‹ Les trois filles de la BibleChapitre 16 sur 71 · LES RITES DE L'AVENIR · texte numérisé non relu

LES RITES DE L'AVENIR

Pendant son enfance religieuse, l'homme exécute sans examen la prière indiquée ; cette manifestation suffit à son idée vague d'un Dieu qui récompense et qui punit; — et pourvu que son imagination soit frappée par des costumes sévères de prêtres, par des aspects grandioses de cathédrales, et qu'une odeur d'encens lui fasse croire que la maison de Dieu est plutôt là qu'ailleurs, son besoin

naturel d'adorer le créateur est satisfait, — et au moyen de cette satisfaction, on peut — ou le dominer, ou le moraliser, au gré de la direction supérieure imprimée au culte.

— Mais au premier symptôme de virilité religieuse, l'homme s'arrête, s'interroge et se demande si c'est bien cette forme de culte qui peut être agréable à Dieu ; — et si par un effort d'intelligence, en secouant les idées admises depuis longtemps, il trouve dans ces pratiques des moyens de police applicables à d'autres époques, — des lois de salubrité applicables à d'autres climats; — s'il ne rencontre qu'une idée étroite d'adoration vulgaire ; si son âme se refuse à cette forme matérielle d'adoration du créateur; s'il cherche dans le culte un moyen de moralisation, et s'il n'y trouve qu'un moyen de domination appliqué à des époques finies , il est obligé de se replier sur lui-même, de fuir le temple

qui s'oppose à sa méditation et à l'élévation de son âme vers Dieu — et de chercher.

Alors le trouble pénètre dans sa conscience, et comme l'esprit de l'homme seul est plein de défaillance, la route qu'il suit devient incertaine et stérile.

Voilà le danger, — voilà la souffrance des esprits avancés.

Et alors les hommes des ténèbres passées leur crient : Vous le voyez, vous êtes malheureux parce que vous doutez de nous; — soumettez votre raison, voilà ce que Dieu vous demande.

Et ici le penseur se révolte et répond : — Non, — Dieu ne m'a pas donné la raison pour que je ne m'en serve pas dans l'acte qui en demande le plus; — si mon siècle souffre,

c'est qu'il enfante, — et comme toute souffrance imméritée est une œuvre, nous attendons avec confiance la joie d'avoir trouvé une manière plus élevée d'adorer Dieu et d'avoir ainsi légué à l'humanité une arme plus vigoureuse contre le mal. — C'est donc en faisant appel à notre raison ainsi qu'à notre cœur, que nous aspirons à un culte plus épuré et que nous rêvons une forme de reconnaissance plus digne de notre créateur. — Et nous nous sentons, à notre tour, la force d'appliquer l'empreinte de notre époque sur ces pratiques réformées ; — et comme nos yeux sont ouverts et dessillés, nous saurons bien empêcher maintenant qu'on nous asservisse ou qu'on nous exploite au moyen de notre amour pour Dieu. — Car nous aussi voulons chasser les vendeurs du temple.

Eh bien , — ce sentiment est un sentiment de virilité.

Ce signe est un signe évident de majorité religieuse, nous ne pensons pas qu'on puisse le contester longtemps, et ce point nous parait définir, plus nettement encore que les autres, le passage de l'enfance religieuse à Fétat viril.

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