‹ Les trois filles de JobChapitre 38 sur 38 · NOTRE MODÈLE · texte numérisé non relu

NOTRE MODÈLE

C'est Jésus-Christ, Fils naturel de Dieu, que nous devons prendre pour notre modèle dans l'accomplissement des devoirs que nous devons rendre a notre Père céleste ; il faut que nous apprenions ces sentiments de ce divin Fils, et que, considérant combien il a aimé, respecté et honoré Dieu, son Père, combien il a toujours et trèsparfaitement exécuté toutes ses volontés et recherché l'avancement de sa gloire, nous suivions le chemin qu'il nous a tracé. Nous pouvons estimer que tout ce que le Fils de Dieu a dit à son Père, pendant son séjour ici-bas, il a eu, pour l'ordinaire, l'intention de le lui dire et pour soi-même et pour nous, à cause de la liaison intime qui existe entre lui et nous , étant ses frères, et ne faisant qu'un corps avec lui, en sorte que nous devons nous l'appliquer, nous l'approprier et le dire, pour les mômes sujets, dans son esprit et dans ses intentions.

Ainsi pour la vénération tiliale, nous dirons avec lui : « J'honore mon Père, et je lui rends tous les respects et toutes les déférences d'un vrai fils, autant qu'il est en rhon pouvoir^ . » ' •

Pour l'obéissance et la conformité de notre volonté avec celle de Dieu, nous dirons avec lui : « Je suis descendu du Ciel en terre, non pour faire ma volonté, mais celle de mon Père qui m'a envoyé^. »

« Oui, mon père, puisqu'il vous a ainsi plu^. »

^ HonorifîcûPatremmeum. Joan. 8. 48.

- Descendi de Cœlo, non ut faciam voluntatem tneam, sed voluntatem ejus, qui misit me, Patris. Joan. 6. 38. 39. 5 fta, Pater, quoniam sic fuit placitum ante te. Matth. 11. 26.

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« Mon Père, que votre volonté s'accomplisse et non la mienne*. »

« Mon Père et moi ne sommes qu'un, Mon Père est en moi, et je suis en mon Père^. »

« Pour la résignation dans les adversités, nous dirons à notre cœur, s'il veut s'émouvoir et résister : « Ne t'altère pas, mon cœur, remets ton épée dans son fourreau, apaise ton mouvement : et quoi ? ne veux-tu pas que je boive le calice que mon Père, mon Père, dis-je, et non pas mon ennemi, m'a donné^ ? »

Dans le but de témoigner en cela notre résolution , nous dirons : « Afin que le monde sache que j'aime mon Père, et que je veux exécuter le commandement qu'il m'a fait de mourir, levez-vous et allons au devant de ceux qui viennent pour me prendre*. »

Pour les bonnes œuvres et pour la pureté des intentions : « Pourquoi me cherchiez-vous? Ne saviez-vous pas que, quand il s'agit du service de mon Père, je quitte tout et ne considère plus rien^. »

« Man Père opère incessainment , et j'opère avec lui^. »

; « Je ne fais rien de moi-même, mais je travaille sur les enseignements que mon Père m'a donnés"^. » « Je parle,

* Pater, non mea voluntas sed tua fiât. Luc. 22. 42.

2 Ego et Pater unum sumus. Pater in me est, et ego in Paire. Joan. 10. 30 et 38. •

3 Mitte gladium tuum in vaginain. Calicem, quem dédit mihi Pater, non bibamillud? Joan, 18. 11.

■* Ut cognoscat mundus quia diligo Patrem, et sicut niandatum dédit mihi Pater, sic facio; surg.ite^ eamus. Joan. li. 31.

^ Quid est quod me quaBrebatis? nesciebatis quia in his, quas Patris mei sunt, oportet me esse? I^ic. 2. 48.

^ Pater meus usquemodo operatur, etegooperor. Joan. 5. 17.

"^ A meipso facio nihil, sed sicut docuit me Pater. Joan. 8. 28.

non pas de ma tête, mais selon que mon Père me dicte^. »

Pour le regret de nos péchés et la demande du pardon nous emploierons les paroles de l'enfant prodigue, qui, selon quelques-uns, représentait notre Seigneur, non pour être pécheur en sa personne, mais pour marquer tous les pécheurs dont il s'était rendu la caution ; on peut encore dire que comme c'est la tête qui parle pour le pied blessé, lui, qui est notre chef, prie pour nous, qui sommes ses membres malades, c Mon Père, j'ai péché contre le Ciel et contre vous ; mes péchés me rendent indigne d'être appelé votre fils. D'aussi loin que son Père l'aperçut, il sentit ses entrailles s'attendrir, et, touché de pitié, il accourut vers lui, et, se laissant tomber sur son cou, il l'embrassa tendrement et lui donna le baiser de paix^. » Jésus-Christ, cloué à la croix , demanda pardon pour nous à son père et lui dit : « Mon Père, pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font, ils pèchent par ignorance^. » Mais avec quelle ardeur le lui demandait -il? « Avec de grands cris, dit saint Patil, et avec abondance de larmes* ; » comme un pauvre père, qui demande grâce pour son fils unique qui a été condamné à la mort. Or, avec quelle affection , avec quel empressement et avec quelle douleur demande-t-il cette faveur, et conjure-t-il qu'on lui pardonne?

Pour notre mort nous dirons : « Je quitte le monde et

* Sicut dixit mihi Pater, sicloquor. Joan. 12. 50.

2 Pater, peccavi in cœlum et coram te, jam non sum dignus vocari filius tuus. Cum autem adhuc longe esset, vidit illum pater ipsius, et misericordia motus est, et accurrens cecidit super collum ejus, et osculatus est eum. Luc. iS. 18 et. 20.

5 Pater, dimitteillis, non enim sciuntquid faciunt. Luc. 23. 34.

"* Cum clamore valide et lacrymis. Hebr. 5. 7.

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m^en vais à mon Père' . » Et encore : « Mon Père , je mets mon ame entre vos mains, et vous recommande mon esprit"^. « Saint Bernard raconte que son frère Girard, religieux de grande vertu, étant sur le point de mourir, leva les yeux au ciel et proféra plusieurs fois, avec jubilation de cœur, ces paroles de notre Seigneur : Père, Père, et il ajoute que le frère « se tourna vers lui avec un visage épanoui de joie, et lui dit : quelle faveur de Dieu qu'il veuille être Père des hommes ; et quelle gloire des hommes d'être les enfants et les héritiers de Dieu^ ! » Le vénérable Bède, sentant les approches de la mort, pria qu'on le mit de tout son long sur le pavé de la cellule, « afin, dit-il, que je puisse invoquer mon Père"* ; » et en cet état, il se mit à chanter : « Gloire soit au Père, au Fils et au Saint-Esprit^, » et ce chant à peine fini, il rendit son ame à Dieu.

C'est ainsi que nous pouvons, pour noire salut et pour notre perfection, nous servir des paroles de notre Seigneur Jésus-Christ, notre frère aîné, et parler avec lui k Dieu, notre Père. Nous devons nous dire souvent : «Je suis le Fils de Dieu^ ; » et nous inculquer ces mots : « Tu es véritablement enfant de Dieu, et Dieu est ton Père"^. »

Cette dignité suréminente doit relever merveilleusement notre courage, et nous donner des appréhensions extrêmes de faire la moindre chose qui puisse nous en

* Relinquo mundum et vado adPatrem. Joan. 16. 28.

2 Pater , in manus tuas coramendo spiritum meum. Luc. 23. 46.

^ Ac fréquenter ingetninans, Pater, Pater; conversas ad me exhilarata quidem facie : quanta, inquit, dignatio Dei, Patrem hominum çsse? quanta hominum gloria, Dei filios esse et hœredes. Serra. 26. in Cant. ■* Ut patrem meum invocare possim. Sur. 1 0 maii.

^ Gloria Patri et Filio et Spiritui Sancto.

6 Filius Dei sum. Joan. 10. 36.

^ Vere Filius Dei es. Malth. 14. 33.

faire déchoir. « Si vous vous avouez fils de Dieu-, dit à ce propos saint Pierre Ghrysologue, vivez en fils de Dieu, et faites que, par votre vie et par vos vertus, vous correspondiez à la noblesse de votre Père*. »

Le père Balthasar Alvarez, de noire Compagnie, homme d'une éniinente vertu et d'une très-grande aptitude pour les choses spirituelles, avait coutume de proposer aux novices, dont le soin lui avait été confié, certaines vérités, qu'il regardait comme très-importantes pour les encourager a toutes sortes de vertus, et les faire voler à la perfection ; aussi cherchait-il a les leur inculquer, en les répétant souvent, et entr'autres celle-ci, que pas un d'entre eux ne dégénérât des hautes pensées des enfants de Dieu. Ces paroles firent une si puissante impression sur l'un d'eux, nommé François Godoy, que lorsqu'il fut massacré pour la foi, avec trente-neuf autres de nos frères, par des pirates hérétiques, dans le voyage qu'ils faisaient au Brésil, il disait et redisait, pour que tous se conduisissent courageusement en cette circonstance solennelle et difficile: «Or sus, mes frères, ne dégénérons point des hautes pensées des enfants de Dieu^. »

Gomme il n'y a rien dans l'univers qui ne soit audessous de l'excellence de Dieu, aussi n'y a-t-il rien qui approche de celle de ses enfants. La grâce, et plus encore la divinité, qui, selon les déductions précédemment émises, leur communique cette qualité glorieuse, les fait monter si haut au-dessus de tout ce qu'il y a de riche et d'éclatant dans la nature, que le plus beau des séraphins ne diffère pas autant, pour les perfections naturelles, d'un moucheron ou d'un vermisseau, qu'un petit enfant, qui

*'Si te filium Dei essefateris> vive quasi Dei fîlius, ut actu, vita, virtutibus tanto possis respondere genitori. Serm. 70, '-i P. du Pont, en la Vie du P. Balthasar. c. 20. § 1 .

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est en grâce et fils de Dieu, diffère de ce même Séraphin; car il y a beaucoup plus de disproportion entre les perfections naturelles et les divines, qu'il n'y en a entre toutes les naturelles, quelque inégalité qui se trouve entre elles, ••

De là vient qu'un homme doit avoir plus de sentiment et plus de reconnaissance pour le moindre degré de grâce que Dieu lui confère, que toutes les créatures n'en ont pour tous les biens de la nature qu'il leur donne ; el il lui est incomparablement plus redevable de ce qu'il lui communique son essence, quand ce ne serait que pour un- quart d'heure, que s'il le faisait Seigneur de tous les anges, de tous les hommes et de tout l'univers. Et de là vient aussi qu'un enfant de Dieu doit, par le souvenir de ce qu'il est, avoir le cœur si généreux et si noble, et porter ses pensées si haut, qu'il ne ftisse pas plus de cas de toutes les choses de la terre, que n'en ferait un roi d'un vil fagot de paille, qu'il rencontrerait sur son chemin, dédaignant de le relever, parce qu'il jugerait cet acte bien au-dessous de sa dignité.

Finissons et disons que, comme un dauphin, en France, un infant, en Espagne, et un prince de Galles, en Angleterre, ne perdent jamais de vue qu'ils sont fils et héritiers de rois très-puissants, et que, par suite, ils se conduisent d'une manière toute différente que s'ils étaient d'une naissance commune ; de même, le juste doit se souvenir continuellement qu'il est fils de Dieu, fils du Créateur de l'univers et du roi des rois, et veiller soigneusement à ce que ses pensées, ses paroles et ses actions soient en harmonie avec cette condition sublime.

Voilà, à peu près, ce que nous avons à dire des vertus théologales, de la foi, de l'espérance et de la charité, les trois plus nobles et les plus excellentes de toutes les

vertus, que nous devons exercer tous les jours, et avec toute la perfection qui nous sera possible. Que si, dans cette pratique, nous rencontrons des difficultés, souvenons-nous que les trois filles de Job, ces types de beauté dans leur siècle, et figures de ces trois vertus, selon la remarque que nous en avons faite, dès le principe, avaient pour père un homme dont le nom signifie ce qu'il a pratiqué hautement pendant sa vie, un homme qui est dans la peine et dans les souffrances*; souvenons-nous aussi que vivre de la sorte, c'est avoir l'exercice et la marque d'un homme véritablement sage. L'histoire ecclésiastique confirme cette vérité, en disant que ces trois illustres et renommées demoiselles, appelées Foi, Espérance et Charité, qui, avec une constance admirable et une force invincibles, souffrirent de très-cruels tourments et donnèrent leur vie pour Jésus-Christ, sous l'empereur Adrien, étaient filles d'une nommée Sophie, nom qui veut dire sagesse.

* Gap. i . Job, id est, dolens, gemens, patiens.

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