‹ Les trois filles de la BibleChapitre 64 sur 71 · SIXIÈMEMENT · texte numérisé non relu

SIXIÈMEMENT

Et que d'ailleurs vous ne vous croyez pas le droit de transgresser la loi, — et encore moins le droit de conseiller à vos frères de la transgresser.

À cela nous répondrons, premièrement :

Pourquoi ne pas examiner la question au point de vue élevé?

Pourquoi ne pas approfondir notre situation actuelle?

Nous sommes tout à fait en famille; — notre discussion n'est ni officielle, ni publique.

11 n'en sera d'ailleurs que ce que vous déciderez.

— Où donc est le danger?

— Pourquoi fuir la lumière?

— Pourquoi refuser même d'entendre des frères convaincus et dégagés de tout intérêt autre que la gloire et l'honneur Israélites d'accord avec l'avancement de l'humanité?

Nous répondrons, secondement :

Avant d'agir, vous demandez la certitude du succès; — mais alors, jamais vous n'agirez.

Si c'est à nous qu'appartient l'honneur de donner le signal et de prendre la tête du mouvement, c'est donc à nous de ne pas nous laisser précéder.

Apprécions profondément la situation; — et, au risque de ne pas être immédiatement suivis, portons-nous en avant aujourd'hui même, — demain il serait trop tard ; — en vain voudrions-nous imiter ceux qui auront donné l'exemple, nous serions un écho au lieu d'être une voix , et nous succomberions alors à l'étendue de nos regrets.

Nous répondrons, troisièmement :

Que les gens instruits savent qu'ils ne peuvent sans danger social se passer plus longtemps de formes moralisantes de culte:

Et que, les masses n'acceptant plus l'infériorité religieuse qui leur a été faite , — c'est désormais par la vérité et par la raison que la démocratie croissante nous ordonne de les diriger»

Nous répondrons, quatrièmement :

Que le monde est trop éclairé pour se contenter des formes de culte des religions existantes.

Et qu'il est aussi trop éclairé pour supporter l'établissement d'une religion nouvelle, — les masses ne pouvant se passionner pour une religion sans miracles et sans prophètes.

Que le malaise s'accroît incessamment entre ces deux impossibilités.

Et que le moment est proche où la philosophie, en se concentrant, comprendra la né-

cessiié d'asseoir le mouvement religieux sur une religion déjà existante.

Laquelle, en se réformant, en ^accomplissant, deviendra la religion définitive de la société moderne.

Que la religion Israélite est merveilleusement adaptée aux nécessités de cetle position.

Puisqu'elle n'a aucun dogme à abandonner.

Puisque le rationalisme est inscrit en toutes lettres dans le Deutéronome.

Puisque monothéisme et israélitisme sont synonymes.

Et puisque notre mission nous fait un devoir de nous y prêter.

Nous répondrons, cinquièmement:

Que réformer, améliorer, a toujours été le contraire de détruire, — et que c'est précisément parce que le pouvoir est entre vos mains que vous deviendriez coupables si, vous

renfermant dans la lettre, — vous refusiez de lui donner cette vie nouvelle.

Nous répondrons à la sixième observation par une note émanée de M. Munck, — Cette note se trouve dans sa belle traduction du Guide des égarés de Maîmonide (Introduction, page 25) :

« On sait que les rabbins prêtent au verset « 126 du psaume 119 le sens que voici*:

« Lorsque c'est le moment d'agir pour « Dieu 9 il est même permis de transgresser u la loi.

« C'est-à-dire, on peut se permettre de « violer quelques préceptes secondaires lors- « qu'il s'agit de consolider l'édifice religieux « en général. »

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