‹ Les trois Maupin;Chapitre 12 sur 125 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

HENRI, vêtu tiès-simplement } mais en gentilhomme^ D AL B RE T. HENRI, lui tendant la main.

Un ancien compagnon d'enfance.

Qui ne vous a pas vu depuis le château d'Albret ! et il y a longtemps que j'ai quitté le pays.

HENRI

Aussi, je ne VOUS aurais pas reconnu, (il offre un fauteuil à droite de la table et va chercher un siège. Ils s asseyent .)

d'albret.

Ni moi non plus !

1 D'Albret, Henri.

HENRI

Je le crois bien : moi, gentilhomme campagnard, végétant dans ce vieux château , et vous, brillant à la cour et à l'armée. Ah ! voilà un sort à envier ! Dans les camps, la vie de gentilhomme à l'as.saut, à la tranchée, aux coups de mousquet ; pendant les quartiers d'hiver, on a la paix , les délices de la cour, ses merveilles, ses bals, les carrousels et les beautés séduisantes auxquelles on est trop heureux de pouvoir consacrer sa vie et ses amours.

D'ALBRET

Vous avez quelque passion à la cour! vous êtes amoureux?...

HENRI

C'est vrai ! amoureux fou ! amoureux à en perdre la tête, d'albret.

De quelle beauté?...

/ HENRI, souriant.

Voilà ce que je ne puis vous dire ! Si je vous racontais, lorsque je pense à Versailles, tous les rêves que se crée de loin mon imagination, tous les tendres et galants souvenirs qui viennent m' assaillir en foule : quelle réunion de femmes charmantes! L'une, beauté célèbre, favorite adorée, y régnait autrefois par ses charmes, l'autre est dans tout l'éclat des siens; celle-ci, jeune et fraîche, brille à son aurore, c'est à ravir, à enivrer! et il me semble que, dans ce séjour enchanté, j'adorerais à la fois le passé, le présent et l'avenir.

d'albret.

Ah! ne parlez pas ainsi!

HENRI

Et pourquoi?...

d'albret.

D'abord parce que vous perdriez beaucoup de vos illusions... La cour du grand roi n'est plus ce qu'elle était jadis ; à llamour français, l'amour tendre, joyeux et galant, a succédé la dévotion, triste et sombre, qui domine, tout, envahit tout!...

HENRI

Que me dites-vous là?...

d'albret.

Un long voile de deuil s'étend sur tout le royaume et couvre de ses plis jusqu'à notre drapeau. Oui!... moi, officier... j'ai

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