SCENE Vf
LES MÊMES, GALOUZOT.
GALOUZOZ.
Tudieu , madame Galouzol , depuis vingt ans que nous sommes mariés, vous ne m'avez jamais dit : Ah ! je t'aime! de celle façon- là.
Mme GALOUZOT.
Vous êtes si peu aimable !
GALOUZOT.
Vous n'avez pas toujours dit ça, et puis ces conseils, va en mourant , comme si lu le trouvais mal; parole d'honneur, un professeur du Conservatoire ne serait pas plusfascinateur.
Mme GALOUZOT,
Des reproches.. . je devais iny attendre... tuez-vous, échignez-vous , pour faire un premier sujet... et puis
aux yeux de certaines gens, vous êtes une mauvaise mère, une mère dénaturée.
GALOUZOT.
Allons, allons , voilà ma soupe au lait qui s'emporte... Je ne te savais pas si savante en musique, voilà tout, et ma surprise est bien pardonnable... lorsque, comme moi , on a eu le bonheur d'épouser une rosière, car c'est bien une rosière que j'ai épousée, et une véritable. Tiens, je te vois encore avec ton petit costume villageois, la petite couronne de roses blanches, cheminant avec peine sur le bord de la route, lorsque moi, gros marchand for;iin , je me prélassais dans une bonne voilure... Ohé! la belle enfant, voulez-vous monter? — Ça n'est pas de refus, monsieur. — El d'où venez-vous donc avec ce joli costume? — De Saint-Remy. — Mais cette couronne. ? vous êtes donc rosière? — Oui , monsieur... Et c'était vrai , je possédais une rosière dans ma voilure; aussi , comme je sus saisir la circonstance, malgré tes cris, tes pleurs, je te conduisis directement à Paris, et un mois après lu étais Mn:e Galouzot-
Mme GALOUZOT.
Tout les jours la même histoire. .. c'est terrible , M. Galouzot.
GALOUZOT.
Oh! non , ce n'est pas une histoire, mais une belle et bonne vérité consacrée par les arts et surmontée de la couronne authentique... (Lui montrant le tableau.) Te voilà, me voilà, et la couronne aussi. Air de Turenne.
Depuis vingt ans à la poussière,