‹ Les trois légendes de madame Saincte Anne [microform]Chapitre 70 sur 112 · ET · texte numérisé non relu

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OUS ce titre, on a reconuu les ouvrages spéciaux dont nous parlions tout à l'heure, “tout faits de sainte Anne et tout faits pour elle,” et ceux-là, il nous semblait, demandaient une étude à part.

La voici, cette étude. Y aura-t-il des lecteurs pour s'y intéresser ? Question imprudente, ridicule peut-être, car si un auteur a l'air de douter luimême de son œuvre, qui est-ce qui y croira ?

Sans autre souci que ae travailler pour la Sainte, puisque pareil travail est déjà à lui-même sa meilleure

récompense, venons donc à notre sujet.

Lt d'abord, existe-t-il des manuscrits anciens, encore inédits, qui soient-—-sous un titre ou sous un autre—des Vies de sainte Anne, et que nous puissions consulter ?

Répondre oui ou non serait bien téméraire à qui n'aurai pas exploré toutes les bibliothèques de l'ancien et du nouveau monde, non seulement les plus grandes, mais les moins grandes ; non seulement les trésors publies des différe tes nations, mais les trésors particuliers des anciennes églises et des anciens monastères, et jusqu'aux collec-

! Ce chapitre et Le suivant supposent, plus encore que les précédents, des appendices, Les auteurs, souvent, sont à peine nommés ; les ouvrages iacomplètement indiqués, et une quantité de détails d'ordinaire très précieux pour les amateurs, sont omis. Tandis que, plus haut, nous avons quelque peu emprunté pour nos notes aux appendices, ici nous n’y touchons guère où pas du tout, C’est que tôt ou tard ces deux appendices aux res ou Légendes et A la Poésie, seront publiés, si les autres ne le sont pastous, —moyennant toutefois que sainte Anne le veuille.

tions privées de tant d'amateurs et de bibliophiles : or, tout cela, ou à peu près tout cela, c’est, ou l'impossible ou l’inaccessible, et qui est-ce qui tentera l’un ou l’autre ?

Au reste, ce serait probablement peine perdue. Il est à supposer que tous les ouvrages ayant une certaine valeur, dans la catégorie qui nous occupe maintenant, ont été publiés. Et c’est pourquoi, à l'exception de quelques fonds particuliers et de la bibliothèque publique de Bruxelles où nous avons fait des recherches spéciales, nous nous sommes contenté d'interroger les autres dépôts de manuscrits par leurs catalogues seuls, et, comme nous l’avions prévu, ces catalogues, si complets qu’ils fussent, nous ont indiqué à peine deux ou trois ouvrages, curieux peut-être, mais sans importance réelle.

Bruxelles ne nous a rien montré qui n'ait été publié déjà, ou intégralement sous le titre de Vzes ou Légendes de sainte Anne, ou en partie, par les Pères Bollandistes, dans la savante étude qu’ils ont consacrée à la Sainte, au trente-troisième volume des Acta Sanctorum. La bibliothèque des Bollandistes elle-même, pourtant si riche en tout ce qui concerne l’hagiographie, ne possède rien.

La bibliothèque nationale de Paris est tout aussi pauvre, et des perquisitions récentes très sérieuses n’ont su trouver que trois manuscrits à signaler, et encore trois manuscrits dès longtemps publiés.

Nous parlons des écrits en prose. Un précieux manuscrit en vers, la Wie des trois Maries, par Jean de Venette, nous arrêtera un instant plus loin, dans le chapitre de la Poésie.

Troyes possède une We de sainte Anne, patronne des Pères Cordeliers de Joinville, mais ce n’est évidemment pas la vie de la mère de la très sainte Vierge, comme on peut le voir dès le début que voici :

“ Saincte Anne nasquit en 470, soubz Childériq, quatriesme roy de France, d’une des plus illustres familles de Champagne, Son père qui s'appelait Sigmar, faisait sa résidence à Perthe, qui maintenant n'est qu'un village situé à environ une lieue de Saint-Didier à Vitri, et estoit, dans son temps, une ville de laquelle le Perthois à

pris son nom, etc.

| Migne, Dict, des manuscrits, t, 11, ait, : Bibl, de Troyes.

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Etrange méprise de l’auteur du catalogue en cet endroit, et c'est pour la signaler que nous avons fait mention de l'ouvrage : “ Cette vie de sainte Anne, dit-il, est prise de la légende qui était au dit couvent, et de ce qu’en ont dit Baillet, Tillemont et Desguerrois” La distraction du bibliographe est ici manifeste, puisque Tillemont et Baillet n’ont écrit que de sainte Anne, mère de la Vierge Marie, tandis que l’auteur du manuscrit parle évidemment d'une autre.

A ces quelques lignes, notre premier paragraphe est déjà clos. Nous pourrions nc'arer, il est vrai: un Père Mathurin Courtoys, carme du quinziè .e siècle, Guillaume Fannius, chanoine à Liège, un Père Falconer, jésuite anglais, un autre carme du nom de Joannes-Augustinus a Sancto-Paulo, lesquels tous, paraît-il, sont restés en manuscrits, mais leurs noms évoqués, nous n'avons plus qu'à regretter de ne pouvoir faire davantage, les écrits qu’ils ont laissés étant pour nous introuvables.

Passons donc aux IMPRIMÉS.

19. QUINZIÈME SIÈCLE, Ils sont en grand nombre, et dès les origines de l'imprimerie, nous voyons déjà les Vres de sainte Anne se multiplier.

On comprend que nous ne parlons plus ici des ouvrages d’herméneutique sacrée, d'histoire, de poésie ou d’éloquence qui contenaient la légende de notre Sainte, et dont quelques-uns, imprimés au quinzième siècle, étaient pourtant déjà aussi anciens que le christianisme, Nous parlons de la Légende même, isolée cette fois de tout le reste, publiée à part, et formant par elle-même un volume.

Or, dans ces conditons, elle paraît déjà,--et c'est la première en date que nous connaissions—à Augskbourg, entre 1470 et 1480. On voit encore, dit-on, un précieux exe:nplaire de cet ouvrage-princeps à Neustift, dans le Tyrol,

Une : itre, en flamand, voit le jour en 1485 chez Gérard Leeu, d'Anve:.

En 1489, le même Gérard imprime une Zegenda en latin, et— détail qui édifierait nos éditeurs—il demande, à la fin, un Pater et un Ave pour ceux qui ont eu la générosité de lui payer ses dépenses, Nous en demanderions bien, nous aussi,

Pour 1492 ou 93, Schelhornius mentionne une Ve en vers, un grand poème allemand tiré du Protévangile de Jacques.

cine matris Anne trartat”

prranam utilis tomfohdnis miteng abbatis fpanhemeufis obinis ui paris bentbirti

Fig 97. Trithème, De Zaudibus SS. Anne \fac-simile du frontispice).

En 1494 et 1495, l'abbé TRITHÈME, un homme célèbre en son temps, donne successivement son De Laudibus sanctissimæe Anne, ses Miracula, son Rosarium en cinquante articles ou strophes, son ; Missale Officium, sans compter des séquences et des hymnes.—Nous avons en ce moment sous la main le De ZLaudibus. C'est une petite plaquette carrée, d’un texte gothique fortement empâté d'encre grasse sur un papier jauni par le temps, noirci ça et là de

notes manuscrites indéchiffrables, mais le tout, vénérable en ses : quatre cents ans, et à ce titre déjà, sans parler des autres, fort intéressant pour nous. : bendi, « : faire, € Cet opuscule se compose de quarante huit pages, dont trente- ia . , 4 MISSIO!

six pour notre Légende.

gor (ch L'abbé de Spanheim nous apprend d'abord dans sa dédicace de la S qu'il n'a rien emprunté aux traditions courantes, parce qu'elles ne des * sainte.

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lui ont pas semblé assez authentiques ; plus outre, il nous dit que lui, homme, va faire l'éloge d'une déesse ; lui, serviteur, l'éloge d’une souveraine ; lui, pécheur, l'éloge d’une très sainte (ch. 1) ; il demande à Dieu et aux saints la “grâce d'écrire dignement ” (gratiam scri-

x Bpanbemélie irlibram vœ landibus (anctiffime Zinne. erabilireligiofiffimoas patri. bo TRummido

lanpachb Brioticonnent’ Sranckfordenfie.ordie frarrd beate marie lemp Pginis œ'inonte carmelé Fobannes tx trisenbem abbas monaftenj fancti arttémi in fpanbem o7dims tini patris benedis falutézc tê. Moto noftro ettmne peticHib”(optime pas ter) laniffacere cupienteestibei ce landib lartctiffime matrie ans era oeuotôe cofcripfim®: quê tuo normni oicam? : quonig ante alios nobiedignns vifs es: wrpote culto: marim? amatoz q3œuotiffim® eiufdé venerabilie anne De bios vero que fatl voigats eftmbilaur pari affnmplim®:qnie nobis ef nninms pro beta vifa eft: er is plerifas locie spocrifa. Mieas tamé redargné ttlaz volnim®:ne Nmplcibns occafioné pberemns marmorädi: N(veiplieftimät)antiquitate pbatem nous pinmptôecarpere

mus. Dinufim? ergo intact biftond et que apufftma.fide.veré taste ac rahone nota fuerät er vono tied bonozem fancte matris' anne contulim?. Airaculs quo fancte anne ab boc volumine reiecum”:ne virie Fe pue bis n6 facile adbibét fidem) tra' ctetum noftroms fafpectü redcderem®.Ælio itaqs tpefi votes illie tereturbiftozis. Pn quibuféiias te befirare contigerit.refcri

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Fig. 98. Trithème, Epitre c ‘dicatoire,

bendi, ch, 11) ; il presse les fidèles d’honorer la grande Sainte, et de faire, comme lui, l'expérience de sa bonté : “ Croyez-moi, dit-il, j'ai mission de vous prêcher confiance,” Credite inihi legatione fungor (ch. II). Puis viennent des pages destinées à venger la mémoire de la Sainte contre ceux qui ia déchirent, et ceux-là, il les appelle des “chiens avides” (ch. IV); d’autres nous font voir comment sainte Anne a été choisie de Dieu ab æterno (ch. V); comment elle

a mené une vie très agréable à Dieu (ch. VI); comment elle a donné naissance à l’Immaculée (ch. VII), et l’a ensuite présentée au temple (ch. VIII) ; comment elle est en grand honneur auprès de Dieu (ch. IX) ; comment elle peut nous secourir dans nos misères (ch. x); comment nous devons la tenir en grande révérence (ch, XI); comment on doit célébrer sa fête, et ici—conseil pratique—" il ne faut pas chanter sainte Anne sur les airs des cantiques à la sainte Vierge, à cause de la confusion qui naîtrait de là, les fidèles n'entendant que la musique, et ne comprenant pas les paroles” (ch. XII); et encore comment on doit faire moult autres exercices en l'honneur de la Sainte (ch. XIII) ; comment de nombreux miracles justifient cette dévotion (ch. XIV); comment la confrérie de sainte Anne fut établie à Osnabruck et comme quoi, il faut s'y enrôler (ch. XV}; comment enfin l'auteur ‘“‘a voulu plus qu'il n’a pu” et ‘“très peu satisfait à sa propre dévotion,” mais comment aussi, il l'espère, le lecteur lui saura gré d’avoir tenu bon contre “ les chaleurs de juillet qui l’accablaient.”

Oui, certes, quant à nous, nous lui en saurons gré. Il l'a dit: Non remuneratur a Deo ornatus sermo, sed humilis devotio, “Ce que Dieu récompense, c'est l’'humble dévotion, non le beau langage,” et c'est son humble dévotion en effet, plus encore que son “éloquence tullienne,”—un de ses mots, — que nous aimons chez lui. Six colonnes de ses œuvres, dans la Co/lectio de Gropp, et sa somptueuse épitaphe à Saint-Jacques de Wurtzbourg, ne valent pas pour nous cette modeste fleur qu'il a déposée, en un jour de vraie piété, aux pieds de la bonne sainte Anne.

Après Trishème, un patricien d’Aix-la-Chapelle, Beisselins, tresse ‘trois couronnes de roses” (Zria rosacea coronamenta) en l'honneur de sainte Anne, de la Vierge et de l'enfant Jésus (1495) ; Jean de Westphalie, le premier imprimeur qui ait établi des presses en Belgique, achève ses publications par une ZLegenda anonyme. que des bibliographes ont attribuée a un dominicain de Louvain (1496) ; et, cependant, Adrien van Liesveldt, d'Anvers, les frères conférenciers de Gouda (1496), Melchior Lotter, de Leipzig (1497) Godfrid Back, d'Anvers (1498), Pierre Os, de Bréda (1499), impriment eux aussi, et ils vont clore, par des éditions d’un réel intérêt, une fin de siècle qui a été si féconde déjà.

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Ces derniers travaux sont la plupart anonymes.

Le Melchior Lotter porte dans sa préface: Ægo de observantia Minorum minimus, et c'est trop peu pour notre curiosité, si c'est beaucoup pour l'humilité ex général.

Un autre aurait pu être nommé après Trithème et Bcisselius : c'est Pierre Wilderad, théologien de Heinsberg, dont la Vita S. Anne fut rééditée plusieurs fois.—Nous lui devions bien ces deux lignes, puisqu'il est des nôtres, et certes, nous les lui donnons de tout cœur, sans aucun souci d’ailleurs d’un “ désordre littéraire ” qui n’est pas tant seulement ‘ beau.”

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