‹ Les trois MarieChapitre 2 sur 25 · BRUXELLES · texte numérisé non relu

BRUXELLES

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LES

21 tou0 aux qui noue aiment.

Compagnons du devoir que nous sommes, pour qui le travail de la veille est le pain du lendemain , nous aussi nous avons entrepris de faire notre tour de France.

Gomme ce pâle et triste jeune homme que nous avons renconti^ sur la route, portant ses outils de bottier dans un sac, son mobilier roulé dans un chétif matelas, et allant demander au hasard l'ouvrage qui lui manquait à Paris, nous deux, chargés aussi d'un bien léger bagage , nous avons voulu savoir si 1 t

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rinspiration , cette mère nourrice qui nous taille la besogne, et que nous appelions en vain chez nous, ne nous attendait pas ailleurs. Que le Ciel bénisse le voyage du pauvre ouvrier bottier ; puisse-t-il , au bout du chemin, s'adresser juste à la porte où il sera bon pour lui de frapper ! Quant à nous, si nous avons (ait fausse route, qu*on nous le dise; d'ailleurs , que serait le plaisir de voyager, si Ton ne s'égarait pas quelquefois?

On nous a dit, la veille du départ, que le souvenir des amis qu'on a laissés là-bas s'efface à mesure que la distance augmente : c'est une erreur. Ceux que le voyageur aime lui sont bien plus présens à cent lieues qu'à cent pas; car le regret de leur absence se compte par le temps ajouté à l'espace.

A vous, nos amis, qui vous préparez peut-être à nous demander au retour pourquoi ce livre à deux ? pourquoi cette fusion forcée d'une double individualité dans une œuvre où être soi n'est pas même un mérite, mais bien une nécessité absolue, une condition d existence? A vous seuls- notre réponse; car pour les autres lecteurs, et que Dieu nous en donne! ils ne s'inquiéteront guère si le livre a été fait en fabrique, ou s'il est sorti tout palpitant de TefTort d'une seule pensée.

Deux hommes qui se sont fait une^si douce habitude de l'am^itié, que penser en commun est un be- ' soin pour eux, se sont rencontrés un jour le cœur plein d'une œuvre qui n'était point encore dans leur cerveau. — Je pars. — moi de même. — Où allezvous? — Je n'en sais rien.— Mon itinéraire est exac-

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tement le Tôtrc. — Je veux faire an livre. — C'est anssi mon intention. — Et quel ^t votre snjet? — Je n*en ai pas encore. — Ni moi. — En ce cas, par* tons ensemble.

Hait jours après, ce livre inconnu qu'ils allaient chercher au loin, se présentait à eux, dans le vague de l'imagination, sous trois formes gracieuses , qu'ils baptisèrent du même nom, afin de se rappeler que l'idée génératrice ne venait ni de l'un ni de l'autre, mais de tous deux*

Ainsi, chers amis, gardez- vous bien, en nous lisant, de vouloir découvrir ce qui fut écrit par celui-ci ou par celui-là ; déjà nous-mêmes nous l'avons oublié. £t puis, quand bien même votre justice distributive ferait deux parts égales de l'ouvrage pour placer un nom différent sur ces portions inséparables d'un tout^ si loyal que serait ce partage, vous ne donneriez pas encore à chacun de nous ce qui lui appartient. Vous êtes tous trop forts en arithmétiqœ pour ignorer que l'unité simple ne peut pas plus se diviser que se malti{dier par elle-même.

Vos ami»

l'autbde des mon maeib.

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