‹ Les trois Maupin;Chapitre 13 sur 125 · ACTE I, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE VI

vu au camp de Compiègne les soldats de Condé, de Turenne et de Catinat... obéir au doigt d'une femme, qui, de sa chaise à porteurs, un bréviaire d'une main et un éventail de l'autre, commandait à nos escadrons : (ri so Uve avec indignation.) Mais, pardon! j'oublie à qui je parle... j'oublie que moi-même, attaché par mon oncle à la maison du duc du Maine, et chargé par madame de Maintenon d'une mission pour monseigneur Alberoni, je me rends en ce moment en Espagne.

HENRI, qui s'est aussi levé'.

C'est pour cela que vous traversez le Béarn? d'albbet.

Oui, et bien différent. de vous, j'ai retrouvé en revoyant nos montagnes, un bonheur... un air pur... un air de liberté... je respirais enfin. Et s'il m'était permis de rester ici!... Versailles ne me reverrait jamais!

HENRI

Vous n'y laissez aucun souvenir... aucun regret?...

d'albret.

J'ai vu toutes les dames de la cour, et n'en ai aimé aucune.

HENRI

C'est bien singulier... Moi, je n'en ai vu aucune, et je les aime toutes.

d'albret.

C'est peut-être pour cela! aussi je vous apporte une proposition qui, avec les idées que vous m'avez laissé voir, ne vou:'> séduira peut-être pas beaucoup... c'est ce qui fait que j'hésitJ à m'acquitter de mon message.

HENRI

Parlez!... pariez, de grâce!

d'albret.

Votre sœur, mademoiselle Béatrix d'Aubigné, qui est, m'at-on dit, malade, et qui ne peut me recevoir...

HENRI, aver embarras.

C'est vrai.

d'albret.

Avait écrit à madame de Maintenon, votre arriére et illustre cousine... une lettre...

20 LES TROIS MAUP1N

/ HENRI

Dont vous apportez la réponse?...

Madame de Maintenon, dans les affaires délicates, dans les affaires de famille, écrit le. moins possible. Mon oncle, le maréchal d'Albret, qui est très avant dans sa confiance, était chargé par elle de vous voir; mais sa santé, ainsi que mon voyage en Espagne, m'ont fait désigner pour cette mission. Madame de Maintenon promet, d'ici à un an, de marier votre sœur ; elle répond de son établissement, de sa fortune, de son avenir.

HENRI

C'est tout ce que je demande, et je bénis celle qui vous envoie... Que ma sœur soit heureuse, peu m'importe le reste. d'albret.

Elle passera cette année loin d'ici, loin de vous, dans un couvent de Bretagne, celui des dames de Sainte- Yvonne, à Morlaix, où mademoiselle Béatrix recevra l'instruction et la direction que madame de Maintenon désire lui donner.

HENRI

Peu importe! cela regarde ma sœur, je n'ai plus désormais à m'inquiéter de rien. Je trouverai bien à me faire tuer comme soldat, dans quelque régiment, dans le vôtre, monsieur d'Albret.

d'albret.

Cela ne dépend, par malheur, ni de moi, ni de vous, mon cher Henri. Madame de Maintenon, à qui votre sœur a parlé de vos talents, de votre jeunesse, a sur vous d'autres projets, des idées d'élévation et de grandeur, si toutefois, comme elle l'espère, vous acceptez ce qu'elle vous propose, et de votre acceptation, je ne vous le cache pas, dépend non-seulement votre .avenir, mais celui de votre sœur. .

HENRI

C'est accepté d'avance.

Attendez!...

Ah ! c'est exciter vivement ma curiosité ! Parlez, de grâce ! (voyant qu'il hésit».) Est-ce donc si difficile?...

Page 1