‹ Les trois filles de la BibleChapitre 15 sur 71 · LE SURNATUREL · texte numérisé non relu

LE SURNATUREL

Le surnaturel nous parait un signe certain d'enfance religieuse, sa ressemblance avec le signe d'enfance humaine nous parait frappante, mais nous reconnaissons que la discussion est encore ouverte et que, si nos adversaires sont toujours obligés de répondre, par la foi au raisonnement, une partie importante du terrain leur appartient encore.

Aux premiers temps de l'enfance religieuse, de sublimes impostures étaient indispensa-

bles pour frapper l'imagination de l'homme d'une manière tellement vive, qu'au-dessus de la force matérielle il reconnût la force divine, et fût ainsi obligé de s'inquiéter de la justice de ses actes.

Alors on fit apparaître à ses yeux ignorants un semblant d'intercession divine, et on lui dit que s'il s'adonnait à ses passions un châtiment terrible le frapperait en ce monde et le frapperait aussi dans l'autre.

Et on lui dit aussi que s'il était sage et que s'il se laissait diriger par les hommes de Dieu, tout lui réussirait en ce monde et qu'il serait aussi récompensé dans l'autre.

Ainsi — lorsque les cris poussés par un enfant commencent à lui devenir nuisibles, on lui parle de l'apparition d'un Croquemitaine quelconque ou d'une fée bienfaisante.

Eh bien, après les maîtres de la science, nous disons , sans porter atteinte au respect et à l'admiration que nous devons aux inspirés de Dieu, que c'est dans cet esprit qu'ils ont laissé répandre, par leurs adeptes, des bruits d'intercession divine et de renversement des lois naturelles, — et que ces bruits, rapidement passés à l'état de légendes , ont été depuis embrassés comme articles de foi.

£t nous pensons aussi qu'il est temps de faire disparaître les nuages qui obscurcissent l'idée juste de Dieu, — et de faire enfin apparaître les vérités dont nous sommes devenus dignes.

Oui, — l'examen attentif de l'ordre parfait et immuable de la création, sa constante harmonie, sa perfection d'ensemble et sa perfection de détails ont, aux approches de la viri-

lité , mis à néant ces fables qui désormais n'ont plus de raison d'être.

Non, — Dieu n'a plus besoin de renverser ses admirables lois pour se faire reconnaître; ses miracles sont à l'état constant : aveugles ceux qui ne les voient pas, plus aveugles ceux qui les voient sans les adorer.

Quel miracle pourrait d ailleurs se comparer à la conscience,

Cette manifestation de Dieu — vivant en chacun de nous,

Ce guide sublime du bien , placé au fond de l'âme pour combattre et dominer les instincts de la matière,

Cette voix de Dieu qui, satisfaite, s'appelle la joie intérieure , et qui , mécontente , s'appelle le remords,

Cette essence divine qui interpelle, qui répond, qui récompense et qui punit.

Cette dcruce compagne de la pensée habituelle de Dieu,

Cette preuve évidente, — cette signature de Dieu, imprimée sur chaque créature humaine?

Comment trouver une forme de reconnaissance suffisante pour exprimer le ravissement que nous ressentons d'un tel bienfait?

Et comment ne pas trouver que les légendes singulières, imposées à notre foi, ne présentent nul indice de ce caractère de grandeur bienfaisante et de puissance en dehors de toute appréciation humaine?

Croyez-vous, d'ailleurs, si Dieu voulait

réellement manifester sa volonté d'une manière matérielle et palpable , qu'il choisirait un endroit obscur, habité par les intéressés à cette manifestation ?

Détrompez-vous , ce serait infailliblement en présence de ceux qu'il voudrait confondre et de ceux qui auraient qualité pour constater aux yeux de tous sa divine intercession.

En tout cas , cette intercession se comprendrait plutôt pour s'opposer à quelque acte révoltant d'injustice, pour venir au secours de l'innocent injustement opprimé , et témoigner ainsi que, même sur terre, derrière le faible se trouve Dieu.

Mais non, Dieu, dans son incommensurable grandeur, se manifeste bien autrement. — Il choisit et élève une grande âme, une nature supérieure, et il lui inspire les vérités

dont l'heure de la connaissance est arrivée pour l'humanité.

Ces hommes portent le même feigne de l'émanation de Dieu, et on les reconnaît tous à la distance considérable qui les sépare de leur siècle.

Ces hommes s'appellent d'abord Moïse...

puis Jésus... Mahomet.

Et lorsque l'esprit humain dévie, — les réformateurs apparaissent avec mission de remettre sur la route vraie.

Ainsi — Arius, — Wiclef, — Jean Huss, — Luther, — Servet.

Et enfin, lorsque la raison humaine a assez souffert , lorsqu'elle a grandi , lorsque l'heure est arrivée, Dieu envoie h l'homme la liberté de conscience.

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