‹ Les trois légendes de madame Saincte Anne [microform]Chapitre 14 sur 112 · SILENCE DÈ L'EVANGILE · texte numérisé non relu

SILENCE DÈ L'EVANGILE

Venons cependant à des choses plus simples et plus claires.

Démosthènes disait à Philippe de Macédoine: Suficit te filium habuisse Alexandrum : “ Il te suffit, pour ta gloire, d'avoir eu pour fils Alexandre.”—Il suffit à Marie, pour sa gloire, d'avoir eu pour fils Jésus-Christ, Il suffit à sainte Anne, pour sa gloire, d’avoir eu pour fille Marie, La parole divine n'a pas pu. prononcer, à part son propre nom à elle-même, d'autres mots plus grands et plus complets que ces deux-ci: MÈRE DE DIEU, et MÈRE DE MARIE.

MÈRE DE MARIE, AïÏEULE DE JÉSUS-CHRIST !

Les saints comprenaient, sentaient ces choses immenses !

Ils ont, en particulier, des pages admirables sur un phénomène de vie mystique que l’on rencontre plus d’une fois dans l’histoire des saints, un phénomène qu'ils ne définissent pas, mais que nous pourrions appeler, à leur défaut, l'influence rétroactive ou antécédente,

Voyez, disent-ils, —ou du moins c'est leur pensée—voyez saint Jean, surnommé le Baptiste, parce qu'il versa l’eau baptismale sur Ja tête de l’Agneau de Dieu: n’a-t-il pas communiqué à sa sainte Mère Elisabeth la grâce dont il était prévenu ? Si la mère tressaille sous l'inspiration de l'esprit prophétique, c'est que l'enfant ‘plus que prophète” (plus quam propheta) lui en a donné le signal, Si, en ce moment solennel, la Vierge elle-même, sortant de son habituel recueillement, adresse à “ toutes les générations qui doivent l'appeler bienheureuse, ” ce cantique dont l'Eglise fait encore le couronnement de ses offices et son hymne du soir, c'est que l’enfant-Dieu, son enfant à elle, donne à cette loi d'inspiration de la mère par le fils sa suprême perfection. Et si encore, pour remonter plus haut dans le passé, Abraham se réjouit, deux mille ans d’avance, à la simple vue prophétique du Sauveur ; si David, à douze cents ans de distance, est fait selon le cœur de Dieu, parce que sa fille, l’'Immaculée princesse de sa maison, donnera le jour à Celui qui se laissera nommer “fils de David, ” comment croire que Anne, suivant immédiatement Marie par voie de génération ascendante, n’a pas ressenti, elle aussi, l’influence de son petit-fils ?

Mieux vaudrait dire que le ciel ensoleillé n’éclaire pas ; que le jardin qui produit les lis, le muguet et la mignonnette est sans parfum au temps de la floraison.

Au ciel les anges les plus parfaits sont ceux qui se tiennent le plus près de Dieu, Les lois du ciel sont les lois de la terre,

La dignité de mère de Marie et d'aïeule de Jésus-Christ implique donc une sainteté éminente, une sainteté si évidente aussi, que l'Evangile pouvait s’en taire.

Il le devait même, comme un saint, le bienheureux Thomas de Villeneuve, l'a pensé ; et voici pour quelles raisons : “Il ne convenait pas d'exposer aux regards de la foule le tableau de vertus au-dessus de sa portée, de merveilles accessibles seulement aux méditations des âmes intérieures. D'ailleurs, si les juifs incrédules ont été révoltés des anéantissements du Verbe incarné et scandalisés de ses enseignements ; si, malgré tant de miracles, ils ont méconnu sa mission divine, quel accueil auraient-ils fait à des récits empreints du même esprit de sacrifice et de la même abnégation? Notre- Seigneur a bravé les mépris de ses contemporains, mais il n’a pas voulu laisser blasphémer sa mère, ni les vénérables parents de sa mère, en livrant leur existence à une publicité inopportune. Il a donc fait tirer un voile discret sur l’intérieur de cette famille toute céleste, afin de la soustraire aux outrages purement gratuits de ses ‘ennemis.

‘“ D'un autre côté et par un effet contraire, une manifestation de ces vies plus angéliques qu'humaines n'aurait pas été sans danger sur l'esprit grossier des païens : elle aurait facilement pu donner lieu à des méprises, agir sur les imaginations superstitieuses et faire monter le respect pour ces saints personnages jusqu'à l’adoration. C'est l’imminence de ce danger qui obligea l'Eglise des premiers siècles à entourer de tant de prudence et de réserve les honneurs

qu’elle rendait à la Vierge, aux saints et à leurs reliques. Voilà M

pourquoi elle ne mit en relief, par la prédication écrite, que Jésus, son divin Fondateur, se réservant de suppléer, par la tradition orale, au silence calculé de l’Ecriture sur le culte de Marie et des saints

“ Elle attendit des temps prospères à une manifestation plus complète dont l'éclat devait ajouter au triomphe de la sainte Humanité

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(Fig. 4)

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