‹ Les trois ivresses vaudeville en un acteChapitre 6 sur 20 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

coHTS'ÉLiE. Tu es toujours bavard.

CHARLOT. En(' 0 ’’e un point de ressemblance avec les avocats... Mais où esl-il, ce cher mari que je ne connais pas, mais avec qui je veux faire connaissance?... Tu ne sais pas, petite sœur, je suis en représenta lion ; mais j’ai quelques jours de repos, je viens les passer auprès de vous ; je veux m’amuser avec le beau-frère, faire la vie... la bonne vie de province. Tra la la !

coRNÉuE *. Ceriainemeni, ça nous fait bien plaisir. charlot.Tu me dis cela, comme on dit: « Tu nous ennuies, fais-moi le plaisir de l’en aller...» C’est bien, ma sœur!... Oh 1 je n’aime pas à gêner... je m’en vais...

coRNÉLiE. Mais non, reste donc; je suis au contraire irèsheureuse de le voir; mais...

CHARLOT. Ab! voila, mais...

. CORNÉUE. Tu arrives dans un moment... où ta présence me contrarie.

CHARI.OT. Enfin, j’ai fait une mauvaise entrée. coRNÉLiE. Écoule, mon bon petit frère, et ne le fâche pas... Au moment où lu es arrivé, je me plaignais de mon mari.

CHARLOT. C’est ce que font toutes les femmes.

CORNÉUE. Mon mari, qui a tant besoin de se créer une position, n’a que trop de penchant à la dissipation; un goût trop vif pour les p aisirs s’empare de lui; j’ai fait quelques tristes découvertes dans notre ménage, des embarras assez graves dans nos petites alVaires causés par les distractions auxquelles il s’adonne, distractions innocentes, au fond, mais qui, à la longue, dégeiièrenien passions dangereuses. ..Tout cela pourrait se réparer par une prompte réforme; et loi, tu arrives là, parlant de l’amuser, de faire la bonne vie de province, comme lu l’appelles... Vous autres artistes, ou vous connail. vous menez une existence toute de distractions et d’anius''menls.

CHARLOT. C’est une idée que l’on se fait dans le monde. CORNÉLIE. Ta présence va détruire tout l’effet de mes bons conseils.

CHARLOT. Et pourtant l’art dramatique a pour devise de corriger les mœurs en riant. Casthjat ridendo mores; légende d apres feu Sanleuil.

CORNÉLIE. Et jamais devise n’a été plus mal remplie, car le thealre devient de plus en plus corrupteur.

CHARLOT. Autre erreur, encore selon le monde.

CORNÉLIE. Si les artistes se proposaieni, comme tu le dis, pour but de corriger un vice, un ridicule, un abus... Mais, au lieu de viser a ce noble but, tu t’amuses à jouer des

*Comélie, Chariot.

bluettes, assez gaies, il est vrai; mais, enfin, quand tu as fait les quelques grimaces, quand tu as fait rire par tes lazzi, que resle-l-il de loiil cela ?

ciiarlot. Tu es un juge bien sévère, yielile sœur... e! le

E iiblic n’est heureusement pas si dur à notre égard... Le pulic nous regarde comme des cnfanls gâtés, il s’amuse de noire gaieté, de noire folie; et pourlaiil nous savons aussi quelquefois l’électriser... Par exemple, quand un peuple a louléanx pieds une odieuse dominalion étrangère, nouveaux Tyrlées. nous chantons son triomphe, et nous conservons dans son cœur son enthousiasme et son i)alriotisme.

Air du Luth galant.

Oui, nous savons, avec nos ctiants joyeux,

De nos soldats, souvent victorieux.

Retracer les hauts faits au temple de .Mémoire.

Peuples, pour propager votre éterneile eloire,

Vous n’avez plus Ijesoin du burin >ie l'histoire :

Nos coup'ets Vident mieux. (Ter.)

CORNÉLIE. C’est possible; mais, enfin, je suis de mauvaise humeur, et la présence ne m’a p.is cabnéc... Non, je le le répète, mon mari ne demande qu’à se déranger : boire, fumer, jouer, voilà sa devise.

CIIARLOT, à part. Roire, fumer, jouer...

CORNÉLIE. Tandis qu’il ne devrait penser qu’à travailler; et loi, lu arrives la, avec les joyeuses idées, capables de lui donner le goût de tous ces plaisirs, s’il no les avait pas déjà... Alors, tu conçois que...

CIIARLOT. Je conçois que lu voudrais me voir à tous les diable.s.

CORNÉLIE. Je ne dis pas cela. ,

CIIARLOT. Non, mais ça y ressemble. Eh bien, je ne ferai j plus le récalcitrant... Tu as raison, entre frère et sœur, pourquoi se gêner? A une autre occasion ! Je vais me rendre dans une petite ville, ici près, où je donnerai une représentation de plus, ça sera autant de gagné... Sans rancune. j

CORNÉLIE. Mais lu n’as besoin de rien? |

CIIARLOT. Je te reme'cie; je n’ai besoin que de ta bonne amitié. I

CORNÉLIE. Et tu l’as toujours. i

CIIARLOT. Adieu, (a part.) Je ne suis pas encore parti, va l | , (Haut.) Adieu I (il l’embrasse el sort par le foud.) '

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