ESSAI SUR LE CODE MORAL
La fils de Au! disait : Payes le péché, car une bonne œuvre en attire une autre, et un crime tous conduit à un autre crime. La récompense dn bienfait est le bienfait même, et la punition du péché est le péché même. (Pirke Aboth.)
La secte juive des Sadducéens enseignait que l'homme est la seule cause de son adversité ou de sa prospérité, selon qu'il agit mal ou bieo.
Au fond de toute loi naturelle se trouve un enseignement, une clef de la vie.
Peut- être cette clef est-elle la récompense accordée par Dieu à celui qui observe comme il convient son œuvre.
Une de ces lois naturelles ne se rencontre que dans les livres d'un accès difficile, — et ce n'est que dans un âge avancé qu'elle peut
être trouvée en soi-même et appréciée suffisamment.
Cette loi renferme une pensée morale dune grande valeur. — Le code moral serait destiné à la mettre en lumière, à la vulgariser.
Voilà cette loi : « Les actions sont des semences. »
— Toute faute trouve sa punition dans la faute même.
Toute punition est le fruit ou la conséquence d'une faute.
La recherche et la définition de cette loi, faite d'une manière concise, — saisissante, — son application faite sur le modèle du Code pénal, constituerait peut-être un élémentd'amélioration humaine et de civilisation plus avancée.
Cette œuvre ne peut être qu'une œuvre collective.
Elle exige la réunion du philosophe, du prêtre, du magistrat et du médecin.
Nous ne pouvons en donner ici qu'un insuffisant aperçu.
Le Code moral commencerait par rechercher les déductions logiques, naturelles et pour ainsi dire fatales qui gouvernent l'humanité.
Dieu, nous ayant donné le libre arbitre, a voulu que celui qui ne s'en sert pas pour résister à la matière et à ses passions, fût conduit de degré en degré jusqu'à l'abaissement, jusqu'à l'avilissement le plus complet.
Cette loi est ainsi la glorification et l'espoir de celui qui a su dompter ses entraînements.
Le code moral affirme que celui qui se laisse entraîner à l'exercice, à l'habitude de tel vice , — ce vice entraînant telle conséquence, — est, en fait, condamné à subir
telle punition, conséquence de ce vice.
Cette condamnation, faite d'avance et ce-
pendant toujours confirmée par l'événement, — cette condamnation, dont chacun trouverait autour de lui l'application dont il pourrait profiter et faire profiter les siens, — cette condamnation ne pourrait manquer d'exercer une influence bienfaisante sur l'avenir de notre société.
Donc, procès serait fait à chaque vice. —
Réquisitoire serait dressé contre lui.
Ces réquisitoires seraient donnés chaque année en sujet de concours dans les collèges.
Chaque étape de la route d'un vice serait indiquée.
Condamnation serait prononcée progressivement contre celui qui s'y laisse entraîner.
Exemple :
— Après avoir défini scientifiquement les désordres occasionnés sur le physique et sur le moral par l'ivrognerie,
Conclure que celui qui s'adonne à l'ivro-
45H LES TROIS FILLbS
gnerie perd la raison et devient incapable de travail.
Donc, — il est en fait — condamné à perdre la raison et à devenir incapable de travail.
Ayant perdu la raison, il commettra certainement des actes nuisibles à sa considération, h sa fortune, à son honneur.
Donc, — il est condamné, — en fait, — à commettre des actes nuisibles à sa considération, à sa fortune, à son honneur.
Ayant perdu l'habitude du travail, il tombera certainement dans la misère et causera le désespoir et la détresse de ce qui l'entoure.
Donc, — en fail, — il y est condamné.
Etant tombé dans la misère, il sera livré à une fureur hébélée et farouche qui le conduira au vol d'abord, et à tous les crimes qui en sont la conséquence.
Donc, s'il ne s'arrête dans cette route, —
elle le mènera infailliblement de l'ivrognerie à la dégradation, — à la misère et au vol.
Il est indispensable de faire ressortir que cette condamnation est émanée de la volonté de Dieu, puisque, devenant la conséquence même de la faute, — elle est incontestablement la loi naturelle donnée par Dieu, — c'est-à-dire la volonté de Dieu faite œuvre.
Effectivement, il ne peut venir à la pensée de personne que l'on naît malhonnête homme. — On le devient, — en s'y laissant entraîner.
Et ainsi de suile des autres passions, — des autres vices, — des autres crimes.
Le Code moral, imprimé en gros caractères, devrait être répandu dans chaque chaumière. — C'est sur lui que l'enfant apprendrait à lire. — L'instruction primaire devrait y puiser ses exemples et une partie de ses leçons.
Le Code inoral, entre les mains du père de
famille, du chef religieux, de l'instituteur, du chef d'atelier, serait une arme puissante pour le bien, et serait aussi une arme puissante contre le mal.
Nous savons parfaitement que tous les hommes ne seront pas corrigés par le Code moral, et qu'il y aura toujours des femmes perdues et des mauvais sujets. — Nous connaissons cette loi de la — lutte — voulue par Dieu pour que l'homme soit tenu en éveil et pour que de cette lutte salutaire ressorte le mérite ou le non-mérite de son âme.
Mais le mal, sans disparaître de la terre, peut diminuer d'intensité. — Sa proportion, supposée de un à dix, peut facilement descendre de un à vingt,
Et la décadence morale faire place à la rénovation.
DK LA BIBLK. 459
CONCOURS LITTÉRAIRK.