches.
Le 2 avril 189o, Alexandre Dumas perdit sa femme, Nadine, alors âgée de soixante-neuf ans. Il avait eu d'elle deux filles, Colette et Jcannine. Spiritualiste, mais n'admettant aucune religion, aucun dogme, il fit élever ses filles librement, en dehors de toute intluence religieuse. « Je les ai laissées lil»res, disait-il, elles choisiront à leur majorité. » M"*" Colette Dumas avait épousé, en 1880, M. Maurice Lippmann, fils d'un banquier. Elle eut deux fils et divorça en 180:2. La seconde fille, 31"® Jeannine, se fil baptiser à l'église de la Trinité en juin 1890. Elle eut pour marraine la princesse 3Ialhilde. Un mois plus lard, elle épousait un jeune officier, 31. d'Hauterive.
Le 20 juin 1895, Alexandre Dumas, après un court veuvage, se mariait, lui aussi, avec M""" Henriette Régnier de La Brière, fille du célèbre sociétaire de la Comédie-Française et épouse divorcée de M. Escalier. En ce moment, Dumas paraissait encore plein de vigueur et semblait rajeuni; mais bientôt il dépérit et eut le sentiment d'une fin prochaine. Il passa dans sa propriété de Puys une partie de l'été. Il cherchait toujours un dénouement à la pièce qu'il avait promise à la Comédie-Franeaise. Un moment il crut l'avoir trouvé, ou à peu près. Au mois d'août, il écrivait à M. Jules Claretie :
« Votre lettre me trouve refaisant la dernière scène du quatrième acte, scène capitale. Si nous devons crouler, c'est là que nous croulerons; si nous réussissons là, nous serons dans un grand succès, bien que
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le dénouement ne soit pas commode. Enfin, qui vivra verra. »
A la fin de septembre, il annonçait à l'administrateur de la Comédie-Française qu'il était souffrant, qu'il envoyait chercher un médecin.
« C'est toujours, disait-il, par cette bèlise-là qu'')n commence », et il ajoutait : « Supposez que je suis déjà mort. » Enfin, le 1" octobre, il lui écrivait : « Je profite du grand succès des Tenailles pour que la vérité vous soit plus légère, ne comptez pas sur moi... Je suis vaincu! Il y a des moments où je me regrette, coinme disait M'"" d'IIoudetot au moment de mourir. Là- dessus, je vous embrasse de tout cœur. Pardonnez-moi; je vous assure que ce n'est pas ma faute. »
Quelques jours après il revenait à Marly, pour y mourir. Et voici les articles que je publiai au jour le jour dans le Figaro sur la triste fin du Maître. Ils diront mieux qu'une froide analyse faite aujourd'hui ces tristes journées.
Du 20 novembre 1805.
M. Alexandre Dumas est très gravement malade. Depuis trois jours, la famille nous priait de ne pas ébruiter la triste nouvelle, pour éviter, à Marly, l'aftluence de visites et de télégrammes auxquels on ne pourrait répondre.
La nouvelle s'est pourtant répandue, malgré notre note d'hier, communiquée par la famille. Tout le monde a désormais les yeux fixés sur la colline de Marly-Ie-Roi où la plus solide et lumineuse intelligence de notre temps se débat conti^e le mal.
Nous sommes en mesure de donner, sur les origines et l'état actuel de la maladie de M. Dumas fils, les plus précis détails. Les voici :
ALEXANDRE DUMAS IILS 165
C'est vers la fin de septembre, à Puys, que le Maîlre commença à souffrir. 11 avait des maux d'estomac, d libérait mal. Il maigris-ait et s'affaiblissait. Puis il devint triste, morose, eut même des idées noires...
11 revint à Marly. Aucun mieux ne se manifesta tout d'abord. Il vit le docteur drouby, dont les bizarres traitements sont bien connus, et le mal parut s'arrêter. Puis il reprit. M. Dumas commença à ressentir des douleurs névralgiques excessivement violentes. On le \ il alors venir à Paris et nous remarquions tous son état de fatigue et d'affaissement.
Malgré les supplications de son entourage, il voulut assister à la cérémonie d'inauguration du monument d'Augier. Il tenait à prouver son amitié et son admiration pour celui dont il avait été soupçonné d'être jaloux!... Ce dimanclie-là, il y a dix jours, il partit très souffrant de Marly, au point que le chef de gare le lit monter dans le train avant la manœuvre pour lui éviter la traversée de la voie.
Il rentra à Marly dans la journée, ses douleurs névralgiques ayant augmenté. 11 souffrait horriblement. Il fit alors appeler son médecin de Marly, le docteur I)a\e. qui lui fil une piqûre de morphine.
Le lendemain, lundi, il y a donc juste huit jours, les douleurs reprirent. Nouvelle piqûre de morphine, à la suite de laquelle la famille envoya chercher le médecin ordinaire de M. Dumas, le docteur Charrier.
Celui-ci constata un état fiévreux qui l'alarma. Il demanda une consultation avec son Maîlre, le professeur Dieulaloy. Le malade refusa net. Mais le mercredi, M'"" la princesse Mathilde étant venue le voir insista tellement qu'il laissa faire.
Le professeur Dieulafoy vint, et une consultation eut lieu entre lui, les docteurs Charrier et Baye. Ils furent d'avis que ces névralgies — pour calmer lesquelles, d'ailleurs, le malade avait eu l'idée de se mettre des compresses d'eau froide sur la tète, ce qui ne fit qu'aggraver le mal — n'étaient que symptomaliques. On a
parlé d'encéphalite aiguë. C'est beaucoup dire. La véi'ité est que M. Dumas, ayant à peu près perdu connaissance, il était difficile de diagnostiquer sans indication. Il y a sûrement inflammation du cerveau. Est-ce encéphalite, est-ce méningite?...
Samedi, dans la journée, les docteurs Bouchard et Pozzi, venus comme amis, examinèrent le malade et furent de l'avis de leurs confrères. Dimanche matin, M. Dieulafoy revint et ne constalaaucune amélioration. Le malade est dans un état d'assoui)isscment presque continuel. 11 paraît moins souffrir, mais son affaissement n'est pas sans donner de grandes inquiétudes. Hier lundi, son état ne s'était pas amélioré. Il aurait même plutôt une certaine tendance à l'aggravation, en ce sens qi.e la respiration devient plus difficile.
Aujourd'hui mardi, cependant, il doit y avoir une consultation à Marly entre les docteurs Dieulafoy, Pozzi, Brissot et Charrier.
Ce dernier ne quitte pas le chevet de l'illustre malade. 11 est seulement remplacé, toutes les deux nuits, par l'interne de M. Dieulafoy.
Il n'est pas besoin de dire que le Maître est entouré des plus grands soins. Sa femme et ses deux filles, M"' Colette Dumas et W" d'Hauterive, ne le quittent point. Son filleul, M. deLaCharloitcrie, est aussi auprès de lui. Son ami le docteur Favre, celui auquel est écrite la préface de la Femme de Claude, est accouru de Poitiers.
Le .Maître a paru le reconnaître et, sortant un peu de l'état d'affaissement où il est plongé, il a souri à sa femme et à ses filles.
M. d'Hauterive a dû arriver ce soir à Marly.
Un faible espoir luit encore. Dieu veuille exaucer les vœux de tous ceux qui aiment et admirent le grand maître du théâtre moderne!
ALEXANUltL DU.MAS MLS 1G7
Du -'7 novembre 1893.
L'état de l'illiistie malade est tmijoiirs le même. Aiïaissoiueiit, respiration diflicile, souffrances peu a[)parcntes, mais circulation bonne. Le cœur fonctionne bien. Ce qui fait espérer encore. Quelques jours de répit paraissent donc devoir être donnés au malade et pormoitent quelque confiance dans sa robuste constiluiion, si éprouvée pourtant depuis quelque temps.
Hier mardi, une consultation a eu lieu entre les docteurs Dieulafoy, Brissaud et Charrier. Le docteur Henri Favre, en sa qualité de plus vieil ami du Maître, était présent.
Le diaijnosiic de M. Brissaud a confirmé celui déjà porté : inllammation cérébrale ayant pour origine des lésions très profondes.
M. Dumas est toujours traité de la même façon. Insufllations d'oxygène pour faciliter la respiration, la nuit, et repos complet. Lait et grogs fréquents. Personne n'est admis auprès de lui que ses parents.
Seul M. Vicioricn Sardou a été reçu auprès du malade qui ne l'a pas reconnu. Dans la journée, une foule de personnes sont venues à Marly prendre des nouvelles. Citons parmi celles-ci la plupart des membres de l'Académie fram-aise; MM. Carré, directeur du Vaudeville; l'aul Déroulède, Pierre Sardou, Roger, agent général de la Société des auteurs; le j)cintre Détaille, Jourdain, Bixio, Cahen d'Anvers, un oflicicr d'ordonnance du Président de la République, un attaché du cabinet de M. Bourgeois. M. Leygues, l'ancien ministre des beaux-arts, a envoyé un télégramme.
Ce malin le malade a paru reconnaître quelques-uns des siens, et sa fille Jeanninc lui ayant pris la main pour l'embrasser, il lui a fait signe de lui baiser la joue. Puis il a j)aru vouloir écrire. On lui a donné un craycju (pi'il a laissé retomber.
Enlin voici le bulletin ofliciel • « L'état ne s'est pas
sensiblement amélioré. La situation inspire toujours de vives inquiétudes. »
Il n'est pas besoin de dire que toute la famille de M. Dumas continue à lui prodiguer les plus grands soins. Espérons encore que sa tendresse réussira à conserver aux lettres françaises l'un de ses plus grands enfants.
Du 28 novembre 1893.