‹ Les trois légendes de madame Saincte Anne [microform]Chapitre 71 sur 112 · SEIZIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

SEIZIÈME SIÈCLE

La voie est ouverte maintenant, l'élan est donné, et le sizième siècle va reprendre, et refaire, et refaire encore la légende, otre Légende. De fait, elle reparaîtra en allemand à Strasbourg en 1500, en latin en 1501 ; à Leipzig, en 1502; trois fois en 1507, dont une fois à Brunswick; de nouveau à Strasbourg en 1509 ; à Augsbourg, à Nuremberg et à Cologne, en 1510; encore à Cologne et deux fois à Paris, avec Natalis Beda et Lefèvre d’'Etaples, en 1519; à Salamanque en 1522, et plus tard en 1528; de nouveau à Paris, en 1523 et 1529, avec Petrus Sutor (Pierre Cousturier) et Bertaud de Périgueux ; une troisième et quatrième fois à Cologne en 1531 et 1534 avec maître Conrad Wimpina et Cornelius Agrippa ; à Anvers en 1544, et ainsi de suite. La liste serait trop longue.

Evidemment nous ne pouvons nous arrêter ici qu'aux publications les plus importantes, si nous ne voulons pas faire d'un seul chapitre tout un livre. Mais il y a d'abord ce petit bouquin allemand à dix-huit feuillets, imprimé à Brunswick, sous la date de 1507, et où l’on trouvera, en traduisant le titre mot à mot, et il le faut, car ces vieux textes sont vénérables :

Une belle et salutaire doctrine, des prières et une matière suffisante ; Ensuite la couronne salutaire du Christ ;

Ensuite la légende de sainte Anne et de tout ce qui <oncerne sa famiile ;

En troisième lieu, le rosaire de sainte Anne ;

En quatrième lieu, les sept joies de sainte An“: ;

En cinquième lieu, la triple puissance de sainte Anne ; En sixième lieu, des prières contre la pestilence ;

En septième lieu, une litanie (?) de sainte Anne;

En huitième lieu, le bon chemin du ciel;

En neuvième lieu, une belle doctrine pour bien mourir ; En dixième lieu, le testament d’un bon chrétien.

Rien de pieux comme ce petit livre, si ce n'est peut-être cet autre de 1509 que M. Rosenthal de Munich a eu jadis l'obligeance de nous prêter et qui, entre autres choses, nous raconte comment ‘un noble et très savant ermite nommé Procope prêchait, à tout venant, qu'il fallait honorer sainte Anne, de quoi il fut récompensé en devenant évêque de Prague (ch. IX) ; ” comment, au contraire, ‘ un évêque d'Angleterre fut, lui, sévèrement puni pour avoir voulu empêcher le culte de la Sainte dans son diocèse ” (ch. XI). L'ouvrage est très rare ; il est coté 275 marcs chez les antiquaires d'Allemagne, et il faut, sans doute, en traduire au moins le titre :

“ Ceci est une belle légende de la sainte femme sainte Anne et aussi de sa famille, c'est-à-dire de la Mère de Dieu, la vierge Marie, que sainte Anne a enfartée. Pour cette raison, elle est appelée la rrand'mère de Notre-Seigneur Jésus-Christ, De même, dans ce petit livre, est contenue aussi la vie des saints évêques Eucher, Valère et Materne, qui ont converti le pays allemand à la foi chrétienne à laquelle nous croyons, et par laquelle nous devons être heureux. Imprimé à Strasbourg, lorsqu'on comptait mil cinq cent-neuf,”

A l’année 1510, se rattache une publication d’un dominicain d'Allemagne, Clemens Losow, une Legenda sur lequelle nous regrettons de n'avoir pu mettre la main.

Comme rareté littéraire, rien ne vaut pourtant l’opuscule d'un “certain frère Magdalius, Jacobus Gandensis,” édité à Cologne entre 1504 et 1516. Le seul exemplaire qu'on en connaisse est chez les Pères Bollandistes de Bruxelles, où le R. P. de Smedt à bien voulu \ nous le laisser voir. Nous lui disons merci. C’est un in-octavo carré, de cent huit pages non numérotées, et portant (en allemand) le Fig. titre ordinaire des publications allemandes de l’époque : “Ceci est une belle légende de la sainte femme sainte Anne...” Au frontispice, une gravure sur bois nous montre: Au milieu, sainte Anne la pol

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tenant la main de la Vierge à genoux près d'elle à sa droite, et des deux côtés, les principaux personnages de leur parenté, Le texte lui-même n'offre aucune particularité digne de remarque: c’est la légende telle à peu près que l'ont racontée les ouvrages antérieurs, et il n'y a pas lieu de s’y attarder, Mais nous voulons au moins nous payer le iuxe d’une gravure commémorative du rarissime bouquin (fig. 99).

ENCORE LE Zrinubium.

A l’époque où écrivait frère Magdalius, une opinion avait cours, dont on se souvient,—et on la retrouve dans cette Zegenda comme en bien d’autres ouvrages du même genre, —prétendant que sainte Anne avait été mariée trois fois, rien que cela.

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graphesde sainte Anne nous oblige d'y revenir.

Un des noms illustres du seizième siècle, FABER STAPULENSIS, en français: Lefèvre d'Etaples, prend place ici le premier parmi ceux que nous appellerions les partisans de la bonne cause, C'est contre Natalis Beda et autres, qu'il guerroie, car c'est en effet une

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plusque tousles autres, il pousse jusqu'à l'extrême, jusqu’à la haute éloquence, l’ardeur de la polémique. Que ses arguments soient toujours de premier ordre, la

Fig. 99. Frontispice réduit d’une Zégenda allemande de 1504-16.(La date et les deux lignes au-dessous sont manuscrites.)

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chose est contestable, mais au moins, il a de la verve—la verve de ce temps-là, et il faut l'entendre : “ Tu mens, infâme démon ” (we. tiris, 6 pessime dæmon), crie-t-il à quiconque soutient le #rinubium (fol. 67 recto) ; ses adversaires, il ne faut pas en avoir cure, pas plus que de vulgaires “ couseurs de livres” (/brorum consartoribus, fol, 72) : les vers anciens qu'on allègue :

Anna solet dici tres concepisse Marias, etc.

ont été fabriqués par le dernier des ignorants (ab indocto quopiam), etàpartles brèches qu'ils font à l’histoire comme au dogme, ils fourmillent de fautes grossières (scatentia mendis, fol. 72); bref, qu'on allume le bücher, qu'on l’y jette lui, auteur, et son livre avec lui, la vérité et la piété le protègent de toute crainte puérile: Æerte citi flammas, liber ardeat, ardeat et auctor..…...Nulla formidine quatior. Veritas et pietas me reddunt securum. 11 a foi au Seigneur Jésus, à sa très bienheureuse Mère (swperbeatæ matris), à sainte Anne, à sainte Madeleine, pour qui ila combattu (fol. 85 recto) ; et si quelque ami veut charitablement l’avertir des dangers auxquels l’exposent ses opinions trop entières : “ Ce n'est pas moi, dit-il, c'est eux qu'il faut avertir ; c'est à eux qu'il faut apprendre à ne pas condamner un homme qui défend la vérité en vengeant l’aïeule du Christ contre d'odieux détracteurs” (fol. 86 verso et 87 recto). “Que si, dit-il encore, dans certaines églises, on chante des histoires inventées à plaisir, fausses, ridicules, il n’est pas séant d’en accuser l'Eglise mais plutôt quelque pauvre homme trompé par sa simplicité, ou quelque méchant criailleur (guemdam rabulam) qui s’est fait l'organe du père de tout mensonge.” ;

Pourtant, ce rude joûteur est bon chrétien, et il nous affirme sérieusement que le jour où on l'aura condamné au feu, iui et son livre, après avoir prié pour que la rosée du ciel descende éteindre ce même feu, il pardonnera de bon cœur à ses ennemis, et ne leur saura mauvais gré que d’avoir offensé Dieu (fol. 88 verso). Enfin, tout l'ouvrage se termine par une longue prière, où l’auteur, se gardant bien d'oublier la thèse qu'il a si chaudement défendue, demande à Dieu pour l'Eglise des “pontifes vigilants, et des pasteurs amis de la vérité.”

La réponse ne devait pas se faire attendre. Un chartreux,

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