‹ Les trois loges, comédie-vaudeville en trois actes. Par MM. Clairville et Hostein. Représentée pour la première fois, à Paris, sur le théatre du Vaudeville, le 25 janvier 1845Chapitre 39 sur 69 · ACTE II, SCENE IX · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IX

COLOMBE

Kl c'est vous qui m'avez écrit cette lettre?

BOISFLEURY.

Qu'avez-vous donc, chère enfant ?

COLOMBE

Degiâce, monsieur, répondez -moi... Est-ce vous qui m'outragez ainsi?

BOISFLEURY.

Vous outrager, moi, voire ami !

COLOMBE

Olr! non, cela n'est pas... ei c'est moi qui vous insulie en vous soupçonnant l'auteur de cet indigne écrit.

BOISFLEURY.

Permettez, permettez, mademoiselle, j'ai peut-être exprimé trop vivement, d'une manière trop peu gazée... Écoulez donc , un propriétaire n'est pas un littérateur. Mais après tout, celte lettre est l'expression de mon amour, et peut-être devez vous quelque reconnaissance à votre protecteur.

COLOMBE

Vous, mon protecteur 1 Am :

Voire protection est bonne Et je conviens que ses effets sont grand*.

Mais pourquoi dire, je la donne?

Il fallait donc nie dire je la vends , C'est Ion amour qui paiera cet encens. J'aurais compris qu'on ne fait plus l'aumône Et j'aurais pu répondre avec mépris :

Ce nom, ce rang, ces fleurs, cette couronne,

Sont mille fois trop payés à ce prix.

Oui, j'aurais pu répondre avec mépris, Que vos bienfaits sont trop chers à ce prix. BOISFl.EURY.

Eh ! mais, voilà de la tragédie! Cette pose est ravissante, et décidément je me suis trompé ; l'Opéra n'esl pas son genre. Elle devait jouer les reines au Théâtre- Français.

COLOMBE

Monsieur, vous raillez avec trop d'esprit pour que je puisse entrer en lice avec vous ; d'ailleurs, le temps s'écoule, et je vais être obligée de continuer mon rôle... Croyez bien toutefois que je n'oublierai jamais votre généreuse protection , et que s'il est en mon pouvoir de m 'acquitter honorablement, aucun sacrilice ne me coûtera.

BOISFLEURY.

C'est votre dernier mot?...

On entend la cloche du régisseur.

COLOMBE

Vous voyez , monsieur , qu'il me serait impossible d'en ajouter beaucoup d'autres... j'ai besoin de me recueillir... (Saluant ) Pardonnez , si je vous prie de vouloir bien me laisser seule.

Page 1