‹ Les trois légendes de madame Saincte Anne [microform]Chapitre 52 sur 112 · S RELIQUES · texte numérisé non relu

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E Père Lacordaire, “ mon Père Lacordaire," comme a dit un autre, aimait la Provence. 11 l'a bien prouvé dans les pages qui précédent sa Marie-Madeleine, un des beaux livres de ce siècle, et de tous les siècles :

“ Lorsque le voyageur descend les pentes du Rhône, à un certain moment, sur la gauche, jies montagnes s'écartent, l'horison s'élargit, le ciel devient plus pur, la terre plus somptueuse, l'air plus doux : c'est l1 Provence, Adossée aux Alpes, elle les quitte lentement par des vallées qui perdent peu à peu l'âpreté des hautes cîimes, et elle s'avance, comme un promontoire de la Grèce et de l'Italie, vers cette mer qui baigne tous les rivages fameux. La Méditerranée lui fait, après le Rhone ét les Alpes, sa troisième ceinture, et un fleuve, qui est le sien, la Durance, lui jette dans ses gorges et ses plaines la rapidité fougueuse d’un torrent qui ne meurt pas. On ne peut regarder cette terre sans y reconnaître bien vite une parenté de nature et d'histoire avec les plus célèbres contrées de l'antiquité, Des colonies grecques lui apportèrent de bonne heure le souffle de l'Orient, et Rome, qui lui donna son nom, y a laissé des ruines dignes de cette puissance qui ne refusait à personne une part de ses grandeurs, parce qu'elle en avait assez pour l'univers. Quand le monde ancien fut tari, longtemps la Provence, riche de ses souvenir:, plus riche encore d'elle-même, conserva dans le démembrement des choses sa personnalité. Elle eut sa langue, sa poésie, ses mœurs, sa nationalité, sa gloire, tous

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ces dons qui, en de certaines conjonctures, font d’un petit pays une grande terre, Puis, quand les empires modernes eurent pris leur forme et dessiné leur territoire, la Provence, trop faible pour se soutenir contre la destinée, échut à la France comme un présent de Dieu, et, après avoir été pour les anciens l'Occident de la beauté, elle devint pour nous le premier port où notre imagination rencontre l'Italie, la Grèce, l'Asie, tous les lieux qui enchantent la mémoire et tous les noms qui émeuvent le cœur.”

Mais nous l'allons voir, et le Père Lacordaire avait raison de l'ajouter : ‘“ Si la nature et l’histoire ont fait beaucoup pour la Provence, ia religion peut-être a fait plus encore pour elle...

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Fig. 87. Les saintes Maries arrivant en Provence, d’après Eee dans la disune ancienne estampe lavée de couleur, tribution des graces

divines attachées au sol, une part unique, et comme la dernière empreinte de la vie de Jésus-Christ parmi nous.”

Racontons simplement la légende Aptésienne,

Elle nous dit que, un jour, aux tout premiers temps du Christianisme, de pauvres pêcheurs, qui jetaient leurs filets sur les bords de la mer Méditerrannée, virent venir à eux une barque d’une forme étrangère, montée par quelques personnages aux allures, au costume, au langage inconnus. C'étaient, avec quelques amis, les principaux membres de cette famille de Béthanie qui avait joui naguère de l'amitié et de l'intimité du Sauveur.

Chassés de la Judée par la persécution qui avait coûté la vie à saint Jacques le Mineur, premier évêque de Jérusalem, ils s'étaient confiés aux flots de la mer, emportant avec eux ce qu'ils avaient de plus précieux, des reliques de leurs chers défunts, et, poussés par le souffle de Dieu, ils venaient se réfugier sur la terre de Provence.

Nul n'ignore avec quel talent et quelle érudition M. l'abbé

Faillon a développé sa thèse si difficile sur l’apostolat de sainte Marie-Madeleine en Provence !,

Le père Lacordaire disait de cet ouvrage: ‘“ Une science plus profonde a revêtu la tradition d'une lumière plus vive, et reprenant la vie de notre chère et illustre sainte au sépulcre vide du

Sauveur, nous pouvons en suivre le fleuve sur cette bienheureuse

terre de Provence *,’

M. Faillon a donc démontré d'après Raban-Maur, et le père Lacordaire a cru avec lui que Jésus-Christ a légué Marie-Madeleine à la France, comme il avait légué sa Mère à Jérusalem, saint Pierre à Rome, saint Jean à l'Asie, La Provence rend grâces de s1 foi dix-neuf fois séculaire ‘“à cette illustre famille de Béthanie qui avait eu Jésus-Christ pour hôte et pour ami, à Lazare, à Marthe, à Marie-Madeleine, à leurs compagnons Trophime et Maximin, Marseille veut que Lazare ait été son premier évêque ; Aix attribue cette gloire à saint Maximin, Arles à saint Trophime ; Avignon et

1 Faillon, Monuments inédits sur l'apostolat de sainte Marie-Madeleine en Provence, etc., 2 gr. in-80, édit, Migne, 1858.

? Lacordaire, Sainte Marie-Madeleine, ch. Vi.— Voici deux passages de Raban-Maur sur la question :

Anno quarto decimo (Ascensionis) facta est divisio apostolorum......et Petrus Orientem relicturus, Romamqueiturus, designa vit regionibus Occidentis quas ipse adire non poterat, Evangelii Prædicatores, de nobilioribus in Christo, et antiquioribus discipulis Christi .. Horum viginti quatuor seniorum primus erat et primicerius, de numero septuaginta discipulorum Domini Salvatoris, doctor egregius, miraculorum omnium gratia illustris, et pust apostolos Christianæ militiæ signifer, præelectus Maximinus ... Quibus abeuntibus (discipulis) consociaverunt se nobiles matronæ et viduæ quæ Jerosolymis et in Oriente eis ministraverant. Rabanus Maurus, De ; ta B, Marie Magdalenæe, ch. XXXVI, t. VI des Œuvres, Migne, Patrol, lat, t, CXIH, col, 1491.—Igitur æquoris undas ingressi cum gloriosa Dei (amica ?) Maria Magdalena, ac sororé ejus Martha beatissima, sanctus archipræsul Maximinus, et beatus Parmenas archidiaconus, episcopi quoque Trophimus, Eutropius, necnon et reliqui duces Christianæ militiæ, flante Euro Asiam relinquentes, inter Europam et Africam, per mare Tyrrhenum, et circumversus descendentes, urbem Romam totamque Italiam a dextris relinquentes, necnon et Alpes,..., prospero cursu applicuerunt a dexcris, in provincia Galliarum Viennensi, apud civitatem Massiliam, ubi mari Gallico Rhodanus recipitur. Ibi, i#vocato magno mundi principe Deo (11 Macch., XW, 25) provincias regionis ad quam eos Spiritus appulerat, inter se, eodem inspirante, partiti sunt.... Sortitus est sanctus archipræsul Maximinus Aquensem, metropolim provinciæ Narbonensis secundæ, in quâ Beata Maria Magdalena complevit cursum peregrinationis suæ,..,/6id., ch. XXXVvI,

col, 1493.

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Tarascon nomment sainte Marthe comme l'apôtre qui les a délivrées de l'erreur, et Marie-Madeleine, unie à tous par un souvenir qui s'appuie du leur en le surpassant, plane sur toute l'église de Provence, comme la souveraine de l'apostolat qui l’a fondée. ”

En ces derniers temps, l’auteur des Amitiés de Tésus, le KR, P. Ollivier, s'est déclaré à son tour ‘“ profondément convaincu de la valeur des traditions provençales \,” et ce troisième témoignage s'ajoutant à ceux de l'abbé Faillon et du père Lacordaire, nous rend nous-même plus hardi à déterminer le fait sur lequel repose la tradi-

tion aptésienne relative aux reliques de sainte Anne,

Ni le Père Ollivier, il est vrai, ni le Père Lacordaire, ni même l'abbé Faillon parcouru, celui-ci, page par page, ne nous ont fourni une ligne qui ait rapport directement à notre Sainte et qui puisse nous servir ici de lumière ou d'appui, mais tous les trois, pour ce qui concerne Marie-Madeleine, ont cru à la tradition ; ils y auraient cru sans doute encore, si, au lieu de l’amie de Jésus, il se fût agi pour eux de l’aïeule de Jésus, et à leur exemple, l’histoire nous faisant défaut, nous avons recours à la tradition,

Or donc, une tradition vénérable nous dit que, avant de se séparer pour aller porter la bonne nouvelle sur les différents points de cette Provence dont ils avaient acquis l'héritage, les saints missionnaires et les saintes femmes se partagèrent les reliques — derniers et chers souvenirs du pays natal—qu'ils avaient pu soustraire à la profanation des Juifs : c'étaient des parcelles de la terre du Calvaire imprégnées du sang de la rédemption, quelques vêtements de la sainte Vierge, plusieurs corps des saints Innocents, et la dépouille mortelle de sainte Anne, que des liens de parenté étroite unissaient à quelques-uns des fugitifs. D’après cette tradison, le corps de la Sainte échut à saint Lazare, qui l’'emporta avec lui à Marseille, où il allait fonder son siège épiscopal. Mais un de ses successeurs, craignant que cette précieuse dépouille ne fût pas suffisamment en sûreté dans une ville exposée, comme était celle-ci, à la persécution, la confia à saint Auspice, premier évêque d’Apt.

Ce saint, “ patrice célèbre par la gloire de ses ancêtres, comme dit Le Grand, et assis longtemps sur l'aigle dans le conclave des cent

KR. P, Ollivier, Z. cit, chap. sur Lazare, sur Marthe, sur Madeleine, et l’appendice A.

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