Toute chose qui, étant inclusive dans
l'universel, en est sortie pour rendre raison d'une chose qui n'est pas selon son sujet, elle en est sortie et pour alléger et pour aggraver ;
11. Et toute chose qui, étant dans l' universel, en est sortie pour juger sur une chose nouvelle, on ne peut la faire rentrer dans l'universel jusqu'à ce que l'Écriture ne l'y rappelle clairement;
12. Une chose qui s'apprend par son propre sujet et une chose qui s'apprend par sa fin ;
13. Et enfin, deux versets qui, se contredisant l'un l'autre, s'expliquent par un troisième qui les concilie. »
Le Talmud fut ainsi un des grands inspirateurs de l'interprétation.
fV
Le Talmud de Babylone, ainsi que celui de Jérusalem , généralisèrent l'interprétation en Israël.
Le Midrach est une des formes les plus populaires de l'interprétation talmudique.
Le Midrach, c'est l'interprétation par l'apologue, par l'allégorie, par la parabole.
Nous trouvons dans le Midrach Kohelet- Rabba l'interprétation suivante du verset de l'Ecclésiaste : Et son âme n'est jamais satisfaite.
« La fille d'un roi fut mariée par son père à un riche bourgeois. Celui-ci fit à sa femme de magnifiques cadeaux, et lui donna de brillantes fêtes; — mais elle reçut les cadeaux avec indifférence et assista, rêveuse et
distraite, aux brillantes fêtes. — Rien ne pouvait lui faire plaisir, car elle était la fille du roi. Elle avait eu autrefois des présents plus considérables, et elle avait vu de plus belles fêtes. — Il en est de même de l'âme; la terre lui offre en vain toutes ses jouissances, elle n'est jamais satisfaite ici-bas, elle aspire plus haut, car elle est fille du ciel. »
L'interprétation , quoique généralement admise en Israël, fit cependant apparaître une secte nouvelle, — la secte des Caraîtes.
L'interprétation pourrait conduire à ajouter à la loi ou à retrancher de la loi, — dirent les Caraîtes, — nous nous appuyons sur le Deutéronome, qui dit : « Tu n'augmenteras pas sur lui, tu ne diminueras pas de lui. » (Ch. 13, v. J.)
En conséquence, nous n'admettons le droit
d'interprétation que renfermé dans de certaines limites.
L'Eglise triomphante arrêta ensuite le développement du spiritualisme et comprima pendant des siècles sous sa main de fer l'essor de l'esprit humain.
Toutefois l'interprétation, quoique captive, rencontra en Israël d'illustres représentants.
Celui qui fut, ainsi qu'Ezra, appelé le second Moïse; — Maimonide, le glorieux chef de l'école espagnole, — école qui compta dans ses rangs lbn Ezra, — et Ba'hya de Saragosse.
Maimonide enfin rétablit dans de justes limites l'interprétation un moment dévoyée, et fit ainsi apparaître de nouveau en Israël cette conquête glorieuse donnée deux fois au monde par notre race.
Maimonide résuma dans son œuvre tous les progrès acquis par l'interprétation en Israël.
Maimonide donna d'abord les Commentaires de la Michna, puis dans un grand ouvrage talmudique intitulé Mie fine Tara* — répétition de la loi, — il refit le Talmud, écartant les discussions et donnant seulement les conclusions, — afin que la religion fut assise sur des bases certaines, et aussi afin de calmer l'esprit de discussion devenu trop minutieux en Israël depuis le Talmud.
Puis enfin dans le Guide des égarés, Maimonide donna l'interprétation des expressions de la Bible, et donna aussi l'explication rationnelle des Commandements de la Bible.
e Si vous marchez avec moi dans la voie
du hasard » ( Lévi tique, xxvi, 21) doit être entendu ainsi, — dit Maimonide :
« Si vous considérez comme un simple hasard ces malheurs que je fais fondre sur vous pour vous punir, j'augmenterai pour vous ce prétendu hasard en ce qu'il a de plus grave et de plus cruel, — comme il est dit (Lévitique, ibid., v. 27 et 28) : « Et « si vous marchez avec moi dans la voie du u hasard, je marcherai avec vous dans la « voie du plus cruel hasard. »
« En effet, leur croyance que ce n'était là qu'un pur hasard devait avoir pour effet de les laisser sans retour persister dans leurs opinions pernicieuses et dans leurs actions impies, comme il est dit : Tu les a frappés et il nen ont point tremblé. » (Jérémie,v. 3). Maimonide, Guide des égarés, t. m, p. 271 et 276.)
Maimonide réunissait à l'esprit le plus libre la science la plus profonde et le sentiment religieux le plus élevé.
« L'amour de Dieu est en raison de la perception, dit Maimonide. Ce n'est qu'à la suite de l'amour que peut venir ce culte sur lequel les docteurs ont appelé l'attention en disant : — « C'est le culte du cœur. »
« Celui-ci consiste à appliquer la pensée à l'objet principal de l'intellect et à se consacrer en lui .autant qu'on le peut. » (Maimonide, t. m, Guide des égarés, p. 438.)
Cette recherche incessante de la connaissance de Dieu, cette recherche incessante de l'épuration du culte, — c'est l'hétérodoxie.
C'est pourquoi , il nous paraît permis de dire que l'hétérodoxie est orthodoxe en Israël.
« Un tribunal ( synédrim ) peut toujours annuler l'interprétation des synédrims qui l'ont précédé — et donner une interprétation nouvelle de la loi, — car il est écrit : « Il « faut respecter l'opinion du tribunal de son « époque et lui obéir. » (Maimonide, Lois sur les hérétiques, ch. 2; — Jad'Hasaca, t. iv; — Talmud Rosch-Ha-Shana, p. 25.)
Rabbi-Ba'hya-ben-Joseph de Saragosse, auteur des Devoirs du ccmir, établit de cette manière qu'une des origines de la liberté d'interprétation se trouve dans les proverbe?.
« — L'Écriture dit (Proverbes , 20, 5) :
« Le bon conseil dans le cœur de l'homme « est comme des eaux profondes, l'intelligent « sait les puiser de leur profondeur. » —
« Gela veut dire : '< La sagesse est im- « plantée dans l'organisation naturelle de
« l'homme, dans ses facultés intellectuelles, « comme les eaux le sont dans les profondeurs « de la terre; et le penseur s'efforce à son- « der ces profondeurs des facultés de l'homme, « pour chercher la sagesse qui s'y trouve « cachée, pour la mettre au grand jour, et « pour la publier, ainsi qu'on le fait avec « les eaux qu'on tire des profondeurs de la « terre.
« Un jour je demandai à un de nos doc- « teurs ce qu'il pensait de cette interprétation a de la sagesse cachée dans les profondeurs « de l'âme humaine.
« En pareille chose, me répondit-il, — la « tradition remplace la réflexion.
a La tradition, lui répliquai-je ne convient « qu'à celui auquel manque le talent de ré- « fléchir et de se rendre compte de ce que la « tradition lui enseigne; — qu'à celui dont
« la raison est bornée, dont les facultés in- « tellectuelles ne sont pas suffisamment déve- <• loppées, — ainsi que cela se rencontre « chez les femmes , chez les enfants ou chez «■ les hommes sans intelligence; mais celui
* dont les facultés intellectuelles sont assez
* développées pour se procurer des éclair- « cissements profonds sur ce qu'il a reçu « par la tradition et qui, par inertie, par « paresse ou par frivolité est empêché d'em- « ployer sa raison à la recherche de la vérité
* dans les choses divines, — celui-là est
* certainement condamnable et doit répondre •■ plus tard «le cette négligence.
• Ce n>st que par rapport aux comman-
* déments dont les raisons nous échappent,
* parce qu'ils sont fondés sur I obéissance
* seule , que nous serions excusables de n'y « point appliquer ik*s faou'.:és intellectuelles.
« Dans c<* cas ivmir.e dan* tous ceux où
« nos forces intellectuelles ne sont pas suffi- « santés pour apprécier la vérité, nous « sommes excusables, parce qu'alors nous « sommes pareils aux femmes et aux enfants, « chez lesquels tout est seulement une af- « faire de croyance traditionnelle.
« Mais si nous possédons la raison et « l'intelligence, mais si nous sommes ca- « pables de nous rendre compte des doctrines te du prophète, ainsi que des traditions au « sujet des principes de ces doctrines, de «. leurs causes intellectuelles et des sources « morales de nos actions, — alors nous avons « le devoir de nous servir de nos facultés « jusqu'à ce que les sujets nous deviennent « clairs et qu'ils nous paraissent fondés au- « tant par les raisons que par les traditions ; « et si nous négligeons de le faire, nous né- « gligeons ce que nous devons à notre Créa- « leur. Béni soit-il. »
Ces belles maximes sont restées enfouies dans le judaïsme pendant des siècles.
Entre le xn° et le xv* siècle, la Kabbale et sa bible le Zohar Turent la dégénérescence mystique de l'interprétation.
Au xui* siècle» Moïse de Coucy donna, d'après le Talmud, l'interprétation de chacun des six cent treize commandements de la Bible.
Au xiv* siècle, Rabbi Jacob de Tolède résuma de nouveau la Halacha1 dans un ouvrage célèbre intitulé les Tourims.
— Les Tourims sont la fixation des lois, rites et usages émanés de la Michna, du Talmud, de Maimonide et de Moïse de Coucy.
1. Le Talmud contient une partie légiférante qui s'appelle la Halacha, et une partie légendaire qui s'appelle l'Haggada.
Puis Abravanel et l'école portugaise représentèrent dignement l'interprétation pendant le xve siècle.
Les Tourims donnèrent lieu à des discussions qui nécessitèrent une nouvelle codification. Les Tourims furent ainsi les précurseurs du Shoul 'h an Arouch.
Pendant le xvie siècle, un rabbin deSaphet (Palestine), d'origine espagnole, Joseph Karo, rédigea le Shoul 'han Arouch.
Le Shoul' han Arouch est une nouvelle explication de la loi, — une interprétation exagérée de la loi, — une dernière codification de la loi.
Le Shoul 'han Arouch est le recueil des dissertations et des interprétations les plus célèbres recueillies oralement depuis le Talmud.
Le Shoul 'han Ârouch fut adopté avec ferveur par les Israélites espagnols et portugais.— C'est encore aujourd'hui sur le Shoul 'han Arouch que s'appuie le parti orthodoxe en Israël.
Dans ce même siècle, — Moïse I séries, — rabbin polonais, voulut, dans l'esprit qui avait déjà guidé Karo, aggraver encore la loi.
Son ouvrage intitulé : Notes critiques sur le Karo est connu sous le nom de : te Rama.
La plupart de ses dissertations reposent sur des pointes d'aiguilles; la plupart de ses interprétations n'aboutissent, il est vrai, qu'à des minuties; — mais elles témoignent toutes d'une agilité de pensée, d'une délicatesse et d'une profondeur de raisonnement qui forment la marque distinctive de la race juive. — Adopté avec ferveur par les Israélites polonais et allemands, pratiqué fidèlement
encore de nos jours, — le Rama et le Shoul 'h an Àrouch furent pour les populations du Nord — ce que fut le Shoul' han Arouch pour les populations du Midi, — c'est-àdire la Bible même, — la parole de Dieu. —
Le Shoul 'han Arouch et le Rama représentèrent noblement le judaïsme de leur époque.
En présence d'une persécution impitoyable, il était bien d'affirmer sa foi avec frénésie.
Honneur donc aux rabbins illustres qui ont inspiré le Shoul 'han Arouch et le Rama! — Honneur surtout à ceux qui les ont pratiqués sans défaillance pendant des siècles!
Aujourd'hui l'œuvre du Shoul 'han Arouch et l'œuvre du Rama sont terminées.
Aujourd'hui le Shoul 'han Arouch et le
Rama s'opposent a la propagation du monothéisme et h la fraternité des races.
Aujourd'hui doit être entrepris de résumer de nouveau l'esprit de la Bible.
Une pensée nouvelle est apparue au milieu de notre race.
Faire entendre une fois de plus la voix d'Israël; — résumer les conquêtes de la science et de la philosophie ; — les réunir au sentiment religieux le plus profond et le plus élevé; — inspirer une foi sensée; — organiser un culte raisonnable, — réunissant au respect de son origine et de ses traditions le respect des relations sociales, l'amour du progrès incessant et la recherche de toutes les moralisations ; — constituer ainsi la religion moderne : — telle est la gloire rêvée en ce moment par Israël.
Eclairer ce qui nous entoure, — agiter la pensée humaine, — tels sont les moyens nobles de ce but noble.
Ce ne sont pas les hommes qui manquent à l'œuvre.
L'époque de Munk etdeGraetz est fertile en grands docteurs, savants illustres, — religieux fervents et éclairés, — prêts à personnifier Israël, — et à faire sortir sa voix de leur âme.
Ce qui manque à notre époque, c'est la formation d'un synédrium.
Mais avec ou sans l'aide d'un synédrium, l'œuvre du Shoul 'han Arouch et du Rama doit être de nouveau entreprise , — le Shoul 'han Arouch et le Rama n'étant plus que des anachronismes. —
Dans un but purement chrétien les évangélistes essayèrent de prouver, par les prédictions de l'Ancien Testament, les miracles et les dogmes du Nouveau Testament.
Nous appuyons notre dire par un exemple célèbre.
Matthieu dit (1-22) : « Par là s'accom- « plit ce que le Seigneur avait dit par le « prophète : — 23. Une vierge sera enceinte « et elle mettra au monde un fils, à qui Ton « donnera le nom d* Emmanuel, ce qui si- « gnifie Dieu avec nous. — 24. Quand Jou seph fut éveillé, il fit ce que l'ange du Sei- « gneur lui avait commandé , et prit Marie « pour sa femme. — 25. Mais il ne la con- « nut point, jusqu'à ce qu'elle eut mis au « monde son fils premier-né, à qui il donna « le nom de Jésus. »
Le prophète dont il s'agit, c'est Isaïe. La
prédiction se trouve dans le verset 14 du chapitre septième.
Voici à quelle occasion.
Le roi de Syrie et le rot d'Israël se sont ligués contre le roi A'Haz et vont envahir le royaume de Juda.
Le roi A'Haz, aussi lâche qu'impie, est sur le point de conclure un traité honteux avec le roi d'Assyrie, et peut-être de devenir son tributaire.
Le peuple se sent abandonné par son chef et se croit perdu.
« Et le cœur d'A'Haz et le cœur de son « peuple furent agités comme les arbres de « la forêt sont agités par le vent. » (Isaïe, - 7, - 2.)
40!r5) LES TROIS FILLES
Alors Isale se sacrifie afin de sauver son pays.
Appuyé sur le bras de son fils, — entouré d'une population frémissante, — il se place intrépidement sur le passage du roi A'Haz, et lui dit :
« L'Éternel m'envoie vers toi pour te rassurer, — sois tranquille, — ne crains rien, — ne t'alarme pas, — tu triompheras de tes ennemis, leurs projets ne s'accompliront pas. »
Mais le cœur <f A'Haz ne se rassurait pas.
« Demande en ta faveur un signe à l'Éternel ton Dieu, ajoute Isaïe, demande-le sur la terre ou dans les cieux, — Y Éternel te l'accordera. »
« Je ne demanderai rien à l'Éternel, » répond A'Haz, en pensant au roi d'Assyrie.
« Il ne te suffit donc pas de lasser la patience des hommes, dit alors lsaïe, et tu veux aussi lasser la patience de Dieu ? »
« Eh bien , le Seigneur te donnera un signe » (sans que tu le demandes) .
Verset 14. — « Voici, l'aima deviendra enceinte, — elle enfantera un fils et le nommera Emmanuel — (Dieu avec nous) .
« Et avant que cet enfant sache rejeter le mal et choisir le bien, — la chute des rois de Syrie et d'Israël sera consommée.
« Mais le jour viendra où les abeilles de l'Assyrie et les mouches de l'Egypte envahiront le royaume de Juda et le dévasteront.
« Car ce ne sont pas les Syriens et les
Samaritains qui sont à craindre, — ce sont les Assyriens et les Egyptiens. » —
Verset 14. « Voici , l'aima deviendra en- « ceinte — elle enfantera un fils et le nom- « mera Emmanuel (Dieu avec nous). »
Or le sens du mot aima n'est pas douteux. — Aima signifie : jeune femme nubile, — de même que son masculin elem signifie: jeune homme à qui pousse la barbe et qui commence à se sentir attiré par le sexe.
Aima se dit même d'une femme qui a eu commerce avec un homme.
Voyez Proverbes, 30, 19 :
« La trace de l'aigle au ciel, — le chemin du serpent sur le rocher, — le passage du vaisseau au milieu de la mer et la voie de l'homme près de la jeune femme (aima). »
Voyez aussi Cantique des cantiques (6-8).
Il s'agit du sérail de Salomon :
« Les reines sont soixante et quatre-vingts concubines, et les jeunes femmes (alamoth, pluriel d'alma) sans nombre. »
Les reines sont les filles des rois ses voisins, qu'il avait épousées, et à qui il donnait un train de reines. — Les femmes du second ordre, et qui sont nommées ici concubines, sont celles d'une moindre condition, et qu'il avait épousées avec moins de solennité. — Les jeunes femmes (alamoth) servaient le roi et la reine en qualité de musiciennes, de parfumeuses, de joueuses d'instruments à la manière des rois d'Orient.
Par la suite, Salomon a eu jusqu'à mille femmes. (Rois, II — 1,2, 3.) — (Traduction de la Bible par Cahen.)
Il est donc prouvé par la Bible que le mot aima ne préjuge ni la virginité ni la non-virginité.
L'Aima était probablement présente à la prédiction d'Isafe, qui eut lieu en présence du peuple; en tout cas, l'aima était vivante.
La jeune femme dont il est question dans le quatorzième verset du septième chapitre d'Isaïe, — c'est la femme du prophète, — ainsi que le dit expressément le verset 3 du chapitre 8.
« Je m'étais approché de la prophétesse ; « elle était devenue enceinte et avait enfanté « un fils. »
Et le fils reçoit un nom qui a rapport à la situation du peuple.
« Jéhovali me dit : Appelle le Maher schelal, hasch baz — (hâte, butin, presse, pillage), car avant que l'enfant sache appeler : « Mon père , ma mère , » on aura emporté devant le roi d'Aschour la richesse de Damas et le butin de Shomrone. »
Peut-être serait-il préférable de n'accorder la valeur d'une interprétation qu'à ce qui s'appuye sur le texte ou le sens d'un passage quelconque de la Bible. Cependant
lorsque l'interprétation a été admise, lorsqu'elle fait foi, — il n'est pas inutile d'en
indiquer le peu de consistance.
Nous avons démontré que le texte et le sens de la Bible sont en désaccord formel avec l'interprétation de l'évangéliste.
Mais alors même qu'aima signifierait vierge ;
Alors même que la prophétesse ne serait pas désignée d'une manière certaine, comme celle qui doit donner le signe au roi Â'Haz ;
Du moment que Ton admet que Dieu a voulu réellement donner un signe au roi A'Haz, il est extravagant de supposer que ce signe ne se soit réalisé que six cents ans après la mort du roi A'Haz.
Gésénius. qui n'admet pas l'interprétation de Matthieu, dit que, lors même qu'aima signifierait vierge, immaculée , le miracle ne résulterait toujours que de l'idée qu'elle est restée vierge même après la conception et la naissance d'un enfant; mais ce serait comme si l'on disait : les aveugles voient, les boiteux marchent, les uns en restant aveugles, et les autres en restant boiteux.
Quant au mot illibala ou son équivalent
(immaculée), il ne se trouve ni dans la version grecque des Septante, ni dans la version latine de la Vulgate. — Si donc virgo illibata se trouve quelque part, — il est permis de dire que virgo est une erreur , et il est permis d'ajouter qu illibata est une interpolation.
Il nous a paru superflu d'argumenter sur le mot voici, — qui n'est pas aussi démonstratif en hébreu qu'en latin et en français.—
Ainsi que les Évangélistes, les Pères de l'Église voulurent aussi se servir de l'interprétation dans un but purement chrétien.
Non-seulement ils essayèrent maintes fois de prouver par les prédictions de l'Ancien Testament les miracles et les dogmes du Nouveau Testament, mais ils essayèrent aussi de trouver dans la Bible les indi-
cations des moindres événements de l'histoire ecclésiastique:
L'exemple suivant montre jusqu'à quel point peut s'égarer l'imagination lorsqu'elle se livre seule à de telles recherches et qu'elle ne s'appuye pas sur la raison. Il s'agit du * verset du Cantique des cantiques :
« Ils m'ont rencontrée, les gardiens qui font le tour de la ville, ils m'ont frappée, blessée ; ils m'ont enlevé mon voile de dessus moi , les gardiens des murailles. »
(Ch. v, v. 5.)
Suivant D. Cal met, qui s'appuie sur le témoignage des Pères , — ce verset est une figure des persécutions que l'Église a souffertes, dans la personne de ses confesseurs et de ses martyrs, .de la part des persécuteurs,
des empereurs, des rois païens, des hérétiques, etc.
• Léon, professeur en théologie dans Y Unir versité de Salamanque, ayant eu une fâcheuse affaire au tribunal de l'inquisition, prétendit, dans son commentaire sur le Cantique des cantiques, imprimé en 1589, que l'épouse parle dans ce verset — en la personne des bons chrétiens persécutés par les puissances ecclésiastiques. — Voyez Bayle, art. Léon (Aloisio ou Louis de).
Suivant la paraphrase chaldaïque, l'épouse c'est la congrégation d'Israël qui dit : « Les Chaldéens qui gardent les chemins et qui ont mis le siège tout autour de Jérusalem m'ont rencontrée; ils ont passé au fil de Cépée une partie de mon peuple et ils ont emmené l'autre en exil ; ils ont enlevé le royal diadème qui était sur la tête de Sédécias,
roi de Juda; ils l'ont conduit à Antioche, et le peuple de Babel, qui opprima la ville et qui garde les murailles, lui a crevé les yeux. »
Ces sortes d'interprétations étaient aussi diverses que les imaginations qui les enfantaient ; une foi robuste en était la cause et Teflet, et dès que la foi n'existait pas, l'interprétation n'existait plus.
« Que dire à des interprètes de cette sorte, qui ne voient dans le texte de l'Écriture que ce qu'il leur plaît d'y trouver? N'est-ce point comme s'ils supprimaient la Bible pour en fabriquer une autre de leur façon ? » ( Spinosa , Traité theologico-politico, ch. 8.)
Le sceptre de l'interprétation fut tenu par vSpinosa pendant le xvne siècle.
Spinosa fut l'étoile du matin de l'école critique scientifique moderne.
Doué d'une intelligence exceptionnelle, — absolument dépourvu du sentiment religieux déiste, — Spinosa fut le créateur du panthéisme, — sorte d'athéisme qui réunit encore aujourd'hui tous ceux qui sont éloignés de l'idée juste de Dieu.
Enfin au xvin' siècle les œuvres vigoureuses et sensées de l'illustre Mendelshon indiquèrent au judaïsme le droit chemin du progrès.
Mendelshon fut l'étoile du matin du judaïsme moderne.
Mendelshon fut aussi l'apôtre de l'idée de la fraternité des races ;
Idée dont la Genèse fut le révélateur en donnant au genre humain une origine unitaire;
Et aussi parce que l'Éternel, parlant à Abraham, lui dit : « Toutes les familles de la terre seront bénies en toi. » (Genèse, xii, 3.)
Ainsi l'interprétation, quoique sous le joug de l'Église triomphante et persécutrice, trouva en Israël des génies de premier ordre , et, grâce à ces grands docteurs, le spiritualisme de l'homme grandit encore, alors que tout n'était que matière autour de lui.
Enfin la liberté d'examen et la liberté de conscience délivrèrent, de nos jours, Tinterprétation.
Le malheur avait fécondé, transformé la
noble captive; — elle avait abandonné la théologie révélée pour la théologie naturelle; — elle avait acquis toutes les formes de l'exégèse, — elle possédait les qualités opposées, — l'enthousiasme et le bon sens, — l'érudition et la poésie, — la force et la douceur; — elle s'était assimilé la science et la philosophie des religions ; — ses yeux s'étaient, dans les ténèbres, ouverts à la lumière.
Et dès qu'elle aperçut ses deux libératrices, elle tressaillit, puis, déployant aussitôt ses ailes majestueuses, elle leur montra du doigt les cieux entr' ouverts et la religion moderne prête à s'en échapper.