‹ Les trois légendes de madame Saincte Anne [microform]Chapitre 92 sur 112 · DE TE · texte numérisé non relu

DE TE

c'est la séquence Zuce lucens in æternd. On ne peut pas vouloir qu'un article destiné à recueillir les hommages rendus à sainte Anne par la poésie se passe de toute citation, et c’est pourquoi, nous trans. crivons encore, et nous traduisons :

Luce lucens in æternà, Lucis ductrix et lucerna, Claritatis gerula.

Felix Anna, de caverna Laci transfer ad superna Lucis nos vehicula,

Mundi jubar luminare, Novum paris sine pare Sole plus illuminans.

Ex te duxit ortum clare Maris Stella per hoc mare Spatiosum rutilans.

Orta stirpe de regali Super ortum speciali Gaudens privilegio.

Prole fulges sola tali Quali nulla de mortali Sexu vel collegio.

Cella vera tu cœlestis In qua Trinitatis vestis Est ornata primitus.

Astre qui brilles dans l’éternelle aurore, lampe toujours ardente, nous apportant la lumière ;

Bienheureuse Anne, du lac ténébreux où nous voguons, fais.

nous monter jusqu'aux foyers lumineux.

Lumière du monde, tu as produit un astre nouveau, incomparable, plus brillant que le soleil,

Car c'est de toi qu'a rayonné cette étoile des mers, dont l'é.

clat illumine les Océans immenses.

Née de race royale, ta naissance le cède à un privilège plus spé.

cial et plus doux encore,

Puisque tu esla mère d’une enfant telle que l'humanité n'en a jamais produit de comparable,

Tu es le temple céleste où s'est

construit pour nous le tabernacle de la Trinité (?)!,

1 Cette traduction est loin d’être littérale, mais elle indique mieux ainsi le sens de la strophe. C'est la trace d’une idée qui reviert assez souvent dans l'hymnographie de sainte Anne, et qu’un vieux missel de Frissingue traduit de la sorte :

Fabricutur in hoc, Anna, Quæ supernum clausit manna Arca novi Testamenti.

Notons en passant un fait populaire qui existe encore de nos jours, Sainte Anne était

au moyen âge la patronne des menuisiers, et c'était sans doute parce qu’elle avait fabriqué

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Hujus rei caro testis Extat Christi quam in festis Gestat jam cœlestibus.

Carnem tuam carne Christi Per Mariam quam tulisti Kecta probat linea,

\ Ouâcum leo contraxi«ti, Genus omne ac vicisti Nata cum virginea,

Tu terminus tristitiæ, Scaturigo lætitiæ,

Quæ prolem benedictam De gremio das gratiæ,

Matrem solis justitiæ Labe prorsus invictam.

Tua grandis est potestas, Cœii dat majestas Matronatus gloriam.

Ad tranquillam quos potestas,

Ad fluentem quos egestas Urget, trahe copiam.

Eia, Mater plena bonis, Gratiarum dita donis

In præsenti pauperes.

Hujus cursum post agonis Triumphantum nos in thronis, Loca donis uberes,

Fait merveilleux qui trouve sa preuve dans la chair du Christ, cette chair qu’il garde encore au milieu de ses fêtes du ciel.

Ta chair et ton sang, c’est cette chair et ce sang du Christ, descendu de toi en ligne droite par l'intermédiaire de Marie,

Et cette virginale enfant fut le sceau detonalliance avec Dieu, comme le gage de ta noblesse sans égale.

Tu es la fin de toute tristesse, la source de toute joie, toi dont le sein béni de Dieu

Nous donne l'enfant de grâce, Mère du soleil de justice, victorieuse de tout mal.

Et ta puissance est sans borne, depuis que la suprême majesté du ciel t'a glorifiée d’une telle maternité,

Donne donc la paix à ceux que tourmente une puissance ennemie,et des richesses abondantes aux victimes de la pauvreté.

Noust’en prions,o Mère si bonne, comble des biens de la grâce tes pauvres de ia vie présente,

Afin que, riches de tes bienfaits, après les combats de la terre, nous partagions les trones des élus triomphants.

le premier abernacle véritable, ce que disait déjà au treizième siècle Durand de Mende (Aationale div, off. liv. 1, ch. 11), dans le passage où, à propos de l’autel, il compare le

tabernacle de Mise à la Mère de Dieu.

Adieu à l’intéressant manuscrit, Adieu aussi, mais avec moins de regret, à cet Office des trois Maries, sur lequel nous avons dit plus haut notre pensée. De même, négligeons pour le moment l'Office de la liturgie Mosarabique, puisque nous le retrouverons ailleurs, et venons en terre de Provence, pays de la lumière, de la poésie et de la bonne sainte Anne,

Si on nous permettait ici quelque mise en scène personnelle, nous nous rappellerions cette douce matinée d'avril, où il nous fut donné de prendre en nos mains l’ancien bréviaire de l'Eglise d'Apt, et d'en transcrire les pages sur les lieux mêmes témoins de tant de merveilles. C’eût été trop peu de prendre quelques notes seulement, et qui s’en retournait à seize cents lieues, là-bas, pour ne jamais revenir peut-être, devait emporter davantage, Il emporta tout, c'est-à-dire sept hymnes, autant de précieuses reliques, datant de plusieurs siècles. Est-ce trop faire, maintenant, que d'en traduire une? Nous choisissons de préférence celle des premières vêpres de l'Office de l'Invention des Reliques (86), parce qu’elle est un nouveau témoignage en faveur de la tradition dont nous nous sommes entretenus déjà (p. 209 ss.), et sur laquelle nous devrons revenir encore plus loin, pour en compléter la formule.

“ Dieu souverain, tu ne veux pas laisser ensevelie dans les ténèbres celle qui donna le jour à la glorieuse Vierge Marie, et tu rends à ton peuple fidèle les reliques sacrées que la prudence antique avait soustraites aux impies.

“ Tu nous laisses voir enfin, resplendissants de lumière, les ossements cachés longtemps dans la poussière, et, vers ces restes bénis, le peuple accourt pour leur rendre hommage,

“ Et tu veux illustrer cette crypte par un prodige, à Dieu bon, et voilà qu'un aveugle recouvre soudain la vue, tandis qu'un muet, dont la langue s’est tout à coup déliée, proclame que ce miracle est un gage de la bonté de sainte Anne,

«“ Les clercs entonnent des chants d’allégresse, et après que, sur l'ordre du roi, la châsse s'est ouverte qui contenait la sainte dépouille, les âmes pieuses tressaillent, et ajoutent à l'envi les cantiques aux cantiques,

“ Trinité suprême, pardonne à ceux qui t'en supplient, et par les

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mérites de sainte Anne, accorde-nous de monter un jour jusqu’à toi, afin qu'il nous soit permis de chanter éternellement ces mêmes cantiques de reconnaissance et d'amour.”

L'hymne de Laudes, et surtout celle des secondes vêpres (Festis leta sonent), disent en termes magnifiques la miséricordieuse puissance de la sainte Patronne d’Apt (88): ‘“ C'est pour Apt un gage d'immortalité que de recevoir de Marie les reliques de sa mère; car ces reliques sont pleines de Dieu (sunt hæc plena Deo) ; en elles est toute espérance, et tout salut, et tout affermissement de la foi; pour elles, Dieu dépose ses foudres et rend la vie à qui dormait au sein de la mort, Ici, une reine à genoux, déposant sa couronne d’or, implore le secours de sainte Anne et se consacre à son service; ici, les sourds entendent, les aveugles voient, et Dieu s'affirme par de constants miracles 1,”

L'office de la 7ÿanslation ne nous offrit pas d’hymne propre, mais au delà, au 26 juillet, et dans l'office per annum, nous en trou-

1 Pour honorer la douce mémoire d’un jeune et brillant avocat qui fut notre élève et notre ami, nous reproduisons cette même hymne dans la gracieuse traduction qu’il en fit quelque temps avant sa mort (peu importe le nom—on n’en a plus dans la poussière) :

Que dans les airs joyeux planent des chants de fête, Et toi, terre, rends grâce à Dieu :

Des cendres de sainte Anne, Apt a fait la conquête : Dieu veut les donner à ce lieu.

C’est un gage d'amour pour mon âme ravie :

Là sont espoir, salut et foi ;

Dieu montre sa puissance et fait sourdre la vie Du sein des tombeaux en émoi.

Là, ployant ses genoux, une reine pieuse Implore d'Anne aide et secours,

Et, prosternant son front, y laisse, bienheureuse, Son diadème pour toujours.

Et, pendant que le peuple, admirant ces reliques, Y pose un baiser suppliant,

L’ennemi rejeté voit des bienfaits mystiques Naître où le mal était puissant.

Ici Dieu se révèle, et par tant de miracles ! L’'aveugle voit, le sourd entend,

L’invalide se lève et ne sent plus d'obstacles, Et guéri, marche rayonnant !

O Trinité sublime, exauce nos prières, etc.

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vions d’autres non moins belles que celles de l’Znvention, Est-ve rejaillissement sur cette poésie du souvenir qui se rattache pou nous à sa première lecture ?—En tout cas,après tant de pièces diverses dont nous avons admiré la beauté et dont il a été parlé jusqu'ici, rien n'égale pour nous, comme sentiment, comme piété et comme expression, certaines strophes des hymnes aptésiennes :

Aptenses populi plaudite ; dulcia Patronæ memores cantica promite ; Insignem meritis dicite feminam ; Annæ dicite gloriam.

“ Peuple d’Apt, applaudissez ; que votre reconnaissance éclate en chants ce douceur pour votre patronne; chantez la femme insigne en mérites; chantez la gloire de sainte Anne,” (90)

Et ces deux autres (91) :

Quam potens ! cujus veniens ad ædem

Dexterum sentit sibi quisque numen,

Et domum semper redit impetrato Munere lætus,

Hic nurus castæ, viduæque matres,

Virgines, sponsæ, juvenes, senesque

Omnis et sexus reperir patronam, Omnis et ætas.

Inde concursus via fervet omnis!

“ Elle est si puissante! Tout homme qui est entré dans son sanctuaire sent que la Divinité est à sa droite, et il retourne à son foyer, heureux d’avoir obtenu la grâce tant désirée,

“ Ici, les chastes matrones, les veuves, les mères, les vierges, les épouses, les jeunes gens et les vieillards, tout sexe et tout âge trouvent une patronne :

“ Et c’est pourquoi les foules se précipitent sur le chemin qui mène à son sanctuaire!”

Nous fermons le pieux volume, mais comme là-bas, il y a sept ans, au moment de l’adieu, nous demandons à la bonne sainte Anne d’Apt qu’elle nous ramène encore une fois, une fois au moins, sur ce “ chemin qui conduit les foules à son sanctuaire bien-aimé ”.

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