DE DIEU
Après avoir vu combien Dieu nous aime véritablement ■ en Père, et quels témoignages ineffables il nous donne de son affection toute paternelle, considérons maintenant combien, de notre côté, nous devons l'aimer en fils et lui rendre tous les devoirs que comporte un parfait esprit filial. Dieu dit de chacun de nous aussi bien que de Salomon : « Je lui tiendrai lieu de Père, pour l'amour, pour les soins, pour les providences, pour les secours et pour toutes les affections de Père, et il me servira de fils pour Tamour, le respect, l'honneur, l'obéissance et pour tous les sentiments de fils, puisque effectivement je suis son père et qu'il est mon fils*. » ,
Nous sommes aimés de Dieu, puisque nous sommes ses enfants. « Allons, disait saipt Pierre Chrysologue dans une explication qu'il faisait de l'oraison dominicale, allons oùla charité nous appelle, où l'amour nous attire, et où l'affection nous convie : que nos entrailles fondent
* Egoeroilli in patrem, et ipse erit mibi in filium. 2. Rég. 7.13.
de tendresse dans la pensée que Dieu est notre Père; que notre voix le fasse retentir, que notre langue le publie, que notre esprit le crie, et que tout ce qui est en nous prenne, pour correspondre k cette grâce, des sentiments d'amour et non de crainte, parce que Dieu s'étant déjuge changé en Père, témoigne qu'il veut être aimé et non pas redouté, et qu'il n'exige pas de nous des frayeurs d'esclaves, mais des libertés et des caresses d'enfants.^ »
En outre, comme Dieu est, de toutes les manières, notre Père plus que l'on ne saurait se le figurer, plus même que tous les hommes ne le sauraient être, nous devons aussi avoir pour lui un amour plus ardent, plus cordial, plus tendre, plus sincère et plus ferme que tous les enfants n'en ont jamais eu pour leurs pères ; nous devons aussi le lui faire connaître par de bons et véritables effets. Certes si le fils est rigoureusement obligé d'aimer et d'honorer son père, bien qu'il n'ait reçu de lui qu'un corps mortel, sujet à tant de douleurs, rempli de tant de misères et qui met de si grands obstacles à son salut ; bien qu'il ait infusé dans son ame la souillure du péché originel, la pente aux actuels, l'ignorance, la faiblesse et les sources de mille maux, à combien plus forte raison sommes-nous tenus de rendre tous ces devoirs a Dieu, notre Père, qui ne nous a jamais fait que des biens et de très-grands biens, tant dans l'ordre de la nature que dans celui de la grâce, et qui nous en prépare de bien plus grands encore, ceux de la gloire.
On a vu des enfants se faire esclaves et se mettre dans
- Accedamus quo vocat caritas, trahit amor, invitât afîectio : Deum Patrem viscera sentiant, vox personet, loquatur lingua, spiritus clamet, et totum quod est in nobis, respondeat gratiae non timori, quia qui judicem mutavit in Patrem, amari voluit, non timeri. Serra. 67,
LA FOI, l'espérance ET LA CHARITÉ. 309
les fers pour en délivrer leurs pères ; quelques-uns se sont vendus pour se procurer une somme d'argent , afin de les secourir dans leurs misères. Cimon l'Athénien* qui, plus lard devint un très-grand capitaine, acheta, au prix de sa liberté, le droit de sépulture pour son père; Gléobis et Bilon , qui étaient frères, traînèrent à la façon des bœufs, le chariot de leur mère ^u temple, où elle se rendait pour offrir un sacrifice. Deux autres frères Amphinome et Anape, dans un embrasement du mont Etna, sauvèrent sur leurs épaules à travers les flammes et avec danger évident de leur vie, leur père et leur mère qui en auraient été inévitablement la proie. Nous lisons aussi avec étonnement un double trait de dévouement filial qui s'est passé dans des époques différentes : deux filles, par un nouveau et merveilleux stratagème d'amour, nourrirent de leur lait, l'une son père et l'autre sa mère, dans une prison où la justice humaine les avait condamnés à mourir de faim. Cette action d'une piété filiale si extraordinaire, excita l'admiration générale, et valut aux parents la grâce de leur délivrance.
Si des enfants ont tenu une semblable conduite en faveur de leurs pères et de leurs mères, s'ils les ont aimés et respectés jusques à un tel point, quel amour et quel honneur ne sommes-nous pas obligés de rendre à Dieu, notre Père, et de quels sentiments ne devons-nous pas être animés à son égard ?
* Valer. Maxim, lib. S. c. 4.