MESSIEURS LES COMMISSAIRES DE LA FUSION
Messieurs,
Avant de modifier quoi que ce soit aux formes de notre culte, une question, une grande question, doit vous être présentée. .
La divinité de Jésus peut-elle résister à la lumière que notre époque a fait jaillir sur elle?
Si cette divinité devait conserver son près-
tige, si l'unité de Dieu, la divinité de Jésus, la Sainte-Trinité et l'adoration de la Vierge peuvent encore être réunies dans un même culte sans que la raison humaine se trouve offensée, si l'heure n'est pas venue, gardonsnous, Messieurs, de l'esprit de modification et de réforme, soyons patients , résignés, et remettons intact le culte de nos pères à la génération qui aura la gloire de faire triompher l'idée religieuse juste, du Dieu unique.
Mais, Messieurs, si cette divinité de Jésus est dès aujourd'hui abandonnée intérieurement par les civilisés de chaque confession chrétienne;
Si, dès l'année prochaine, on peut prévoir que quelques confessions protestantes doivent officiellement l'abandonner;
Si la religion catholique est ainsi, grâce à son Non possumus, appelée à créer autour d'elle une vaste solitude,
Il ne vous restera qu'à examiner si le
mouvement religieux actuel nous porte enfin, d'une manière décisive, vers le monothéisme pur, appuyé sur un rationalisme élevé.
S'il en est ainsi. Messieurs, et c'est ma conviction profonde, le moment de l'action israélite est arrivé, l'heure est venue.
Effectivement il n'est douteux pour personne que nous sommes les représentants du monothéisme pur et du rationalisme élevé.
Nous sommes, hélas! à la fois les prêtres et les victimes de cette idée.
C'est donc à nous qu'appartient l'honneur de prendre la tête du mouvement, à nous qu'appartient la gloire de donner l'exemple du sacrifice afin de faire triompher l'idée.
Ce n'est que pour l'accomplissement de cette mission que notre voix, étouffée depuis tant de siècles, doit de nouveau se faire entendre.
C'est notre devoir : l'abandonner, c'est déserter, et la punition qui nous serait alors
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réservée serait d'assister à rétablissement de la religion de nos pères sous un nom aulre que le leur.
C'est par nos mains que notre nation se trouverait déshéritée de cette gloire, et c'est notre v;jix qui, par son silence, proclamerait la déchéance de notre race.
Quel est, Messieurs, l'Israélite digne de ce nom, que cette seule pensée ne fait pas rougir de honte ?
Veuillez donc, Messieurs, puisque nos devoirs sont autres, suivant la manière dont cette question sera résolue par vous, veuillez la poser franchement et y répondre, chacun d'après votre conscience.
1° Croyons-nous à l'abandon prochain de la divinité de Jésus?
2° Le monothéisme appuyé sur le rationalisme est-il le principe victorieux de la religion définitive que réclame la société moderne?
3* Notre mission n'est-elle pas de repré-
senter ce grand principe et de le faire triompher au milieu des nations chez lesquelles nous avons été dispersés?
Si nous sommes d'accord sur ces bases, alors , — alors seulement, avisons aux devoirs que nous impose cette situation à nulle autre pareille.
Peut-être sera-t-il allégué :