ACTE I, SCENE I
CATHERINE, avec inlcrit.
Vous croyez ?...
BÉATRIX
Il a été élevé par mon père clans des idées d'ambition et de gloire. Il est instruit et joli cavalier. L'équitation , la danse, les armes, tous les exercices d'un gentilhomme, lui sont familiers, et il passe sa vie à cultiver notre jardin, à labourer nos terres!... Un gentilhomme en sabots!...
CATHERINE, vivement.
Ce n'est pas là ce qui me déplairait... (se reprenant.) Pour lui... ma marraine; car, après tout, s'il est heureux!
BÉATRIX
C'est qu'il ne l'est pas! L'autre jour, il se croyait seul dans le salon... mais du jardin, je l'avais aperçu, et je le suivais des yeux !... Lui ne me voyait pas, -il ne voyait rien! Il marchait la tête baissée et plongé dans ses réflexions. Arrivé devant la grande cheminée, où est accrochée l'épée de mon père, il la détacha avec respect, et contemplant tour à tour ses habits de paysan et cette épée de gentilhomme qu'il venait de tirer du fourreau, il se mit à fondre en larmes... et moi je m'enfuis en pleurant comme lui. Depuis ce jour, Catherine, iln'y a plus de bonheur pour moi! (Elle se lève.)
CATHERINE, secouant la tète.
Oui, je comprends, pour notre nom, pour nos aïeux... tenir une ferme est quasiment une honte! une honte qui, du reste, diminue chaque jour; car successivement tout a été vendu, les chevaux, les bestiaux, les volailles; il ne reste rien.., rien!...
BÉATRIX
Ah ! mon Dieu !
CATHERINE, se levant.
D'un autre côté, vous m'avez défendu de dire à votre frère que peu à peu vous vous étiez défaite de toutes vos dentelles, robes et ajustements de soie qui vous venaient de votre mère... Il ne sait pas non plus que nous travaillons une partie de la nuit à ces lainages que nous faisons vendre en secret dans la ville de Pau.
BÉATRIX, tristement.
Et si, comme je le crains bien... ça ne peut suffire...
CATHERINE, avec chaleur, allant à Beatrix.
Je me mettrai en journée; je travaillerai pour vous deux.
BÉATRIX. Toutes deux descendent.
Non, non, nous n'en sommes pas encore là, je l'espère; il y a une de nos parentes, comme toi bien éloignée, à qui Henri ne voulait pas faire connaître notre situation... et moi, malgré ses ordres, je lui ai écrit.
CATHERINE
Quelle est cette parente?...
Une d'Aubigné, qui, comme nous, a connu d'abord la gêne et la misère; car elle a vu le jour dans une prison, à Niort, où ses parents étaient renfermés, et, dans sa jeunesse, elle a aussi gardé des troupeaux dans une ferme.
CATHERINE
Voyez-vous ça!... Et à présent?...
BÉATRIX
A présent, elle est reine de France !
CATHERINE
Qu'est-ce que vous me dites là, ma marraine!... une d'Aubigné!...
BÉATRIX
Qu'on appelle aujourd'hui madame de Maintenon.
CATHERINE
Elie était donc bien jolie... bien jeune?...
BÉATRIX
Le roi était bien vieux, bien épris, et il l'a épousée en secret.
CATHERINE
Et par ainsi, le roi est notre cousin?...
BÉATRIX , souriant.
Parenté qui flatte peu sa femme ! souvenir que j'ai eu probablement tort d'évoquer, car depuis un mois que j'ai écrit... je n'ai pas reçu de réponse.
CATHERINE
De Pau à Versailles, il y a loin ! Il faut, dit-on, seize ou dixhuit jours pour le moins !... -