ACTE II, SCENE III
connaissance de la ville et de la cour une liaison qui n'est encore qu'à l'état de soupçon... votre avancement... votre avenir, se trouveraient compromis à jamais!
d'albret.
Et que m'importe... madame...
LA DUCHESSE
Votre oncle vous retirerait son héritage, madame de Maintenon sa protection.
d'albret.
Et vous, madame, votre estime.
LA DUCHESSE, souriant,
Mon estime... elle est à vous... je vous la donne.
d'albret.
Que dites-vous?
LA DUCHESSE
Que dans cette cour... il n'y a que vous de brave et cle vraiment gentilhomme... honneur, fortune, ambition, vous sacrifieriez tout...
d'albret.
Pour être aimé... et je ne le suis pas.
LA DUCHESSE
Ce que vous m'apprenez là est fabuleux... vous aimez seul?...
d'albret.
Moi?... je la déteste... je la maudis... je rougis de moimôme... je veux la fuir... l'oublier... et je ne le puis pas.
LA DUCHESSE
Mais c'est bien... c'est très-bien... ce que vous me dites là.
Qu'entends-je?...
LA DUCHESSE
Non pas que ce ne soit beaucoup d'amour dépensé pour une femme de ce genre-là, un amour qu'on pouvait peutêtre mieux employer... mais enfin, c'est de l'amour!... et il est si rare à présent... que partout où il se montre on lui doit encouragement et protection... Voyons., racontez-moi tout cela... Comment cette passion est-elle née? d'albret.
C'est inexplicable. Je revenais d'une mission qui m'avait re-
tenu plus de trois mois en Espagne, mission qui m'avait valu des récompenses de notre cour... lorsque je vis et j'entendis pour la première fois mademoiselle Maupin à l'Opéra. J'en avais entendu parler à Madrid comme d'une femme hardie, excentrique.*., et ce portrait ne ressemblait en rien à celui que j'avais là devant mes yeux... Je ne parle pas de sa voix et de sa beauté> mais de sa noblesse et de sa distinction... et plus tard... quand j'obtins quelquefois, non sans peine, la permission de la voir... son esprit, ses manières, sa conversation me charmèrent; un tact, une convenance, un parfum de modestie et d'honnêteté qui forcent l'admiration ou l'amour à se changer en respect.
LA DUCHESSE
Allons donc!...
D'A LB RE T
Quoique riche par ses appointements, la plus stricte économie règne dans son habillement... dans son logement qu'elle partage avec une jeune femme, sa compagne, qui ne la quitte pas, et quant à sa conduite qui, en Espagne, m'a-t-on dit, était quelque peu légère, elle est ici d'une sévérité et d'un rigorisme inexplicable...
Et exceptionnel... qu'elle a cru devoir à Versailles... ou plutôt à vous, monsieur le comte.
d'albret. ,
Oui, vous avez raison... c'est pour me tromper... m'abuser... car, vous le dirai-je... parfois j'ai cru voir qu'elle devinait mon amour, et qu'elle n'y était pas insensible... et le lendemain elle me fuyait... m'évitait... elle refusait de me voir... Enfin, las de tant d'incertitudes, j'osai lui écrire, me déclarer.
LA DUCHESSE
Eh bien?...
d'albret.
Eh bien, depuis ce jour, sa porte m'a été fermée,. je ne l'ai plus revue. Sabine, sa femme de chambre, son amie... que j'ai rencontrée il y a quelques jours, m'a dit avec un air de tristesse et de bonté... car elle s'intéresse à moi: «Ah! monsieur le comte, qu'avez-vous fait?... ma maîtresse est