Septième aux Catholiques, ch. u, p. 77 et suiv
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telligence, qu'ils épurent et réchauffent leurs vieilles croyances au feu de la critique, à la lumière du libre examen. Déjà par la pensée on se partage leurs villes, on se dispute les lambeaux de leur empire, on se montre le désert qui sera leur dernier refuge. Toutes ces menaces et ces prédictions seront réalisées, s'ils ne se hâtent de les prévenir en changeant d'existence. Pourquoi seraientils effrayés ou humiliés de ce conseil? La réforme est devenue la première nécessité de notre temps. L'Occident la réclame aussi bien que l'Orient; les adorateurs du Christ aussi bien que les disciples de Mahomet. La réforme de l'islamisme consistera à accepter les grands principes de la morale et de la civilisation européenne, à substituer le culte de l'esprit à celui de la matière et l'empire du droit à celui de la force, à revendiquer contre le fatalisme la conscience et le rôle de la liberté, mais, avant tout, à faire dispa-
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raitre l'institution dégradante de la polygamie; car l'abaissement de la famille entraîne nécessairement avec lui celui de la société. N'attendant rien que de la raison et de la philosophie, M. Rodrigues, sous peine d'être inconséquent, a dû faire un appel aux philosophes. Il leur adresse donc, dans le style de saint Paul et de l'Écriture sainte, une épître pareille à celles qu'il a consacrées aux différentes communions religieuses. Il supplie les philosophes de lui venir en aide dans une œuvre qui ne peut s'accomplir sans eux et dont ils ne peuvent pas plus se passer que le reste du genre humain. Le même esprit d'égalité démocratique, qui a confondu toutes les classes de la société et rapproché toutes les distances, a passé de l'ordre civil dans Tordre intellectuel, du domaine des institutions et des faits dans celui des idées et des croyances. Les philosophes se flatteraient en vain de former, comme autrefois, une caste
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distincte. Ils sont forcés d'entrer de plus en plus en communication avec la foule, et de créer, pour ainsi dire, un état moyen, moitié philosophique et moitié religieux, qui leur permette d'exercer sur elle une salutaire influence. Ce milieu, c'est précisément l'alliance du monothéisme et du rationalisme, alliance qui s'appuie à la fois sur l'Ancien et sur le Nouveau Testament; car si elle répond à la pensée des prophètes, elle est aussi la continuation de l'œuvre de Jésus-Christ interrompue pendant dix-huit cents ans par l'ignorance et les passions des hommes.
Aucun esprit impartial ne refusera de rendre justice aux idées élevées et aux sentiments généreux qui ont inspiré ce système. Nous ajouterons que M. Rodrigues n'est pas isolé dans sa manière de voir. Tous ceux que nous voyons aujourd'hui appliquer aux livres saints les libres procédés de la critique, à moins qu'ils n'appartiennent , comme beaucoup
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d'entre eux, à l'école panthéiste ou athée, pensent nécessairement comme lui, alors même qu'ils se montrent moins décidés ou moins francs dans leur langage. Qu'on ouvre, par exemple, un petit livre très-intéressant,
publié il y a un an par M. le pasteur Bost, le
Protestantisme libéral1, on y trouvera des propositions telles que celles-ci : « La religion s'en tient absolument aux faits de conscience et ne reconnaît pas d'autre autorité que celle de la conscience *. » — « Contrairement à l'opinion commune, nous affirmons que la religion, comme telle, n'a ni dogmes ni mystères3. » — « Le dogme appartient à la théologie, il est le produit de la réflexion appliquée aux faits spontanés de la conscience 4 . » — « Nous ne croyons pas "au sur-
4. In- 18, chez Germer-Bailli ère. Cet écrit fait partie de la Bibliothèque de Philosophie contemporaine.