ACTE III, SCÈNE VIII
que mademoiselle Maupin est au bal... ce qui nous permet de quitter Versailles à l'instant môme, sans être soupçonnées et poursuivies... Monsieur le Président, qui va accourir en bonne fortune, apprendra que madame est au bal et y restera toute la nuit, grâce à Hubert, qui m'est déjà dévoué, et dont nous continuerons le dévouement à prix d'or s'il le faut ; demain, madame dormira, sera fatiguée, ne recevra pas; aprèsdemain et môme le jour suivant, madame sera malade des suites du bal..,Trois ou quatre jours et quatre nuits que nous gagnons avant que notre fuite soit connue.
HENRI, gaiement.
Elle a raison !
SABINE, de même.
Laissez-moi achever. Monsieur Henri reste à Versailles avec son régiment, ne sachant rien, et s'étonnant comme tout le monde de la disparition de la Maupin. Pendant ce temps, nous courons en Bretagne, vous emmenez mademoiselle Catherine, vous vous réfugiez avec elle au château de Gouraze, au fond du Béarn, où vous redevenez pour tout le monde et pour vous-même mademoiselle Béatrix d'Aubigné : vous n'avez jamais été autre chose.
BÉATRIX
Et toi, Sabine, toi?...
SABINE
Moi! soyez tranquille! je vous ai dit que j'avais presque retrouvé de la voix et du talent, je quitterai la France, et dés qu'un journal aura écrit de Vienne, de Stockholm ou de Copenhague... La Maupin vient de paraître sur notre théâtre, vous êtes sauvés!... Dans ce conflit, dans cette bagarre de Maupin, trois Maupin!... personne ne pourra plus se reconnaître, pas même mon mari, que je ne crains plus (à Béatrix) dès que je n'ai plus à craindre pour vous, (a Henri.) Vite à votre toilette 1 !
Oh! notre ange gardien!...
HENRI
Notre salut !
1 Sabine, Henri, Béatrix.
SABINE, lui passant le domino.
Et votre femme de chambre... (Montrant Be'atrix qui raide.) Que dis-je?... deux femmes de chambre... Aussi, ce ne sera pas
long ! (a. Henri qui veut nouer la ceinture du domino.) Non ! laissez la
robe flottante.
BÉATRIX
Oui I pas de ceinture qui dessine la taille !
SABINE
Pas de coquetterie !
BÉATRIX
Et les gants blancs... et le masque, surtout!
SABINE
Comme cela... on ne vous voit pas! Vous êtes charmant! partez !
BÉATRIX
Et puis, en montant en carrosse, baisse la tête... fais-toi petit1...
HENRI, qsi pendant ce temps a mis ses gants.
Soyez tranquilles; mais si je ne dois plus vous retrouver ici, embrassons-nous, sœur.
SABINE
Et moi, monsieur le COmte ! (Henri embrasse les deux femmes, q'.i le reconduisent jusqu'à la petite porte et lui parlent encore quand il a dispiru.)