SCÈNE V
D'ALBRET, HENRI, BÉATRIX. (Béatrix sortant de L'appartement
à droite, Henri, d Albret, près de la tab'.e à gauche.)
BÉATRIX
Mon frère...
D'ALBRET lève la tète, aperçoit Béatrix, !a regarde, pousse un cri.
Ah!
BÉATRIX, à part, se soutenant à peine.
Lui!... d'Albret!...
HENRI, à d' Albret.
Qu'avez-vous?
d'albret.
Je vous le disais encore tout à l'heure, ma tête n'y est plus! Dans les traits si purs et si nobles de mademoiselle d'Aubigné, j'ai cru voir les siens à elle; je la vois partout.
HENRI, cacbant son trouble.
C'est qu'en effet il y a bien quelque chose.
D'ALBRET, vivement.
N'est-ce pas?
HENRI
Quelque ressemblance. . .
D'ALBRET, à part.
C'est-à-dire que plus je la regarde... plus la ressemblance me confond! (a Béatrix.) Pardonnez, mademoiselle, si tout à l'heure...
si dans ce moment encore... je ne peux me défendre, à votre vue, d'un trouble qui doit vous paraître étrange... et dont quelques mots vous donneront l'explication.
BÉATRIX
Je vous écoute, monsieur.
D'ALBRET, à part.
Le même son de voix ! (Haut.) Vous ressemblez beaucoup à une personne dont le nom, rapproché du vôtre, serait un outrage... malgré moi je l'aimais... je l'aime encore peut-être, vous le comprendrez sans peine, elle vous ressemblait.
Oui... par elle et pour elle monsieur d'Albret... a beaucoup souffert.
D'ALBRET, interrompant Henri.
Elle n'est plus... que tout lui soit pardonné... Dieu m'est témoin que je. ne lui reproche ni mon repos détruit, ni ma raison peut-être qui me fuit... je m'efforce de la retenir.
BÉATRIX, à part.
Ah ! je me sens mourir.
d'albret.
Et ce que jai demandé vainement à mon courage, je vous le demande à vous, mademoiselle.
BÉATRIX
A moi!...
d'albret.
Je suis Béarnais, comme vous; le château d'Albret est voisin de celui-ci... permettez-moi... si votre frère ne s'y oppose pas, de venir de temps en temps vous rendre ma visite... Je n'en abuserai pas, vous ne ferez pas attention à moi... vous ne m'adresserez, si vous le voulez, ni une parole, ni un regard... mais je vous regarderai... je vous verrai.
BÉATRIX
Monsieur...
d'albret.
Ne repoussez pas ma demande, qui, vous le voyez bien, est celle d'un insensé! Mais, grâce à vous, cet insensé peut cesser de l'être! près de vous il renaîtra à l'honneur, à la vertu, à l'estime de lui-même! à tous les bons sentiments... qu'il avait... qui ne sont pas perdus... qui ne sont qu'absents... et votre présence les lui rendra! Je m'arrête, et... j'attends votre réponse.