SCÈNE II
BEATRIX, entrant \hemout, son masqua à la main; SABINE, courant à elle.
SABINE
Eh ! mon Dieu ! qu'avez-vous, mademoiselle?
BEATRIX
0 ma bonne et fidèle Sabine!... tout est perdu... tout nous
accable à ia fois. (Elle s'assied sur le canapé.)
SABINE, s'asseyant p^ès d'elle sur une chaise.
Un événement?... Voyons... voyons, calmons-nous... Au théâtre, une chute ne prouve rien... et n'est souvent que la veille d'un succès! Racontez-moi par ordre tous vos malheurs.
Mon frère... le comte d'Aubigné, est à Versailles.
6G LES TROIS MAUP1N
SABINE
On vous a trompée !
BÉATRIX
Je l'ai vu... Il sera ici dans une heure.
SABINE
Eh bien !
BÉATRIX
Eh bien! tous mes projets sont renversés. J'espérais retourner dans notre Béarn, et m'y ensevelir à jamais, sans que Henri se doutât de ce que nous aurions fait pour lui.
SABINE
Eh bien! il le saura!... Où est le mal de lui apprendre que liberté, fortune et gloire, il doit tout au talent, à l'affection de sa sœur?... Il se dévouait pour vous, vous en avez fait autant pour lui... Il n'a rien à dire... c'est lui qui a donné l'exemple.
BÉATRIX
Et maintenant, dans la position qu'il occupe... c'est la honte, le déshonneur pour lui, si ce secret est connu.
SABINE
Qui pourrait le trahir?... Nous deux et lui le posséderons seuls.
Et si une nouvelle discussion s'élève avec monsieur Campra et l'Opéra?...
SABINE
Il ne peut plus y en avoir... Votre second engagement, souscrit par moi et exécuté par vous, est expiré depuis huit jours... Vous êtes libre, et vous partez demain pour l'Allemagne, la Suède, la Laponie... C'est ce que je viens cà l'instant même d'écrire à monsieur Campra, de ma blanche main, car c'est moi qui ai la plume et la signature.
BÉATRIX. -
Mais, monsieur Je Duc... monsieur le Président... ah! c'est bien mal!... à qui, sans m'en prévenir, tu avais fait des promesses...
SABINE. Elles ?c lèvent.
Eau bénite de cour... seule dépense dans notre état qui ne ruine pas...