‹ Les trois filles de la BibleChapitre 20 sur 71 · LA CIRCONCISION · texte numérisé non relu

LA CIRCONCISION

Vous vous couperez la chair de vos prépuces, ce sera le signe de l'alliance entre moi et vous.

(Gknèsb, ch. xvn, v. 2.)

Avant Abraham , les sacrifices humains étaient en honneur dans le monde civilisé, et il était généralement reconnu que rien n'était plus agréable à Dieu que de choisir un homme jeune, beau, bien conformé, de le lier sur un autel et de lui enfoncer un couteau dans le cœur jusqu'à ce que mort s'ensuive.

Abraham, ce grand réformateur, voufant sauver son fils Isaac, condamné par le pouvoir sacerdotal de son époque, imagina la fable sublime qui lui permit de substituer a son fils un bélier, et de se faire ordonner par Élohim (Genèse, 17-13) de circoncire tout enfant mâle, et de consacrer ainsi ce pacte de chair par un minimum de sang humain voué à Dieu, —

Minimum devenant facilement, dans les climats chauds, un foyer d'impureté et de maladie.

Moïse, en arrivant au commandement d'Israël, trouva cette coutume généralement répandue en Orient, chez les païens ainsi que chez les Juifs.

Il résulte d'un passage de Jérémie (ch. ix, v. 24-25) que quelques-uns des sept peuples chananéens étaient circoncis.

Les Arabes circoncisaient la treizième année.

Strabon pense que la circoncision est d'origine éthiopienne.

Strabon cite un passage d'Artémidore qui distingue les peuples nomades arabes les uns des autres par les deux genres de circoncision. Les Égypliens avaient le premier genre (retrancher une partie du prépuce), les Israélites le second (retrancher tout le prépuce) . L'Écriture ne s'explique pas sur la manière de faire l'opération.

L'excision — la circoncision des femmes — subsiste encore chez les Cophtes et les Abyssins, quoique chrétiens, et chez plusieurs nations de l'Arabie.

Quoique le contraire ait été affirmé , l'excision n'a jamais été en usage chez les Juifs.

Hérodote dit (h, 37) que les Égyptiens, les habitants de la Colchide, les Éthiopiens et les habitants de la Palestine se soumettaient à la circoncision par principe de propreté.

Il dit aussi que les Phéniciens la pratiquèrent également et ensuite la négligèrent à cause de la fréquentation des Grecs.

Philon dit que la circoncision préserve cette partie d'une certaine maladie inflammatoire qu'il désigne sous le nom de charbon.

La circoncision , qui avait chez les Hébreux un but politique, et chez leurs voisins un but médical, était aussi, en Orient, un signalement religieux.

11 faut remarquer que dans les pays chauds de l'Afrique et de l'Asie les enfants sont tout

nus jusqu'à Page de douze à treize ans, et que les hommes mêmes ne sont pas trèscouverts, de sorte que la circoncision était un signe très-distinctif.

« Vous vous couperez la chair de vos prépuces, ce sera le signe de l'alliance entre moi et vous, » dit la Genèse, chap. xvn, v. 2.

Moïse n'admit pas, avec la Genèse, que la circoncision fût le signe de l'alliance avec l'Éternel.

Moïse hésita longtemps avant de faire circoncire ses fils, et il ne se décida que bien après le huitième jour de leur naissance. (Exode, chap. iv, v. 25-26).

Le Décalogue ordonne le sabbat et est muet sur la circoncision.

Nulle part Moïse n'en parle.

Un passage du Lévitique et un de l'Exode ont pu seulement lui être attribués. Ces passages sont visiblement interpolés.

Le Lévitique dit (Lévitique, 12-2, ch. v) : « Une femme qui accouche d'un enfant mâle sera impure pendant sept jours. »

— C'est un règlement sur la femme. Mais, verset 3, on y a ajouté : « Et le huitième jour, on circoncira la chair de son prépuce. » — Or, il n'était nullement question de l'enfant, — le verbe masculin n'a rien à faire quand il nç s'agit que de la mère. Moïse n'aurait certes pas institué une loi si importante d'une manière incidente. — Même interpolation pour la fête de Pâques (Exode, 12-i8) : « Si un étranger veut fêter la paque, qu'il circoncise tous ses mâles ; un incirconcis ne doit pas en manger »> (de l'agneau pascal). Mais puisque Moïse n'a nulle part

ordonné la circoncision aux Israélites, pourquoi commencer par l'étranger?

II est du reste facile de constater d'ailleurs que Moïse a souvent défendu ce qu'Abraham avait ordonné.

Ainsi, Jacob, épousant les deux sœurs, aurait été puni par les lois de Moïse.

Abraham lui-même, ayant épousé Sarah, qui était la fille de son père (Genèse, 20-12), se trouvait frappé par l'interdiction de ces sortes de mariages par Moïse.

Et enfin ce qui permet de conclure que Moïse n'attachait aucune importance à la circoncision, c'est que, s'il l'avait voulue, il l'aurait édictée dans le Décalogue, dans le Deutéronome ou dans un autre document, et il en aurait tout au moins maintenu l'usage.

Eh bien , pendant les quarante années que le peuple juif a vécu dans le désert, sous les ordres de Moïse, aucun Juif n'a été circoncis.

Josué nous en fournit une preuve irréfragable.

Voici le passage de Josué, chapitre v, verset 2. — En ce temps-là, l'Éternel dit à Josué : Procure-toi des couteaux tranchants, et entreprends de circoncire les enfants d'Israël une seconde fois.

Verset 3. — Josué fit des couteaux tranchants et circoncit les enfants d'Israël sur le coteau d'Alaroth (des prépuces).

Verset 4. — Voici la circonstance qui porta Josué à circoncire : tout le peuple sorti d'Egypte, les mâles, tous les hommes de

DE LA BIBLE. Hl

guerre étaient morts dans le désert, en chemin, pendant la sortie d'Egypte.

Verset 5. — Car il était circoncis, tout le peuple qui sortait ; mais tout le peuple, ceux qui étaient nés dans le chemin, pendant qu'ils sortaient d'Egypte, n'avaient pas été circoncis.

Verset 6. — Car les enfants d'Israël ont parcouru le désert pendant quarante ans jusqu'à l'extinction de toute la nation des gens de guerre sortant d'Egypte.

Ainsi Moïse ayant témoigné une indifférence complète pour la circoncision, au point de vue religieux, la plus urgente, la plus nécessaire de toutes nos réformes, celle qui tend la main aux autres filles de la Bible, celle qui ouvre réellement la porte de l'ave-

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nir, est en même temps celle qui doit coûter ' le moins à notre cœur et à nos habitudes.

— Certes, la manière dont nos pères entendaient le prosélytisme était à la fois grande et fière.

Ils étaient tellement pénétrés de la vérité de notre croyance, qu'ils repoussaient tout moyen autre que la connaissance de leurs principes pour attirer à eux.

Notre conviction n'est aucunement amoindrie, — mais les temps sont changés; nous ne sommes plus entourés de païens et de barbares, et nos devoirs sont autres.

Aujourd'hui la circoncision est un obstacle au monothéisme. — Il est indispensable de l'abolir absolument, à moins que l'on ne pré-

fère forcer l'avenir à professer sans nous notre religion1. D'ailleurs, si nous voulons l'abolition de la circoncision de la chair d'un enfant mâle âgé de huit jours, nous voulons

i . L'aspiration au monothéisme se manifesta d'une manière remarquable à la fin du siècle 'dernier, en Bohême, après la publication de redit de tolérance de Joseph II.

Un certain nombre d'habitants du comitat de Pardubitz, se confiant à l'édit de tolérance, firent, en 4782, profession publique de la foi que suivait Abraham avant la circoncision.

Ils ne prirent dans la Bible que l'unité de Dieu et la prière Notre Père.

Par suite des préjugés de leur époque, et probablement aussi afin d'éviter la circoncision, ils ne voulurent pas appartenir à la religion juive— quoique portant ostensiblement le nom d'abrahamites et quoiqu'en réalité leur doctrine fût israélite.

Gomme ils ne voulaient pas non plus faire partie

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aussi, en remplacement, la circoncision de rame de l'adolescent.

Et ici l'effort, étant personnel, sera vraid'aucune des confessions chrétiennes reconnues, on leur refusa le libre exercice de leur culte.

Les abrahamites persistèrent.

L'empereur Joseph II, irrité de leur résistance, fit chasser de leurs possessions, en 4783, ces religionnaires, du reste irréprochables.

Il les fit conduire militairement par troupes de deux, trois ou quatre hommes, dans diverses places frontières de la Hongrie, de la Transylvanie et de PEsclavonie; là, les hommes furent incorporés aux bataillons chargés de la garde des frontières, et un certain nombre d'entre eux, à bout de courage, se convertirent avec leurs femmes à la religion catholique, dans le bannat de Tcmcswar, — plusieurs moururent sans abjurer leur monothéisme.

La commission de l'enquête ordonnée par Joseph II traite les abrahamites de campagnards ignorants.

(Voir P Histoire des déistes de Bohême. —Leipzig, 4785 )

ment méritoire aux yeux de Dieu, et en arrachant jour par jour de son âme un vice ou un défaut, chacun de nous se trouvera en progrès et pourra ainsi rendre à Dieu son âme améliorée quand le jour sera venu.

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