‹ Les trois mousquetaires. Illustrés (volume 2)Chapitre 16 sur 46 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

l'l^TIUGOE SK NOUE.

Sa visite faite à M. de Tréville, d'Artagnan prit, tout pe:isif, le plus long pour rentrer chez lui.

A quoi pensait d'Artagnan, qu'il s'écartait ainsi de sa roule, regardant les étoiles du ciel et tantôt soupirant, tan tôt souriant ?

Il pensait à madame Bonacieux. Pour un apprenti mousquetaire, la jeune femme était presque une idéalité amoureuse. Jolie, mystérieuse, initiée à bon nombre de secrets de la cour, qui reflétaient tant de charmante gravité sur ses traits gracieux, elle était soupçonnée de n'être pas insensible, ce qui est un attrait irrésistible pour les amants novices; de plus, d'Artaguiui l'avait délivrée des mains de cet démons qui voulaient la fouiller et la maltraiter, et cet important service avait établi entre elle et lui un de ces sentiments de reconnaissance qui prennent si facilement un plus tendre caractère

D'Artagnan se voyait déjà, tant les rêves marchent vile sur les ailes de l'imagination, accosté par un messager d ■ la jeune femme qui lui remettait quelque billet de rendezvous, une chaîne d'or ou un diamant. Nous avons dit que les jeunes cavaliers recevaient sans honte de leur roi; ajou. tous qu'en ce temps de facile morale ils n'avaient pas plus fie vergogne à l'endroit de leurs maîtresses, et que cellesci leur laissaient près ijne touiours de orécieux et durahi«»

LKS Tl'.OlS MOUSQUETAIIIES.

louvenirs, comme si elles eussent essayé de conquérir Ih fradlité de leurs sentiments par la solidité de leurs dons. On faisait alors son chemin par les femmes sans en rougir. Celles qui n'étaient que belles donnaient leur beauté, et de là vient sans doute le proverbe que la plus belle fille du monde ne peut donner que ee qu'elle a. Celles qui étaient riches donnaient en outre une partie de leur argent, et l'on pourrait citer une foule de héros de cette ^nlinle éiioqve qui n'eussent ga<;ne m leurs éperons d'abord, ni lenrs banillos'fnsuite, sans la bourse plus ou moins garnie que leurs maîtresses attachaient à l'arçoo de leur selle.

D'Arlagnan ne possédait rien ; l'hésitation du provisoisj, vernis léger, fleur éphémère, duvet de la pêche, s'était évaporée au vent des conseils peu oitlioJoxes que les trois mousquetaires donnaient à leur ami. D'Artagnan, suivant l'étrange coutume du temps, se regardait à Paris comme en lampagne, et cela ni plus ni moins que dans les Flandres : riîs|iagnol là-bas, la femme ici. — C'était partout un ennemi-né à comb.ittre, des contributions à frapper.

Mais, disons-le, pour ce moment, d'Artagnan était mù d'un sentiment plus noble et plus désintéressé. Le mercier lui avait dit qu'il était riche; te jeune homme avait pu de-

D'un tour de doigt, d'Artagnan remit la pendule- i son heur<!. — ('agi 54.

viner qu'avec un niais comme l'était H. Bonacicuz ce devait être la femme qui tenait la clef de la bourse. Mais tout cela n'avait influé en rien sur le sentiment produit par la vue de madame Bonacieux, et l'inlérél était resté à peu prés étranger à ce commencement d'amour qui en avait été la •uite. Nous disons à peu près, car l'idée qu'une jeune femme, belle, gracieuse, .spirituelle, est riche en même temps, n'ôlc rien à ce commencement d'amour, et, tout au contraire, le corrobore. Il y a dans l'aisance une foule de soins el rf" caprices aristocratiques qui vont bien à la beauté. Un bat Cil l'i blanc, une robe de soie, une guimpe de dentelle.

un joli soulier au pied, un frais ruban sur la tête, oc (nni

rioint jolie une femme laidi;, mais font belle une femme io ie; sans compter les mains qui gagnent à tout cela; les mains, chez les femmes suiUiul, ont besoin de rester oisives pour rester belles.

Puis d'Artagnan. coiiiini' le saiî très-bien le lecteur, auquel nous n'avons pas caché l'état de sa fortune, d'Artagnan n'était pas un niillioniiaire; il espérait bien le devenir un jour; mais le tciniis qu'il se fixait lui-même pour cet heureux thaiigcmoni était assez éloigné. Eu attuinlaiit, quel ' désespoir que de voir une femme qu'on aime désirer ctr

LES THOIS MOUSQUETAIRES.

raille riens dont les femmes composent leur bonheur, et de ne pouvoir lui donner ces mille riens. Au moins, quand la femme est riche et aue l'amant ne l'est pas, ce qu'il ne peut lui offrir, elle se l'offre elle-même; et quoique ce soit ordinairement avec l'argent du mari qu'elle se passe cette jouissance, il est rare que ce soit à lui qu'en revienne la reconnaissance.

Puis d'Arlaenan, disposé à être l'amsot le plus tendre, était en attenaant ami trés-dé»oué. Au milieu de ses projets amoureux sur It femme du mercier, il n'oubliait pas les sitQi. La jolie madame Bonacieui était femme .i prome-

ner dans la plaine Saint-Denis ou dans la foire Saint-Germain en compagnie d'Athos, de Porthos et d'Aramis, auxquels d'Arlaguan serait fier de montrer une telle conquête. Puis, quand on a marche longtemps, la faim arrive; d'Artagnan, depuis quelques heures, avait remarqué cela. On ferait de ces petits dîners charmants où l'on touche d'un côté la main d'un ami, et de l'autre le pied d'une maîtresse. Enfin, dans les moments pressants, dans les positions extrêmes, d'Artagnan serait le sauveur de la société.

Et M. Bonacieux, crue d'Artagnan avait poussé dans les mains des sbires en le reniant bien haut, et à qui il avait

'*V Xj . ^.rî.

Uadame Bonacieui.

Drnmis tout bas de le sauver ? Nous devons avouer à nos lecteurs que d'Artagnan n'y songeait en aucune façon, ou que, s'il y songeait, c'était pour se dire qu'il était irés-bien où il était, quelque part qu'il fût. L'amour est la plus égoïste de toutes les passions.

Cependant que nos lecteurs se rassurent : si d'Artagnan oublie son hôte ou fait semblant de l'oublier, sous prétexte qu'il ne sait pas où on l'a conduit, nous ne l'oublions pas, aous, et nous savons où il est. Mais pour le moment faisons :omme le Gascon amoureux. Quant au digne mercier, nous Tîviendrons à lui plus tard.

D'artagnan, tout en réfléchissant à ses futures amour», tout en parlant à U nuit, tout en souriant aux étoiles, r&montait la rue du Cherche-Midi ou Chasse-Midi, ainsi qu'on l'appelait alors. Comme il se trouvait dans le quartier d'Aramis, l'idée lui était venue d'aller faire une visite à son ami pour lui donner quelciues explications sur les motifs qui lui avaient fait envoyer Planchât avec invitation de se rendre immédiatement à la souricière. Or, si Aramis s'était trouvé chez lui lorsque Planchet y était venu, il avait sans aucun doute couru rue des Fossoyeurs, et, n'y trouvant personne que ses deux autres compagnons peut-être, ils n'avaient d4

ssToir, ni les uns ui les autres, ce u-e cela voulait dire. Ce dérangement méritait donc une explication; voilà ce que se disait "tout haut d'Artagnan.

Puis tout bas i! pensait que c'était pour lui une occasion de parler de la jolie petite madame Bonacieux. dont son esprit, sinon son cœur, était déjà tout plein. Ce n'est pts à propos d'un premier amour qu'il fautdemander de la discrétion, ce premier amour est accompagné d'une si grande 'oie qu'il faut que cette joie déborde, sans cela elle tous étouflerait.

Paris depuis deux heures était sombre et commençait é «e faire désert. Onze heures sonnaient à toutes les horloges du faubourg Saint-Germain, il faisait un temps doux, d'Artagnan suivait une ruelle située sur l'emplacement ou passe aujourd'hui la rue d'Assas, respirant les émanations emb^Mimées c[\\\ venaient avec le vent de la rue de Vaugirard el qu'envoyaient les jardins rafraîchis par la rosée du soir el par la brise de la nuit. Au loin résonnaient, assourdis cependant par de bons volets, quelques cabarets perdus dans la plaine. Arrivé au bout de la ruelle, d'Artagnan tourna à gauche. La maison qu'habitait Aramis se trouvait située entre la rue Cassette et la me des Jardins-Saint-Sulpice.

D'Artagnan venait de dépasser la rue (.'assette et recon- •jaissait déjà la porte de la maison de son ami, enfouie sous lin massif de sycomores et de clématites qui formaient un vaste bourrelet au-dessus d'elle, lorsqu'il aperçut quelque chose comme une ombre qui sortait de la rue des' Jardins. Ce quelque chose était enveloppé d'un manteau, et d'Artagnan crut cl'abord que c'était un homme; mais à la petitesse de la taille, à l'incertitude de la démarche, à l'embarras du pas. il reconnut bientôt une femme. De plus, cette femme, comme si elle n'eût pas été sûre de la maison qu'elle "berchait, levait les yeux pour se reconnaître, s'arrêtait, retournait en arriére, puis revenait encore. D'Artagnan fut intrigué.

— Si j'allais lui offrir mes services! pensa-t-il. A son allure, on voit qu'elle est jeune; peut-être est-elle jolie. Oh I oui. Mais, une leinme qui court les rues. ,i cette heure, ne sort £;uere que pour aller rejoindre son amant. Peste! si j'allais troubler un rendez-vous, ce serait une mauvaise porte pour entrer en relation.

Cependant la jeune femme s'avançait toujours, comptant les maisons et les fenêtres. Ce n'était, au reste, chose ni longue ni difficile. Il n'y avait que trois hôtels dans cette partie de la rue, et deux fenêtres ayant vue sur cette rue , l'une était celle d'un pavillon parallèle à celui qu'occupait Aramis, l'autre était celle d'Aramis lui-même.

— Pardieu, se dit d'Artagnan, auquel la nièce du théologien revenait à l'esprit; pardieu, il serait drôle que cette colombe attardée cherchât la maison de notre ami. Mais, sur mon âme, cela y ressemble fort. Ah! mon cher Aramis, pour cette fois, j en veux avoir le cœur net.

Et d'Artagnan, se faisant le plus mince qu'il put, s'abrita dans le côté le plus obscur ae la rue, prés d'an banc de pierre situé au fond d'une niche.

La ieune femme continua de s'aTancer, car, outre la légèreté de son allure qui l'avait trahie, elle venait de faire entendre une petite toux qui dénonçait une vnix des plus fraîches. D'Artagnan pensa que cette toux était un signal.

Cependant, soit qu'on eiit répondu a cette toux par un 'igné équivalent qui avait fixé les irrésolutions de la nocturne ctiercheuse, soit que «ans secours étranger elle eût reconnu (qu'elle était arrivée au bout de sa course, elle s'approcha résolument du rolel d'Aramis et frappa trois fois ;i intervalles éf^ux avec son doigr recourbé.

— C'est bien chei Aramis, murmura d'ArUignan. Ah! monsieur rhvpocrite, je vous y prends à faire de la théolnjjie :

l>es trois coups étaient à peine frappés que la croisée intérieure s'ouvrit et qu'une lumière parut à travers les vitres du volet

— Ah ! nt\ '. lit l'écouteur non pas aux portes mais anx fenêtres, (.n I ah ! la visite était attendue. Allons, le volet va «'ouvrir et la dame entrera par escalade. Tres-bieii !

Mais, nu grand étoniicment de d'Artagnan, le volet resta ferme. De plus, la lumière qui avait llambové un instant disparut et toiit rentra dans l'obscurité.

Il Arlagnan pensa que cela ne pouvait durer ainsi i'; con-

tinua de regarder de tous ses yeux et d'écouter de toutes ses oreilles.

Il avait raison : au bout de quelques secondes deux coups secs retentirent dans l'intérieur.

La jeune femme de la rue répondit ptr un seul coup et l8 Tolet s'ouvrit.

On juge si d'Artagnan regardait et écoulait avec avidité.

Malheureusement la lumière avait été transportée dam ail autre appartement. Mais le» veux do jeune homme s'étaient habitués à l'obscurité. D'ailleurs les veux des Gascons ont, à ce qu'on assure, comme ceux des cnats, la propriété de voir pendant la nuit.

DArtaçnan vit donc que la jeune femme tirait de lapuche un objet Diane qu'elle déploya vivement et qui f>rit la forme d'un mouchoir. Cet objet déployé, elle en fit remarquer le coin à son interlocuteur.

Cela rappela .i d'Artagnan ce mouchoir qu'il avait trouve aux pieds de madame Èonacieux, lequel lui avait rappelé celui qu'il avait trouvé aux pieds d'Aramis.

Que diable pouvait donc signifier ce mouchoir'/

Placé ou il était, d'Artagnan ne pouvait voir le visage d'A ramis, nous disons d'Aramis, parce que le jeune homme ne faisaiiaucun doute que ce fût son ami qui dialoguait de l'intérieur avec la dame de l'e.xtérieur ; la curiosité l'emporta donc sur la prudence, et, profitant de la préoccupation dans laquelle la vue du mouchoir paraissait plonger les deux personnages que nous avons mis en scène, il sortit de sa cachette, et, prompt comme l'éclair, mais étoull'ant le bruit de ses pas, il alla se coller à un angle de la muraille, d'où son œil pouvait parfaitement plonger dans l'intérieur de l'appartement d'Aramis.

Arrivé là, d'Artagnan pensa jeter un cri de surprise : ce n'était pas Aramis qui causait avec la nocturne visiteuse, c'était une fentme. Seulement, d'Artagnan y voyait assej pour reconnaître la forme de ses vêtements, mais pas asse» pour distinguer ses traits.

Au même instant, la femme de l'appartement tira un second mouchoir de sa poche et l'échangea avec celui qu'on venait de lui montrer. Puis quelques mots furent prononcés entre les deux femmes; enliii, le volet se referma, la femme qui se trouvait à l'extérieur de la fenêtre se retourna et vmt passer à quatre pas de d'Artagnan en abaissant la coiffe de sa mante; mais la précaution avait été prise trop tard, d'Artagnan avait reconnu madame Bonacieux.

Madame Bonacieux! Le soupçon que c'était elle lui avait déjà traversé l'esprit, quand elle ava^t tiré le mouchoir de sa poche; mais quelle probabilité que madame Bonacieux,

3111 avait envoyé chercher M. Laporte pour se faire reconuiri; par lui an l.aiivrr. courût les rues de Paris seule, à onze heures et demi;; du soir, au risque de se faire enlever une seconde fois.

Il fallait donc que ce fût pour une affaire bien importante ; et quelle est l'affaire importante d'une femme de vingt-cinq ans'.' L'amour.

Mais était-ce pour son compte ou pour le compte d'une autre personne qu'elle s'exposait à de semblables hasards'/ Voilà ce que se demandait à lui-même le jeuiu> homme, que le démon de la jalousie minJait déjà au cœur ui plus ni moins qu'un amant en titre.

il avait, au reste, un moyen bien simple de s'assurer où allait madame Bonacieux : c'était de la suivre. Ce moyet; était si simple, que d'Artagnan l'employa toutotturellemcnt et d'instinct.

Mais, à la vue du jeune homme qui se détachait de la muraille comme une statue de sa niche, et au bruit des pas C|u'elle entendit reteutir derrière elle, madame Bonacieux jeta un petit cri et s'enfuit.

D'Artagnan courut après elle. Ce n'était pas une chose difficile pour lui que de rejoindre une feinnie embarrassée dans son manteau, il la rejoignit donc au tiers de la rue dans laquelle elle s'était engagée. La malheureuse était épuisée, non pas de fatigue, mais de torn'.iir, et, quand d Artagnan lui posa la main sur l'épaule, elle tomba sur un genou eu criant d'une voix élrani^lée :

— 'fuez-iiiDi si vous voulez, mais vous ne saurez rien.

D'Artagnan la releva en lui passant le bras autour de la taille; mais, comme il sentait à .son poids (|ii'elle était sui le point de se trouver mal, il s'empressa de la rassurer par éêi iinilrstntlnno de dévoue, .-lenl. Ces prnlcsiations n'étaient

J-A.3E/.UCt

Tuez-moi si vous voulez, mais vous ne saurez rien.

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rien pour madame Bonacieux, car de pareilles proteslittions peuvent se faire avec les plus mauvaises intentions du monde , mais la voix était tout. La jeune femme crut reconnaître le soFi de cette voi.t; elle rouvrit les yeux, jeta un regard sur l'Iiomine qui lui avait fait si grand'peur. et, reconnaissant d'Arlagiinn, elle poussa un cri de joie.

— Oh! c'est vous, c'est vous, dit-elle ; merci, mon Dieu !

— Oui, c'est moi, dit d'Artagnan, moi que Dieu a envoyé pour veiller sur vous.

— Etait-ce dans cette intention que vous me suiviez? demanda avec un sourire plein de coquetterie la jeune femme, dont le caractère un peu railleur reprenait le dessus, et chez laquelle toute crainte avait disparu du moment où elle avait reconnu un ami dans celui qu'elle avait pris pour un ennemi.

— Non, dit d'Artagnan, non, je l'avoue, c'est le hasard qui m'a mis sur votre route; j'ai vu une femme frapper à la fenêtre d'un de mes amis.

— D'un de vos amis? interrompit madame Bnnacieui.

— Sans doute, Aramis est de mes meilleurs amis.

— Aramis? qu'est-ce que cela?

— Bon ! allez-vous me dire maintenant que vous ne connaissez pis Aramis.'

— C'est la première fois que j'entends prononcer ce nom.

— D'est donc la première fo's «ue vous venez à cette maison ?

— Sans doute.

— Et vous ne saviez pas qu'elle fuihabitée par un jeune homme ?

— Non.

— Par un mousquetaire •- Nullement.

— Ce n'est donc pas lui que vous veniez chercher?

— Pas le moins du monde. D'ailleurs, vous l'avez bien vu, la personne à qui j'ai parlé est une femme.

— C'est vrai , mais celte femme est des amies d* Aramis.

— Je n'en sais rien.

— Puisqu'elle loçie chez lui.

— Cela ne me regMnle pas.

— Mais qui est-elle?

— Oh ! cela n'est point mon secret.

— Chère madame Bonacieux, vous êtes charmante; mais en même temps la femme la plus mystérieuse...

— Est-ce que je perds à cela?

— Non, vous êtes au contraire adorable.

— Alors, donnez-moi le bras.

— Bien volontiers ; et maintenant?

— Maintenant, conduisez-moi.

— Où cela ?

— Ou je vais.

— Mais où allez-vous ?

— Vous le verrez, puisque vous me laisserez à la porte.

— Faudra-t-il vous attendre ?

— Ce sera inutile.

— Vous reviendrez donc seule?

— Peut-t'tie oui, peut-être non.

— Mais la personne qui vous accompagnera ensuite seral-elle un homme, sera-t-elle une femme?

— Je n'en sais rien encore.

— ■ Je le saurai bien, moi !

— Comment cela? ' -'- Je vous attendrai pour vous voir sortir.

— En ce cas, adieu !

— Comment cela ?

— Je n'ai pas besoin de vous?

— Mais vous aviez réclamé...

— L'aide d'un gentilhomme et non la surveillance d'uL «spion.

— Le mot est trop dur !

— Comment appelle-t-on ceux qui suivent les gens malgré eux?

— Des indiscrets.

— Le mot est trop dous.

— Allons, madame, je vols bien qu'il faut faire toHt ce que vous voulez.

— Pourquoi vous être privé du mérite de le faire tout de «uite?

— N'y en a-t-il donc aucun à se repentir?

— Et vous repentez-vous réellement?

— Je n'en sais rien moi-même. Mais ce que je sais, c'est

que je vous promets de faire tout ce que vous voudrez si vous me laissez vous accompagner jusqu'où vous allez.

— Et vous me quitterez après?

— Oui.

— Sans m'épier à ma sortie?

— Non. •

— Parole d'honneur?

— Foi de gentilhomme.

— Prenez mon bras, et marchons alors.

D'Artagnan offrit son bras à madame Bonacieux, qui s'suspendit moitié rieuse, moitié ti't-mblante, et tous deux ga puèrent le haut de la rue de la Harpe. Arrivée là. la jeune iemme parut hésiter, comme elle avait déjà fait dans la rue de Vaugirard. Cependant, à de certains signes, elle sembla reconnaître une porte, et s'approchant de cette porte :

— Maintenant, monsieur, dit-elle, c'est ici que j'ai alfaire; mille fois merci de votre honorable compagnie, qui m'a sauvée de tous les dangers auxquels seule j'eusse ete exposée; mais le moment est venu détenir votre parole. J« SUIS arrivée à ma destination.

— Et vous n'aurez plus rien à craindre en revenant?

— Je n'aurai à craindre que les voleurs.

— N'est-ce donc rien ?

— Que pourraient-ils me prendre? je n'ai pas un denier sur moi.

— Vous oubliez ce beau mouchoir arniorio.

— Lequel?

— Celui que j'ai trouvé à vos pieds et que j'ai remis dans votre poche.

— Taisez-vous, taisei-vous, malheureux! s'écria la jeune femme; voulez-vous me perdre?

— Vous voyez bien qu'il y a encore du danger pour vous, puisqu'un seul mol vous fait trembler, et que vous avouez que si l'on entendait ce mot vous seriez perdue. Ah ! tenez, madame, continua d'Artagnan en lui saisissant la main et la couvrant d'un ardent regard, tenez, soyez plus généreuse, confiez-vous à moi : n'avez-vous donc pas lu dans mes yeux qu'il n'y a que dévouement et sympathie dans mon i:œur?

— Si fait, répondit madame Bonacieux ; aussi demandezmoi mes secrets, et je vous les dirai, mais ceux des autres, c'est différent.

— Bien, dit d'Artagnan, je les découvrirai ; puisque ces secrets peuvent avoir une inlluence sur votre vie, il faut que ces secrets deviennent les miens.

— Gardez-vous-en bien! s'écria la jeune femme avec un sérieux qui Qt frissonner d'Artagnan malgré lui. Oh! ne vous mêlez en rien de ce qui me regarde, ne cherchez point à m'aider dans ce ;^ue j'accomplis, et cela je vous le demande au nom de l'intérêt que je vous inspire, au nom du service que vous m'avez rendu et que je n'oublierai de ma vie. Croyez bien plutôt à ce que je vous dis : ne vous occupez plus de moi, que je n'existe plus pour vous, que ce soit comme si vous ne m'aviez jamais vue.

— Aramis doit-il en faire autant que moi, madame ? dît d'Artagnan piqué.

— Voilà déjà deux ou trois fois que vous avez prononcé ce nom, monsieur, et cependant je vous ai dit que je ne le connaissais pas.

— Vous ne connaissez pas l'homme au volet duquel vous avez été frapper? Allons donc, madame, vous me croyez par trop crédule aussi!

— Avouez que c'est pour me faire parler que vous inventez cette histoire, et que vous créez ce personnage.

— Je n'invente rien, madame, je ne crée rien, je dis l'exacte vérité.

— Et vous dites qu'un de vos amis demeure dans cette maison?

— Je le dis et je le répète pour la troisième fois, cette maison est celle qu'habite mon ami, et cet ami est Aramis.

— Tout cela s'éclaircira plus tard, murmura la jeune femme; maintenant, monsieur, taisez-vous.

— Si vous pouviez voir mon cœur tout à découvert, dit d'Artagnan, vous y liriez tant de cunosilé que vous auriez pitié de moi, et tant d'amour que vous satisferiez à l'instant même ma curiosité. On n'a rien à craindre de ceux qui nous aiment.

— Vous parlez bien vite d'amour, monsieur, dit la jeune femme en secouant la tête.

— C'est que l'amour m'est venu vite st pour la première lis. et oue le n'ai n.is vinM .ms

fois, et que je n'ai pas vingt ans.

La jeune femme le re^çarda à la dérobée.

— Ecoutez, je suis déjà sur la trace, reprit d'Artagnan. Il y a trois mois, j'ai manqué d'avoir un duel avec Aramis pour un mouchoir pareil à celui que vous avez montré i cette femme qui était chez lui, pour un mouchoir marque de la même majière, j'en suis sûr.

— Monsieur, dit la jeune femme, vous me fatiguez fort, je vous le jure, avec ces questions.

— Mais vous si prudente, madame, sonçez-y, si vous étiez arrêléc avec ce mouchoir, et que ce mouchoir fût saisi, ne seriez-vous pas compromise?

— Pourquoi cela, les initiales ne sont-elles pas les miennes : C. B. Constance Bonacieux?

— Ou Camille de Bois-Tracy.

— Silence, monsieur, encore une fois silence ! Ah! puisque les dangers que je cours pour moi-même ne vous arrêtent pas, songez à ceux que vous pouvez courir, vous'

— Moi?

j - Oui, vous. Il y a danger de la prison, il y a danger de la vie à me connaître.

— .Alors je ne vous quitte plus

— Monsieur, dit la jeune femme suppliante et joignant les mains, monsieur, au nom du ciel, au nom de l'honneur d'un militaire, au nom de la courtoisie d'un ffenlilhomme éloignez-vous; tenez, voilà minuit qui sonne," c'est l'heure où 1 on m'attend.

— Madame, dit le jeune homme en s'inclinant, je ne sais rien refuser à qui me demande ainsi: soyez contente je m'éloigne. ' '

— Mais vous ne me suivrez pas, vous ne m'épierez pas?

— Je rentre chez moi à l'instant.

— Ah! je le savais bien, que vous étiez un brave jeune nomme! s'écria madame Bonacieux en lui tendant une main «t en posant l'autre sur le marteau d'une petite porte presque perdue dans la muraille.

riArUgnan saisit la main qu'on lui tendait et la baisa ardemment.

— Ah I j'aimerais mieux ne vous avoir jamais vue I s'écria d'Artagnan avec cette brutalité naïve que les femmes préfèrent souvent aux affétînes de la politesse, parce qu'elle ..«couvre le fond de la pensée et qu'elle prouve que le sentiment l'emporte sur la raison.

— Eh bien ! reprit madame Bonacieux d'une voix presque earessante et en serrant la main de d'Artagnan, qui n'avait pas abanJonné la sienne; eh bien ! je n'en dirai pas autant que vous: ce qui est perdu pour aujourd'hui n'est pas perdu pour l'avenir. Qui sait si, lorsque je serai déliée un jour je ne satisferai pas votre curiosité. '

— Et faites-vous la même promesse à mon amour? s'éerin d'Artignnn au comble de la joie.

- Oh ! de ce côté, je ne veux point m'engnger, cela dépendra des sentiments que vous saurez m'inspircr.

— Ainsi, aujourd'hui, madame...

— Aujourd'liui, monsieur, je n'en suis encore qu'à la reconnaissance.

— Ah! vous êtes trop charmante, dit d'ArUgnan avec Instosse, et vous abusez de mon amour.

— Non, j'use de votre générosité, voilà tout. Mais, croyezle bien, avec ''erlaines gens tout se retrouve.

— Oh! von ■ me rendez le plus heureux des hommes ri oubliez pas i ••Me soirée, n'oubliez pas cette promesse !

— Soyez travrjuille, en temps et lieu je me souviendrai ■le tout. Eh bien! partez donc, partez, au nom du ciel I On t) attendait à minuit juste, et je suis en retard.

— De cinq minutes.

— Oui, mais, dans certaines circonstances, cinq minutes •oni cinq siècles.

— Quand on aime.

— Eh bien ! qui vous dit qut? je nui pas affaire a un «moiireux?

— C'est un homme qui vous attend! s'écria d'Artagnan, — un homme!

— Allons, voici la discussion qui va recommencer, fit madame Bonacieux avec un demi-sourire qui n'était pas »icinpt d'une certaine teinte d'impatience.

Non, non, je m'en vais, je pars ; je crois en vous, je

veux avoir tout le mente de mon dévouement, ce dévo-ement dut-il être une stupidité. Adieu ! madame, adieu '

Et, comme s'il ne se lût senti la force de se détacher de la main qu il tenait que par une secousse, il s'élni<Tna tout courant, tandis que madame Bonacieux frappait, eo'mme au volet, trois coups lents et réguliers; puis, arrivé à l'an-'U ae la rue, il se retourna : la porte s'était ouverte et refermée, la jolie mercière avait disparu.

D'Art.ngnan continua son chemin, il avait donné sa parole ae ne pas epier madame Bonacieux, et la vie du jeun» homme eut-elle dépendu de l'endroit où elle allait se rendre, ou de la personne qui devait l'accompagner, d'.\rta. gnan serait rentré chez lui, puisqu'il avait dit qu'il y ren. trait. Unq minutes après, il était dans la rue des Fossoyeurs

-- i;auvre Alhos, disait-ii, il ne saura pas ce nue cela veut dire II se sera endormi en m'attendant, ou il sera retourne chez lui, et, en rentrant, il aura appris qu'unt femme y était venue. Une femme chez Athos! Après tout conti Qa d Artacnan, il y en avait bien une chez Aramis. wut cela est lort étrange, et je serais curieux de savoir comment cela finira.

— Mal, monsieur, mal, répondit une voix que le jeune homme reconnut pour celle de Planchet, car, tdut en monologuant tout haut, à la manière des gens très-préoccupés il s était engage dans l'allée au fond de laquelle était l'escalier qui conduisait à sa chambre.

— Comment, mal? que veux-tu dire, imbécile? demanda a Artacnan, et qu'est-il donc arrivé?

— Toutes sortes de malheurs.

— Lesquels?

— D'abord, M. Alhos est arrêté.

— Arrêté ! Athos arrêté I Pourquoi?

•— On l'a trouvé chez vous; on l'a pris pour vous.

— Et par qui a-t-il éié arrêté?

— Par la garde qu'ont été chercher les liommes noirs que vous avez mis en fuite.

,..~ |!?".'"1."0' ne s'est-il pas nommé? pourquoi n'a-t-il pas ditqu il était étranger à celle affaire?

— 11 s'en est bien gardé, monsieur; il s'est au contraire approclie de moi et m a dit : « C'est ton maitre qui a besoin de sa liberté en ce moment, et non pas moi, puisqu'il sait tout et que je ne sais rien. On le croira arrêté, et cela lui donnera du temps; dans trois jours, je dirai qui je suis, et U laudra qu on me fasse sortir.»

— Brave Athos ! noble cœur, murmura d'Artagnan, je le reconnais bien là ! El qu'ont fait les sbires?

,, — Q"''"''e l'ont emmené je ne sais ou, a la Bastille ou au fort-l Eveque; deux sont restés avec les liommes noirs, qui ont fouille partout et qui ont pris tous les papiers. Enfin les deux derniers, pendant cette expédition, montaient la garde a la porte ; puis, quand tout a été fini, ils sont partis, laissant la maison vide tt tout ouvert.

— Et Porlhos et Aramis?

— Je ne les avais pas trouvés; ils ne sont pas venus.

— Mais ils peuvent venir d'un moment à l'autre, car tu leur as fait dire que je les attendais'

— Oui, monsieur.

— Eh bien ! ne bouge pas d'ici; s'ils viennent, prévienses de ce qui m'est arrivé, qu'ils m'attemlent au cabaret de

la Pommc-du-1'in ; ici, il y aurait danger, la maison peut être espionnée. Je cours chez M. de Tréviile pour lui annoncer tout cela, et je les y rejoins.

— C'est bien, monsieur, dit Planchet.

— Mais tu resteras, tu n'auras pas peur? dit d'Artagnan en revenant sur ses pas pour recommander le couraçe a son laquais. °

— Soyez tranquille, monsieur, dit Planchet, vous ne me connaissez pas encore; je suis brave quand je m'y mcLs, allez; c'est le tout de m'y mettre : d'ailleurs, je suis Picard.

— Alors, c'est convenu, dit d'Artagnan : tu te fais tua plutôt que de quiUer ton poste.

— Oui, monsieur, et il n'y a rien que je ne fasse pour prouver à monsieur que je lui suis ali.iché.

— Bon, dit en lui-mê>i<p d'ArUignnn ; il parait que la mé lliodc que j'ai employée à l'égard de ce garçon est décidé. iiieiit 1,1 bonne : j'en userai dans l'nciMsinn.

Et de toute la vi'esse de ses jambes, déjà quelque peu fais de 11 journée, d'Artaanai

tiguées ce|iendant par les course,. „v se dirigea vers la rue du Colombier.

LES TROIS MOUSOUETAinF:S.

M. ie Tréviî'.e n'-îtait point à son oô'el; sa compagnie étaiJ lie garde au Louvre ; il était au Louvre avec sa compagnie.

Il fallait arriver jusqu'à M. deTréville; il était important

3u'il fût prévenu de ce qui se passait. D'Artagnan résolut 'essayer d'entrer .tu Louvre. Son costume de garde dans la compa^'nie de M. des Essarls lui devait être un passe-port.

(1 descendit donc la rue des Petits-Auguslins, et remonta le quai pour prendre le pont Neuf. Il avait eu un instant l'idée de passer !e hac: mais, en arrivant au bord de l'eau, il

avait ni.icfiini.;ement >Rh'odiîit s;; main dans sa pociie et s'était aperçu qu'il n avait pas de quoi payer le passeur.

Comme il arrivait à la hauteur de la rue Daupliine, il vil déboucher de celle nie un groupe composé de deux personnes et dont l'allure le frappa.

Les deux personnes qui composaient le groupe étaient ; l'une, un homme; l'autre, une femme.

; La femme avait la tournure de madame Bonacieux, et l'homme resseml)lnit à s'y méprendre à Aramis.

En oulre, la femme avait cette mante noire que d'ArU-

- .1. k.acTUC':

Madame, dit le jeune homme en a'inolinanl, je ne sai.'; rien refuger à qui me deman.le ainsi. — Page 4A

fpaD voyait encore se dessiner sur le volet de la rue Vaugirard et sur la porte de la rue de la Harpe.

De plus , l'homme portait l'uniforme des mousquetaires.

Le capuchon de la femme était rabattu ; l'homme tenait son mouchoir sur son visage; tous deux, cette double précaution l'indiquait, tous deux avaient donc intérêt à n être point reconnus.

Ils prirent le pont : c'était le chemin de d'Artagnan, puisque d'Artagnan se rendait au Louvre; d'Artagnan les fuivit.

n'Artasnan n'avait pas fait vingt pas q j'il fut coQvaincn

que cette femme, c'était madame lionacieux, et que cet homme, c'était Aramis.

Il sentit à l'instant même tous les soupçons de jalousie qui s'agitaient dans son cœur.

11 était doublement trahi et par son ami et par celle qu'il aimait déjà comme une maîtresse. Madame Bonacieux lui avait juré ses grands dieux qu'elle ne connaissait pas Aramis, et, un quart d'heure après qu'elle lui avait fait ce serment, il la retrouvait au bras d'Aramis.

D'Artagnan ne réfléchit pas qu'il connaissait la jolie mercière depuis trois heures seulement, qu'elle ne lui devait rien qu'un peu de rnconnaiRsanre pour l'avoir délivrée des

LES TROIS MOUSQUEIAIRES.

hommes noirs qui voulaient l'enlever et qu'elle ne lui avait rieD promis. Il se regorda comme un amant outragé, trahi, bafoué ; le sang el la colère lui montèrent au visage, il résolut de tout éclaircir.

La jeune femme et le jeune homme s'étaient aperçus qu'ils étaient suivis, et ils avaient doublé le pas. D'Artagnan prit sa course, les dépassa, puis revint sur eux au moment ou ils se trouvaient aevant la Samaritaine, éclairée par un réverborp qui projetait sa lueur sur toute cette partie du <|ont.

D'Artagnan s'arrêta devant eux, et ils s'arrêtèrent devant lui.

— Que voulez-vous, monsieur? demanda le mousquetaire en reculant d'un pas et avec un accent étranger qui prouvait a d'Artagna» qu'il s'était trompé dans une partie de ses conjectures.

— Ce n'est pas Aramis ! s'écria-t-il.

— Non, monsieur, ce n'est point Aramis, et à votre exclamation je vois que vous m'avez pris pour un autre, et je vous pardonne.

— Vous me pardonnez! s'écria d'Arta^nan.

— Oui. répondit l'inconnu. Laissez-moi donc passer, puisque ce n'est pas à moi que vous avez affaire.

— Vous avez raison, monsieur, dit d'Artagnan, ce n'est pas à vous que j'ai affaire, c'est à madame.

— A madame ! vous ne la connaissez pas, dit l'étranger.

— Vous vous trompez, monsieur, je la connais.

— Ah ! fît madame Bonacieux d'un ton de reproche ; ah ! monsieur, j'avais votre parole de militaire et votre foi de lentilhomme : j'espérais pouvoir compter dessus.

— Et moi, madame, dit d'Artagnan embarrassé, vous m'aviez promis...

— Prenez mon bras, madame, dit l'étranger, et continuons notre chemin.

Cependant d'Artagnan, étourdi, atterre, anéanti par tout ce qu'il lui arrivait, restait debout et les bras croisés devant le mousquetaire et madame Bonacieux.

Le mousquetaire fît deux pas en avant et écarta d'Artagnan avec la main.

D'Artagnan lit nn bond en arriére et tira son épée.

En même temps, et avec la rapidité de l'éclair, l'incODDU tira la sienne.

— Au nom du ciel, milord! s'écria m^ame Bonacieux en se Jetant entre les combattants et en prenant les épées à plemes mains.

— Milord I s'écria d'Artagnan, illuminé d'une idée subite; milord I pardon, monsieur; mais est-ce que vous seriez...

— Milord duc de Buckingham, dit madame Bonacieux à demi-voix; et maintenant vous pouvez nous perdre tous.

— Milord, madame, pardon, cent fois pardon ; mais je l'aimais, milord, et j'élais jaloux ; vous savez ce que c'est que d'aimer, milord; p.irdonnez-moi, et dites-moi comment je puis me faire tuer pour Votre Grâce.

— Vous oiCK un brave jeune homme, dit Buckingham en tendant à d'Artncuan une main que celui-ci serra respectueusement; vous m'offrei vos services, je les accepte; suivez-nous ci vingt pas jusqu'au Louvre, et, si quelqu un nous épie, tuez-le!

D'Artagnan mit son épée nue sous son bras, laissa prendre à madame Bonacieux et au duc vingt pas d'avance, et les suivit, prêt à exécuter à la lettre les instructions du noble ('. élégant minisire de Charles l".

M.iis heureusement le jeune séide n'eut aucune occasion de donner au duc cette preuve de son dévouement, et la jc\ine femme el le bc.iu mousquetaire rentrèrent au Lou- We par le guichet de l'Echelle sans avoir été inquii'tcs.

(juant à d'Artagnan, il se rendit aussitôt au cabaret de la Pomme-du-Pin, où il trouva l'orlhos et Aramis qui l'altendaicnt.

Mais, sans leur donner d'autre explication sur le dérangemi^nl qu'il leur avait causé, il leur dit qu'il avait terminé seul l'affaire pour laquelle il avait cru nu instant avoir hennin de leur interventinn.

Va maintenant, emporté que nous sommes par notre rétit 'laissons nos trois amis rentrer chacun chez .soi, et sui- Tun^. dans les détours du Louvre, le duc de Buckingham et uni Kuida.

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