‹ Les trois filles de la BibleChapitre 66 sur 71 · M. HIPPOLYTE RODR1GUES · texte numérisé non relu

M. HIPPOLYTE RODR1GUES

Secrétaire perpétuel DP LA SOCIÉTÉ SCIF.KTIFIQCE-LtTTéllAIRK ISRAP.L11E.

Messieurs les Présidents ,

Il a été fondé par un anonyme un prix de 500 francs en faveur du Mémoire qui réfuterait le plus efficacement les préjugés basés sur une ignorance grossière de notre spiritualisme et de nos mœurs.

Le donateur, ayant pensé que le jugement de ce concours entrait dans les attributions de la Société scientifique, vous a fait deman-

der, par l'entremise du Directeur des Archives israélites, si vous consentiez à vous charger de cette mission.

Sur votre acceptation , il nous a été remis deux Mémoires sur lesquels j'ai l'honneur de vous présenter le rapport suivant.

Le Mémoire n° 1 porte pour épigraphe la belle pensée de M. Havet : ce C'est un grand peuple, celui qui souffre perpétuellement l'oppression sans jamais l'accepter; la nature humaine s'élève à souffrir ainsi. »

Ce Mémoire remarquable est divisé en trois parties.

La première traite des préjugés contre les croyances israélites;

La seconde, des préjugés contre la morale israélite.

Ces deux intéressantes parties témoignent chez leur auteur d'une connaissance parfaite de nos livres sacrés et d'un grand sentiment de notre spiritualisme.

De nombreuses et intelligentes citations réduisent à néant les allégations répandnes contre nos croyances, et forment un mode facile et clair d'enseignement, qui pourrait peut-être par la suite être employé avec succès, afin de faire parvenir les vérités élémentaires jusque dans les plus humbles demeures de nos frères.

Une publication à 25 centimes dans le genre de la Bibliothèque utile, — publication très-choisie et très-restreinte, — nous paraîtrait destinée h venir en aide au but poursuivi par le donateur anonyme; — un volume de citations y trouverait certainement sa place , — et il serait à souhaiter que cette œuvre {fût confiée à l'auteur du Mémoire n° 1.

En attendant la réalisation plus ou moins prochaine de cette pensée, le Directeur des Archives israélites ne négligera probablement pas de donner un nouvel attrait à son inté-

ressante feuille, en publiant les deux premières parties de ce Mémoire, divisées en chapitres distincts.

La troisième partie de ce Mémoire n° 1 traite des préjugés relatifs aux mœurs et habitudes des Israélites.

Cette partie, quoique rédigée avec talent et raisonnée avec soin , ne nous a pas paru sans inconvénient pour les intérêts qu'elle veut servir.

Réfuter sérieusement certains préjugés, n'est-ce pas leur donner un corps qui leur manque?

Est-il utile d'entrer dans une discussion approfondie , afin de prouver ce qui n'a pas besoin de preuves?

A quoi sert de rechercher Popinion des jurisconsultes célèbres, s'il ne s'agit que de se défendre contre l'accusation d'avoir dérobé les tours de Notre-Dame?

Ne suffit-il pas de sourire et de montrer

du doigt les tours de Notre-Dame à leur place?

Mais alors, dira- t-on peut-être, les cruelles ignorances des siècles passés ne s'éteindront jamais.

Qu'il nous soit permis de répondre qu'ainsi que la lumière, la vérité met un plus ou moins long temps à percer les ténèbres ou les nuages qui l'environnent,

Et qu'ainsi que la vérité, la lumière arrive à l'heure voulue par Dieu.

Sans doute, l' homme est l'artisan de Dieu — et celui qu'il a chargé de lutter contre l'ignorance doit d'abord avoir été victime de cette ignorance, afin d'être tout à fait pénétré de la nécessité de la lumière spirituelle.

Or, celui qui a mission d'éclairer les autres doit d'abord s'éclairer lui-même, — se rendre apte à répandre autour de lui cette lumière féconde, apte à réfuter directement et

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par des preuves certaines les allégations qui se produisent devant lui, — apte enfin à éclairer ses ennemis ainsi que ses amis.

Si donc nous sommes une nation de prêtres, — de prêtres de la vérité, — soyons fiers de travailler, de souffrir, de mourir pour elle, — remercions Dieu de nous avoir donnés à la plus noble des causes , — répandons la lumière , faisons apparaître sous un jour nouveau cette antique clarté, et attendons avec persévérance, avec dignité, avec confiance, que l'heure du monothéisme soit arrivée.

D'ici là, si certaines accusations se reproduisent, ouviez l'histoire, racontez autour de vous que, lorsque le monde connu subissait sans murmure la domination romaine, un peuple, un seul, le moins nombreux de tous, refusa de se soumettre à son puissant vainqueur.

Pendant cent quarante années , ce peuple

sacrifia tous ses intérêts à l'espoir de reconquérir son indépendance, et, dans cette lutte inégale et sans cesse renaissante, la victoire appartint souvent au petit nombre et au bon droit.

De telle sorte que le Romain, afin de posséder tranquillement la Palestine, fut obligé d'en expulser tous les habitants et de rendre ainsi un hommage involontaire à leur courage et à leur patriotisme.

Et ce même peuple, dispersé sur la surface du globe, eut à lutter ensuite contre l'oppression non moins redoutable d'une religion triomphante , alliée aux plus puissants monarques de la terre.

Et darts cette nouvelle lutte, qui dura près de deux mille années, ce peuple affirma le même courage, le même désintéressement, la même constance.

Et ce fut en vain que furent exercées contre lui les violences les plus sauvages, en

vain que furent inventées contre lui les iniquités les plus excessives.

Ce peuple de héros, s'inspirant du supplice d' Akiba, subit sans défaillir cette longue torture, répétant jusqu'à son dernier soupir : Écoute, Israël, l'Éternel est notre Dieu, l'Éternel est Un.

Devant cette noble abnégation, ce fier courage, ce spiritualisme élevé, toute accusation d'égoïsme, de lâcheté, d'avidité, d'immoralité devient aussi extravagante qu'impie, et ceux qui la répètent ne portent tort qu'à eux-mêmes.

Nous invitons en conséquence l'auteur du Mémoire n° 1 à modifier sa troisième partie et à la rendre digne des deux premières.

Le Mémoire n° 2 porte deux titres, — excellents tous deux :

Les Juifs et les préjugés antiques et modernes, appréciés d'après l'histoire et la vérité;

Examen critique des préjugés dont les Juifs sont à la fois imbus et victimes.

Quoique ce Mémoire soit évidemment l'œuvre d'un esprit supérieur, et quoiqu'il renferme des faits très-intéressants, il ne nous a paru répondre ni au programme qu'il s'était tracé, ni au programme du concours.

La forme en est prolixe, par conséquent peu populaire, et il convient d'adresser à l'ensemble de ce Mémoire le reproche déjà adressé à la troisième partie du Mémoire n° 1 : d'avoir discuté trop sérieusement de ridicules calomnies et de leur avoir ainsi donné un corps qui leur manque.

En conséquence, Messieurs les Présidents, j'ai l'honneur de vous proposer de décerner une mention honorable à, Fauteur du Mémoire n° 1, et d'accorder un nouveau délai de six mois au concours du prix de 500 fr. en faveur du Mémoire qui réfutera le plus efficacement les préjugés basés sur une igno-

rance grossière de notre spiritualisme et de nos mœurs.

Hippolttb RODRIGUES,

Secrétaire perpétuel.

Approuvé :

U Président de la Société, Ad. FRANCK.

Approuvé :

U Président honoraire de ia Société, .

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