‹ Les trois filles de la BibleChapitre 19 sur 71 · LA REFORME · texte numérisé non relu

LA REFORME

AVANT-PROPOS

Lu prophète» ont tout réclamé énergiquement un culte fondé sur la purification du cœur et de la conduite, sur la probité et l'amour du prochain.

Strauss. 1** vol., p. «25.

Réformer, c'est accomplir. — Accomplir, c'est le contraire de détruire. —

Réformer, c'est améliorer l'état actuel des choses, sans en altérer l'essence, — faire prévaloir une forme meilleure, — la corri-

ger, la rectifier, soit en ajoutant, soit en retranchant. — Réformer, c'est perfectionner,

Changer le mal en bien, —

Changer le bien en mieux. —

Or, quoique le contraire ait été dit, le mieux est l'ami du bien, à la condition cependant que ce mieux soit réellement mieux, — et à la condition aussi que ce mieux soit adopté avec une lenteur sage. —

Toutefois il ne faudrait pas confondre la sagesse et la lenteur avec l'immobilité.

Beaucoup de personnes, quoique réformistes, disent cependant qu'il est toujours plus facile de ne rien faire.

Nous voudrions les engager à être davantage de leur opinion.

96 LES TjtOIS FILLES

Il est, en effet, des circonstances dans lesquelles la responsabilité est également engagée, soit que l'on agisse, soit que l'on n'agisse pas.

Agir est un acte. — Ne pas agir est aussi un acte.

Cette situation est devenue la nôtre. — Voici comment :

Pendant la persécution, nous ne pouvions sans lâcheté abandonner, modifier un iota de nos formes religieuses.

La proscription rendait sacrée la moindre de nos coutumes.

Aujourd'hui la persécution est expirante, — les cris qu'elle pousse encore de temps en temps sont des cris désespérés, ils n'effrayent

que celle qui les pousse , et le poing qu'elle soulève alors retombe aussitôt et ne frappe qu'elle.

La persécution se meurt, — la persécution est morte.

Nous sommes donc dégagés de toute question personnelle, et nous pouvons enfin nous consacrer à notre mission.

Mission écrite dans notre histoire d'une manière éclatante, indiscutable.

Pourquoi notre race est-elle à la fois la plus ancienne et la seule qui ait survécu au temps, alors que rien n'a été épargné pour la détruire ?

Quelles époques sans pitié n'a-t-elle pas traversées?

Quels moyens de destruction ont été oubliés contre elle ?

Quelle est la voix qui s'est fait entendre en sa faveur?

Quelle est la voix qui n'a pas déclamé contre elle?

Cette persécution n'est-elle pas l'injustice la plus grande , la plus générale et la plus longue que les hommes aient commise?

Si donc notre race a survécu intacte, c'est parce que c'est la seule qui soit absolument antipaganiste , la seule qui soit absolument pénétrée de l'amour de Dieu , la seule évidemment destinée à une œuvre, à une mission.

Or, quelle peut être notre mission , si ce

n'est de conserver d'abord , puis, à un jour donné, de répandre autour de nous la source de monothéisme qui est en nous?

Ce jour doit absolument être précédé par un jour de réforme, d'accomplissement.

Et il nous faut retrancher de nos coutumes tout ce qui n'est pas indispensable à notre mission.

Et il nous faut aussi ajouter à nos formes monothéistes pures, toutes les conquêtes faites par la science et par la philosophie depuis notre renaissance.

Mais qui donc nous dira avec certitude, — avec autorité : —

Voici le jour fixé par Dieu ?

C'est aujourd'hui qu'il faut non-seulement

agir, — mais agir avec ensemble, afin que notre race . réunie comme un seul homme, ne tombe dans aucun schisme et facilite la lumière aux yeux dessillés.

Nous avons confiance en nos chefs, — nous croyons qu'ils donneront ce signal ; — mais s'ils n'osaient, — soyez persuadés que certaines âmes seront spécialement émues par l'approche de ce moment.

Et soyez persuadés que leur parole se déliera davantage à mesure que le moment sera plus proche.

Ne refusez pas de les entendre. — Si leur devoir est de parler, le vôtre est de leur donner votre attention.

Et le jour où vous serez convaincus, — tâchez de convaincre.

Car c'est alors que l'inaction sera aussi une action, et qu'il sera bon de regarder avant de se résoudre à ne rien faire.

Et c'est aussi alors que toute hésitation deviendra un crime de lèse-humanité.

Jusque-là redoutez tout changement inutile ou fréquent, — discutez les améliorations proposées, — discutez aussi l'heure de leur adoption.

Mais fuyez l'immobilité de parti pris et pour toujours.

Croyez fermement que nous possédons à jamais la perfection dans notre dogme.

Mais croyez aussi que nous ne pouvons la posséder dans les formes du culte.

Non, — cette source de monothéisme, qui est en nous, ne doit pas rester murée en nos cœurs.

Il faudra , au jour fixé , la présenter aux lèvres altérées.

Nos cœurs se désaltéreront en même temps que ces lèvres.

Et nous aurons accompli , comme il convient, nos grandes destinées.

Car réformer, c'est accomplir.

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