ACTE II, SCENE III
malade... » En effet, elle avait été quelque temps sans jouer, sans chanter... j'ai pensé mourir... enfin hier... Sabine que j'ai vue...
LA DUCHESSE
Où donc ?
D'ALBRET
Mais je passe ma vie sous ses fenôtrec! Elle a loué chez un des gardes de la porte une peîitc maison toute modeste, qui donne d'un côté sur le parc, et de l'autre...
C'est bien.
d'albret.
Enfin, Sabine m'a dit : «Demain, à deux heures, nous irons, en sortant delà répétition, nous promener dans l'Orangerie... » Et il n'est encore que midi; concevez-vous cela?... Voilà, madame, comment, depuis hier, j'attends, je meurs de crainte, d'espoir et d'impatience.
LA DUCHESSE
Pauvre jeune homme !...
d'albret.
Parlez, maintenant, ai-je tort?
LA DUCHESSE
Non, c'est votre oncle. Après cela, comme il m'a chargée de vous donner un conseil, en voici un : c'est de ne pas prendre les choses si au sérieux et si au tragique que vous le faites. L'amour, c'est le vrai, c'est la réalité, c'est l'histoire ; les grandes passions... c'est le roman, le roman qu'on trouve absurde après l'avoir lu, surtout quand on n'était pas seul à le lire.
d'albret.
Que dites-vous ?
LA DUCHESSE
Ce n'est pas pour vous irriter, au contraire, c'est pour vous calmer, vous modérer... mais on m'a assuré que vous aviez peur rival le président de Noyori.
d'albret.
Allons donc!...
LA DUCHESSE
Et de plus, le duc de Navailles.
d'albeet.
C'est impossible!... lui! votre mari!...
LA DUCHESSE
Mettez-y le même sang-froid que moi... Voyez, examinez... Quant à votre oncle, il n'est pas si ridicule , si moral que vous le croyez... Il n'est qu'ambitieux et me disait à moi-môme : « Pourvu qu'on l'iguore, pourvu que mon neveu se cache...»
d'albret.
Est-il possible !
LA DUCHESSE
C'est tout ce qu'il demande ; pour cela, il ne faut pas passer votre vie sous les fenêtres de mademoiselle Maupin, ni vous promener aujourd'hui dans l'Orangerie jusqu'à deux heures à l'attendre.
d'albret.
Vous croyez?...
LA DUCHESSE
Et pour vous occuper d'ici là, j'ai un service à vous demander.
d'albret.
Ah ! que vous êtes bonne... parlez, parlez... de grâce...
LA* DUCHESSE
Le régiment de Berri, régiment de dragons, est en ce moment à Versailles, arrivé de Flandre depuis huil jours. d'albret.
Oui, madame. ■
LA DUCHESSE
Dans ce régiment, il y a un jeune officier qui m'est généreusement et galamment venu en aide. C'est une histoire trop longue à vous raconter ; mais j'ai appris hier que pour m'avoir rendu cesersice, on l'avait condamné à huit ou dix jours d'arrêt, dont il a déjà subi une partie. Le colonel est inflexible, mais le secrétaire d'État de la guerre, Voysin, qui n'a rien à me refuser, m'a promis pour ce matin sa liberté. Voyez si on m'a tenu parole, si on s'en est occupé... voici son nom. d'albret.
Oui, madame. (Regardant le nom.) D'Aubigné !...
LA DUCHESSE
Vous le connaissez?...