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pères,” avait été formé au ministère évangélique par le pape saint ‘Clément, et consacré par lui pour aller porter l'Evangile dans les
Gaules, Dévoré de zèle pour la conquête des âmes, il quitte Rome,
parcourt la Toscane et la Ligurie, traverse les Alpes, passe à Marseille
où, probablement alors, il reçoit les glorieuses reliques de sainte
Anne, et vers l'an 97, sous l'empire de Nerva, il arrive et s'établit à
Apt, ville déjà illustre et capitale des Vulgences. Ses prédications, fécondées par la grâce divine, amènent à la foi de Jésus-Christ de nombreux fidèles. Bientôt la maison de Corilius, où il avait reçu l'hospitalité, ne suffit plus à contenir la foule qui se presse autour de lui; les places publiques deviennent ses lieux de réunion, une borne au coin d'un carrefour lui sert de’chaire, jusqu'à ce que, la ville étant presque entièrement convertie, il puisse, sur les ruines de l’amphithéâtre, jeter les fondements d'une grande basilique chrétienne,
La persécution, hélas! vint bientôt arrêter ce rapide apostolat, et trancher sur sa tige cette fleur de salut à peine épanouie, Auspice alors, craignant à son tour pour les reliques de sainte Anne, la profanation des païens, les cache au fond d’une grotte creusée dans les fondements mêmes de la future église, en mure l'entrée, et se prépare au martyre, qu’il subit en effet peu de temps après, le 2 août de l’année 102, sous le règne de Trajan'.
Depuis lors, et jusqu’au milieu du huitième siècle, nulle mention n'est faite des reliques de notre Sainte: la tourmente qui enleva Auspice à ses fidèles dut être si violente qu'elle emporta jusqu'au souvenir du lieu où elles avaient été déposées. Du moins, si, comme le pensent quelques-uns, elles furent encore offertes, après l'ère des persécutions, à la vénération des fidèles, les fréquentes et terribles invasions des Barbares, puis ensuite celles des Lombards et des Sarrasins, durent obliger leurs dépositaires à les cacher de nouveau.
1 Dans l’article sur l’Invention des reliques de sainte Anne, au 11e liv, de cet ouvrage, un saint Auspice interviendra sous la date de 162, Des auteurs supposent deux Auspice, l’un qui aurait reçu les reliques, l’autre qui les aurait cachées, Le bréviaire aptésien de 1532 fait lui-même cette distinction. D'autres n’en reconnaissent qu’un, et ils lui assignent le premier siècle, comme nous le faisons ici d’après la majorité des auteurs, ou le second siècle, -comme l’a fait Jean Rabasse dans le texte rapprrté de lui plus loin (liv, 11).
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Ils le firent si bien qu'il ne fallut, plus tard, rien moins qu'un
miracle pour les découvrir, et en raviver la dévotion au cœur des Aptésiens !,
Ce miracle, nous y assisterons, l'heure venue.
Telle est la première forme de la tradition concernant la translation et l'existence à Apt des reliques de sainte Anne, C'est aussi la plus communément adoptée,
D'autres veulent qu'un riche Marseillais, converti à la foi par saint Lazare, les ait apportées à la suite d’un pèlerinage aux Lieux Saints et remises au ressuscité de Béthanie, par qui elles seraient arrivées à saint Auspice. D'autres croient qu'elles ont été transportées de Jérusalem à Rome par les premiers chrétiens, dès les temps apostoliques, et confiées à l’apôtre d’Apt par le pape saint Clément. Enfin quelques écrivains, moins favorables aux antiques traditions, supposent qu'elles sont venues en Provence beaucoup plus tard, soit
! Vie manuscrite de S. Awspice, composée en 1275 sur des documents remontant probablement au Ville siècle, par Raynond de Bot, évêque d’Apt (à la bibliothèque de Carpentras), citée le seconde main; Terris, S,-Anne d’Apt; Anonyme, Sainte Anne, sa vie, son culte en Provence, Avignon, 1881 ;—l’abbé Roze, Ætud, hist. sur l'Egl. d'Apt ; X. Mathieu, De la dévotion à sainte Anne, etc., (in-80, Apt, 1861) ; etc., etc. - Jean Rabasse, un auteur que nous rencontrerons dans la chapitre suivant, a naïvement, selon sa coutume, raconté cette tradition :
“Il y en a d’autres qui disent, mon fils, que la Magdelaine, avec toute sa compagnie, lors qu’elle vint en Provence porta ce tres-sainct corps pour la grâde deuotion qu’elle avoit à son petit Fils, et à sa saincte Fille la Vierge. Il y a de l'apparence, car saincte Anne estoit dé-jà decedée auparauant la mort et Passiô de N.-S, vn peu auparauant la conversion de la Magdelaine : ainsi qu’on peut voir clairement en la computation des années ; elle a vescu soixante et douze ans, vingt qu’elle a passé dans la maison de ses parens avat estre mariéc, et autre vingt qu'elle a esté en sa stérilité : tellement quelle conceut la Vierge à quarante ans, et sa fille a conceu son bien-aymé Jesus à quinze ans : Si bien qu’enuiron la dix-septième année année de nostre Seigneur elle mourut.
Or la Magdelaine ayant receu tant de graces de nostre Seigneur le petit fils de saincte Anne et tant d’assistâce de la Vierge Mère de Dieu et fille de saincte Anne, elle ne pouuoit qu'elle ne fut grandement affectionnée à cette saincte Mere de la Vierge des Vierges, et grand Mere du Roy des Roys : C’est pourquoy se voyant priuee de Iesus son cher maistre, et ne pouuant aussi estre dauâtage avec la Vierge sacree à cause de son bannissement, elle se resolut de porter quand et soy le corps de saincte Anne, afin que par ce moyen elle satisfit aucunement à son cœur embrasé de l’amour sainct et sacré.” Za Aoyale Mère, p.125.
avec sainte Hélène !, soit avec le célèbre Cassien, qui, on le sait, avait longtemps séjourné en Orient, soit avec des chrétiens d'Occident à leur retour d’un pèlerinage aux Lieux Saints, soit même avec Charlemagne, lors de son passage en Provence,
Le bréviaire aptésien, sans adopter positivement l'une ou l'autre des*,premières versions, se borne à constater la croyance d'après laquelle les saintes reliques auraient été transportées de
Palestine en Provence par les premiers chrétiens.
Mais nous le croyons bien, nos lecteurs se sont inclinés comme nous de préférence vers la première tradition. Etant admis que la famille de Béthanie est venue en Provence, il est raisonnable de penser que son affection toujours vivace pour ses chers défunts lui fit un devoir d’emporter avec elle leurs restes vénérés.
Ce n'est qu'une légende, dira-t-on peut-être. Oui, si l’on veut, mais cette légende repose sur un fond trop sérieux et trop réel pour ne pas mériter d’être prise en considération. Ce n’est qu'une légende, mais quand la légende n’est pas un mythe, elle est une des formes de la tradition, comme la tradition elle-même est un des canaux de la vérité historique. “Les récits légendaires,” dit un écrivain sérieux qui a voulu, en ces derniers temps, venger une tradition bien proche parente de la nôtre, ‘ne méritent pas toujours le mépris absolu dont ils sont généralement l'objet. Alcrs même qu'ils eussent été embellis ou poétisés par l'imagination des chroniqueurs, quand ils se lient à une tradition ancienne et constante, il est difficile de croire qu'ils ne renferment pas un fond de vérité qui aura servi de thème à ces amplifications. La critique, si elle est raisonnable,
1 Ainsi le pense un récent auteur, justement estimé, M. l’abbé Bessonies. Pour lui, sur ce sujet, voici qu’elle serait ‘* l’explication la plus simple et la plus naturelle”, et c’est en même temps, dit-il, ‘l'opinion la plus généralement adoptée ” :
‘ Sainte Hélène se rendit à Jérusalem à la fin du quatrième siècle, et elle ordonna la restauration des sanctuaires de toute la Terre Sainte. Le tombeau de sante Anne ne put échapper à sa pieuse sollicitude et, au témoignage de Polius, elle le fit ouvrir et en retira le corps vénérable, Quelques-unes des reliques furent laissées à Jérusalem, d’autres transportées à Constantinople, séjour de l’impératrice, Mais le corps lui-même, c’est-àdire une portion très considérable. et en particulier le chef, furent vraisemblablement donnés par la pieuse impératrice à l’évêque d’Apt ; elle était, en effet, en rapports constants avec les évêques de Provence, et pouvait avoir des raisons particulières d'honorer üe ce royal présent l’église ou le pasteur de la vieille cité,”
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doit alors se borner à dégager l'élément historique des superfétations légendaires ; car ces superfétations elles-mêmes doivent être l'indice à peu près certain d’un fait réel, qui aura été comme leur point de départ: elle tomberait dans un ex cès blämable et s'exposerait à outrepasser son but, si elle allait au delà !,”
En tout cas, jamais légende,-—si légende il y a,—n'aura fait de plus nombreux et de plus puissants adhérents. Nous croyons M. Mathieu de bonne foi et bien renseigné quand il affirme que Benoît XI, Innocent VI, Benoît XIII, Alexandre VI, Clément vit, Paul I, Clément VIII, ont successivement reconnu l'authenticité des reliques aptésiennes et confirmé, sur ce point et tous les points connexes, la tradition locale. Benoît XIII, en particulier, atteste par une bulle datée de Saint-Victor de Marseille, le 15 des Calendes de mai {17 avril) 1404, que “le corps de sainte Anne a reposé pendant plusieurs siècles dans une grotte souterraine au-dessous de l'autel majeur de la cathédrale” d'Apt. Cette bulle n’était connue jusqu'ici, que par des analyses très incomplètes, ou par la citation de ces deux lignes que nous venons de rapporter. Mais des démarches entreprises à Rome par M. l'abbé Terris ont enfin permis de la retrouver tout entière, et l'abbé Terris lui-même l'a publiée,
Or maintenant, un témoignage aussi formel en faveur de la tradition aptésienne, émanant d’une telle autorité, est d’une mportance facile à saisir. Le caractère d'antipape qu'on donne con munément à Benoît XIII n'enlève même rien à la valeur de son imoignage, envisagé simplement comme document historique servan : à constater une tradition immémoriale, Aussi a-t-il été rapporté par tous les historiens de Sainte-Anne d’Apt, et cité par le derrier évêque de cette ville, Monseigneur Eon de Cély, dans le propr: du bréviaire édité par ses soins en 1784 *.
M. l'abbé J, Véran, Æistoire de la vie et du culte de sainte Marthe.
* Donnons au moins les passages de la bulle relatifs à la tradition aptésienne :
Benedictus Episcopus servus servorum Dei, ad perpetuam rei memoriam.
Hiis quæ ad ecclesiarum et personarum in eis degentium utilitatem provide facta sunt, ut illibata consistant, libenter adjicimus apostolici muniminis firmitatem, Sane petitio pro parte venerabilis fratris nostri Joannis episcopi Aptensis, et dilecti filii Richardi præpositi in cathedrali ecclesia Aptensi, nobis nuper exhibita, continebat quod
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Après les souverains Pontifes, nous pourrions invoquer nombre de graves auteurs qui ont eu pour la même tradition le respect et la foi que son ancienneté et ses titres réclament. Arturus de Munster, dans son Martyrologe de l'Ordre de saint François, Sébastien Michaëlis dans ses Deémonstrations évangéliques, Jean-Thomas de Saint- Cyrille, dans sa Mater honorificata ; les historiens Chifllet, François Jacques, Honoré Bouche, Guesnay, Saussaye, l’auteur du Aartyrologe gallican, Le Grand déjà connu de nous, Antoine Rampalle, théologal de l'Eglise d'Apt, François Kichard Chaix d'Est-Ange, dont la dissertation inédite a été résumée par M. l'abbé Roze dans ses Ætudes historiques sur l'Eglise d'Apt au quatorsième siècle, Jean François de Rémerville de Saint-Quentin, et tant d’autres, tous bons critiques et capables de discerner le vrai du faux, viennent parmi les anciens. Parmi les modernes, avec l'abbé Roze que nous venons de nommer, M. X. Mathieu, les abbés Gay et Paul Terris ont chaleureusement défendu la même tradition, et à l'heure où nous écrivons ces lignes (1894), un prêtre du clergé d'Apt reprend, nous dit-on, la thèse de ses prédécesseurs pour la présenter de
Corpus sancte Anne, gloriose Virginis Marie matris, in ecclesia 1psa, in quoudam oratorio, seu crypta, sub magno altari ejusdem ecclesie, ut pie creditur, regquiescil, et à multis temporibus requievit, et quod propter miracula qu& Dominus Jhesus Christus, precibus et meritis ejusdem sanctæ in illis partibus operatur, magna Christifidelium multitudo ad ecclesiam ipsam singularem habent devotionem, et diversas inibi fecerunt et faciunt oblationes,.
Le Pontife règle ensuite La perception des offrandes conformément à l'ordonnance épiscopale soumise à son approbation, et il termine ainsi:
Nos igitur hujusmodi supplicationibus inclinati statutum, ordinationes et voluntatem prædictam et alia præmissa, rata habentes et grata, illa auctoritate apostolica ex certa scientia confirmamus; et præsentis scripti patrocinio Commurimus supplentes omnes defectus, si qui forsitan intervenerint in præmissis.
Nulli ergo hominum liceat hanc paginam nostræ& confirmationis, communitionis et suppletionis infringere aut ei ausu temerario contraire, etc,
Datum Massiliæ, apud Sanctum-Victorem, Xv Kal., maii, (pontificatus nostri) anno
decimo,
Descriptum et recognitum ex toin, v Bullarum Benedicti X111 Pseudo-Papæ, quique in secretioribus archivis Vaticanis exstat.
In quorum fidem.—Dabam ex iisdem Tabulariis die 25 februarii 1876, Carolus Cristofori, præfectus, (L'abbé Terris, Sainte-Anne à’ Apt (in-120, 1876), p. 167, Pièces justificatives, nO VII.
ymbre et la nster, n Mi- Saintançois r'tyronpalle, Ange, * dans , Jean 5, tous ennent e nous Terris ure où prend, iter de
guodan escil, ta Christus, m multiet faciunt
rdonnance
luntatem ex certa bmnes de-
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Fig. 88. Groupe en marbre, à Sainte-Anne”d'Apt.
nouveau avec tout l'ensemble de ses preuves, et faire enfin la pleine lumière sur ce point contesté ou du moins obscur de l'histoire ?,
* À * * Si donc il est vrai que les restes de sainte Anne ont été trans-
portés de Palestine en Provence, excepté peut-être quelques parties laissées à Jérusalem, il s'ensuit donc également que les reliques de la
l Arturi a Monasteriis, Aartyrologium franciscanum, cura ac cum annot., in-fol., Paris, 1653.
Sébastien Michaëlis, Demonstr. évang. sur la vraie généal, et hist. de S, Anne, etc. Lyon, 1592, in-40.
Joannes Thomas à S.-Cyrillo, Aater honorificata, etc., in-80, Coloniæ, 1657.
Chifflet : toute la légende, d’après le bréviaire aptésien, dans les Bollandistes, au 26 juillet.
François-Jacques, Historiographe de tous les diocèses de l’Eglise latine,
Honoré Bouche: In Gallicà Provinciæ historià (tom. 1, lib. 11, sect. 2, cap. 12, p. 495), confidenter asserit has sacras exuvias a sancta Maria Magdalena ac ejus sociis in Provinciam advectas esse, Acta SS., 26 jul., t. vi jul., p. 254.
Guesnay : Provincie Massiliensis... Annales.
Saussaye : Aartylogium Gallicanum (2 in-fol., Paris, 1637) :
Ad diem 26 jul. : Dormitio S. Annæ. Corpus ejus Aptæ Juliæ Vulgientium sub metropoli Aquensi jampridem conditum, magnopere illic a fidelibus colitur in summo templo quod jam ejus gloriosa nuncupatione claret insigne. Illius caput vero Carnuti in augustissima ....basilica SS. Dei Genitricis, ex dono Ludovici Blesensium comitis repositum summo etiam quo decet honore adservatur (Acfa SS., t, VI jul., p. 249). Ecrivant aux chanoines d’Apt en 1649, le même de Saussaye, alors évêque de Toul, leur dit que la France se glorifie de posséder, grâce à eux, le corps de sainte Anne,et que si la sainte Vierge avait dû laisser sa glorieuse dépouille sur la terre, elle n'aurait pas choisi d’autre lieu que l’Eglise d’Apt, afin que les reliques de la Fille fussent avec celles de la Mère.” X. Mathieu, #f tnfra, p. 21.
Le Grand, Ze Sépulcre de madame saincte Anne, 1605.
J.-F, de Rémerville, Æistoire de la Ville d' Apt, Histoire de l'Eglise d'Apt, Collectanea variorum diplomatum Ecclesie Aptensis (restés manuscrits).— Dissertation sur les reliques de sainte Anne.
L'abbé Roze: A part les £tudes : Dissertation sur l'invention des reliques de sainte Anne.
X. Mathieu, De /a dévotion a sainte Anne, Mère de la V. M., ou du Culte que l'on rend à ses reliques dans l'ancienne Cath#arale d'Apt. en Provence, Ap', 1861, in-80, 208 pages, très rare,
À. Gay, Petite histoire populaire de Sainte-Anne d’ Apt. Forcalquier, 1877, brochure de 16 pages ;--plus: Ze pèlerinage de Sainte-Anne d'Apt.
Terris, Sainte-Anne d' Apt, ses traditions, son histoire, in-120, Avignon, 1876.
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Sainte disséminées aujourd’hui dans le monde catholique, sont presque toutes, soit directement, soit indirectement, de provenance Aptésienne,
Nous risquons cette assertion jusqu’à preuve du contraire. Ce qui n’a pas besoin d’être prouvé, c'est, évidemment, qu’elles proviennent de quelque part ; ce qui aurait besoin de l'être, c’est qu'elles proviennent d’ailleurs.
Nous n'ignorons pas que les reliques d'Apt sont l’objet d’une certaine défaveur et qu'il a fallu maintes fois les venger contre des discussions qui tenaient de l'hostilité ; mais si ces mêmes reliques ont prouvé par des miracles leur authenticité ; si celles qu’elles ont, en se divisant, fourni à d’autres églises, ont, à leur tour, opéré des merveilles, comme l’histoire l’atteste pour un grand nombre, comment dès lors, cette défaveur est-elle justifiable ? comment est-elle méritée ? —Il est facile de hausser les épaules ; il n’est pas toujours facile de prouver qu'on a droit de le faire,
“ Chose étonnante, nous disait un jour un vénérable évêque très renseigné sur le sujet qui nous occupe présentement, on discrédite les reliques d'Apt, et comme il est difficile ou à peu près impossible d'en
obtenir de Sainte-Anne d’Auray, ou nous conseille d'en demander
à Saint-Paul-hors-les-murs, à Rome, ou à Ruremonde, en Belgique, quand, très certainement, celles-la même proviennent d’Apt. Saint- Paul doit la sienne à l'entremise de saint Bernard, et quant à celle de Ruremonde, l’authentique lui-même atteste cette provenance."
Nous avons tout à l'heure hasardé un peut-être et une restriction, par désir ne ne pas nous aventurer trop en une question dont le jugement n’est pas de notre ressort, mais certain document que nous avons sous les yeux n’admet rien de ce genre. C'est le procèsverbal d’une donation de relique insigne faite à une église de notre pays, une église que nous ne pouvons pas nommer. Il y est dit d'abord qu'une assemblée de notables s’est réunie dans la cathédrale d'Apt, afin d'y “examiner s’il serait opportun d'enlever de notre dépôt sacré des reliques de sainte Anne, quelques fragments pour les donner à N***, qui en a fait maintes fois la demande..."
Puis on lit :
“ Le conseil de fabrique, après mûre reflexion, et obéissant à des considérations de l’ordre le plus élevé, et à un sentiment de patriotisme et de confraternité religieuse avec le grand peuple catholique du Nouveau-Monde, et espérant aussi que l'existence d’une si insigne relique de notre sainte Patronne sur la terre am. ricaine ne pourra qu'étendre davantage son culte et tourner ainsi à la gloire de l'Eglise d’Apt, /a seule reconnue comme possédant les vrais restes de l'aïeule du Christ, ainsi que l’attestent les nombreuses bulles papales et l’histoire, toutes les autres églises du monde, possédant des parcelles du corps de sainte Anne, n'étant que les tributaires de celles de l'église d'Apt ;
“ Reconnaissant d’un autre côté le zèle évangélique de... etc
‘“ Décide à l’unanimité qu'il y a lieu de se départir, dans cette circonstance exceptionnelle, de la défense que le conseil de Fabrique s'est imposée : celle de ne plus céder si facilement des reliques de nos saints Aptésiens, ainsi que cela a eu lieu, tant dans les temps anciens que dans les temps modernes, et dérogeant à cette réserve consent à faire droit à la demande de... etc.”
Telle est la conviction aptésienne : “Toutes les églises du monde possédant des reliques de sainte Anne sont tributaires de l'Eglise d’Apt.” Vu les circonstances de cette affirmation et les signatures qui s'y apposent, il serait déraisonnable de n'en pas tenir compte,
La suite du document est édifiante pour le respect qui s'y manifeste à l'égard de ces chères reliques de la Sainte. Comment croire que l'Eglise tolérerait de pareilles cérémonies, de pareilles idolâtries, si vraiment ces restes n'étaient pas authentiques ?—Lisons donc encore :
“Cette décision prise, il a été procédé à la descente de la châsse avec les cérémonies accoutumées, les prêtres en surplis ; et après que tous les assistants se sont prosternés et ont prié notre sainte Patronne, au pied de son autel,
“ La châsse, descendue desa niche, située au fond du sanctuaire de la chapelle, a été placée sur une table,
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“ Cette châsse, sur laquelle se trouve placé le buste de la Sainte au cté décrite dans le procès-verbal dressé lors de la vérification des reliques (12 juin 1893), et enfermé dans la dite châsse, avec les bulles papales et les lettres royales.
“ Après avoir dévissé le buste et ouvert le couvercle de la châsse fermée a clef, enlevé les vis et brisé les sceaux en cire rouge, aux armes de Monseigneur N***,notre digne et vénéré Archevêque actuel, qui retenaient les rubans entourant le couvercle (sceaux qui ont remplacé en 1893 ceux remontant à 1830, époque de la réouverture de la châsse pour les temps modernes), nous avons reconnu que le grand sac en soie cramoisie contenant les reliques et qui est mentionné dans tous les inventaires dressés depuis la fin du seizième siècle, ainsi que toutes les boîtes contenant les plus petits fragments, étaient intactes.
“ M. le curé archiprêtre a ouvert le dit grand sac et en a retiré :
“1° Une parcelle, qui paraît être une partie d’un tibia, ayant dix-huit centimètres de longueur sur trois centimètres à sa partie la plus large :
“2° Huit fragments d’ossements, ayant chacun environ deux centimètres de largeur sur trois centimètres de longueur,
“ Après avoir extrait les précieux restes de notre grande Sainte, nous avons refermé, vissé et scellé la dite châsse, qui a été ensuite replacée dans sa niche.
“ Ensuite les reliques enlevées ont été enveloppées dans une étoffe en soie et dans une boîte, —le tout fermé par un ruban et scellé aux armes de Mgr N***, notre archevêque d'Avignon, dont l'autorisation pour les présentes a été donnée, et qui sera remis et confié aux soins de M. N***, prêtre...., qui doit venir incessamment à Apt pour prendre le précieux paquet et le porter lui-même à nos frères d'Amérique.
“ De tout quoi nous avons dressé le présent procès-verbal à double (l’un pour être enfermé dans le paquet de Reliques, l’autre pour être transcrit sur le registre de la Fabrique), et que tous les
présents ont signé, et sur lequel nous avons apposé le sceau de notre cathédrale, aujourd’hui érigée en Basilique,” Li] * *
Maintenant, toute discussion mise de côté, nous allons, malgré l'aridité du sujet, dresser un catalogue au moins sommaire des reliques de la Sainte, que nos recherches nous ont permis de découvrir. Par le fait même, les sanctuaires ou endroits quelconques qui seront indiqués, nous apparaîtront comme autant de lieux divers où le culte de la Sainte était en honneur, ce qui sera une sorte de préambule à l’histoire de son culte, une étude que nous ferons plus tard,
Mais d’abord, à ceux qui, en lisant notre texte, voudraient recourir aux notes ou aux pièces justificatives dont nous l'appuyons à mesure, nous ferons remarquer avec les Bollandistes, que, en matière de reliques, les auteurs prennent souvent la partie pour le tout, c'est-à-dire qu'ils appellent facilement, par exemple, corpus où caput, “ corps” ou ‘“ chef” d’un saint, une portion plus ou moins considérable du corps ou de la tête. Cette réflexion, applicable à un certain nombre de bienheureux, notamment à saint Jean-Baptiste, est faite d'une manière très spéciale par ces savants auteurs à propos de sainte Anne (*).
Parmi les églises qui revendiquent l'honneur de posséder où d’avoir possédé le chef de notre Sainte, selon cette manière de parler, on cite, à part le sanctuaire d’Apt :
Jérusalem ', et Jacques de Vitry avec Cruillaume de Tyr, nous servent ici de témoins ;
(a) Voici, par ordre topographique, le catalogue des reliques de sainte Anne connues de l’auteur. Les chiffres de renvoi placés dans le texte, se rapportent à ceux qui vont suivre. Nous n'avons pas cru qu’il nous était permis ici de négliger les sources d’infon mations.