ACTE I, SCENE III
que je te faisais obtenir une compagnie... que tu devenais capitaine de dragons...
HENRI
Que je me battais... que j'étais blessé,..
Que tu enlevais un drapeau.,.
HEXRI, passant vivement*.
Et que toutes les marquises de Versailles disaient : C'est lui!... le jeune capitaine !...
BÉATRIX
Tu penses donc aux marquises?
HEXRI, avec ardeur.
Si j'y pense!... (se reprenant.) Non, non; je n'y pense pas; je ne songe qu'à notre procès.
BÉATRIX
Ah! notre procès...
HEXRI.
Tu le crois perdu?.... Eh bien, tiens, je voulais te réserver une surprise; mais je n'en ai ni le -courage ni la patience. Un de nos grands parents, Agrippa d'Aubigné, mort sans enfant, avait rapporté de la Martinique une fortune immense, dont mon père, qui était de la religion protestante,, avait été pour cette cause injustement exclu. C'est ce procès , commencé par lui, continué par nous, qui nous a ruinés; après dix ans de plaidoiries, arrêt du Châtelet qui nous condamne. Mais monsieur Bonvoisin , un honnête procureur , car tout est extraordinaire dans cette affaire, un honnête procureur au parlement, un vieil ami de mon père, m'écrit dernièrement que la magistrature a été indignée de cet arrêt, et que si nous en appelons au parlement, nous sommes sûrs de gagner, qu'il en répond, qu'il avancera même une partie de l'argent nécessaire. Je lui donne tout pouvoir, l'affaire est entamée... et d'un jour à l'autre j'attends de ses nouvelles. Voilà ce grand secret que, pour l'épargner encore une déception, je ne voulais t'apprendre que le lendemain de la réussite. Mais tu le vois, sœur, je ne peux rien te cacher.
1 Henri, Béalrir.
n LES TROIS MAUPIN
BÉATRIX
Eh bien, ni moi non plus. J'ai écrit à madame de Maintenon, à Versailles.
HENRI
Qu'as-tu fait?...
BÉATRIX
Je lui ai appris ce qu'elle ignorait sans doute; que pendant qu'elle vivait dans les splendeurs, il y avait au fond des Pyrénées un arrière-petit cousin à elle, Henri d'Aubigné , un gentilhomme qui demandait à employer, au service du roi, des jours qu'allaient consumer la misère et la faim.
HENRI
Un pareil aveu!... nous... nous!... mourir de faim!... quelle honte!...
BÉATRIX
Et pourquoi donc?... La honte n'en est pas à nous, mais à elle, qui, d'un mot peut l'empêcher.
HENRI
Et cette lettre est partie?...
BÉATRIX
Depuis dix-huit jours... et, comme toi, j'espère une réponse qui se fait attendre... j'en conviens, mais qui ne peut manquer d'être favorable... et aujourd'hui, peut-être, jour du courrier de France en Espagne...