‹ Les trois mousquetaires. IllustrésChapitre 1 sur 35 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

COMMENT, SANS SE DÉRANGER, ATBOS TROUVA S0^ KQmPEMEHT.

D'Arlagnan était tellement bouleversé, que, sans s'inquiéter de ce que devenait Kelty, il traversa la moitié de Paris tout courant et ne s'arrêta que devant la porte d'Athos.

t' égarement de son esprit, la terreur qui l'éperonF ', le

cri de quelques patrouilles qui se mirent à sa poursuite, o« firent que précipiter encore sa course.

Il traversa la cour, monta les deu-i otages d'Athos et frapu à la porte à tout rompre.

Grimaud vint ouvrir les yeuj bouffis de sommeil.

D'Artairnan s'élança avec tant de force dans l'antichambre, qa'il faillit le culbuter en entrant.

Malgré le mutisme habituel de Grimaud, cette fois la parole lui rcnnt.

— Eh ! là, là ! s'écria-t-il, que voulei-vous, coureuse? que demandez-vous, drôlesse?

D'Artagnan releva ses coiffes et dégagea sa main de dessous son'maiitelet ; à la Mie de ses moustaches et de son épée nue. le pau\Te diable s'aperçut qu'il avait affaire à un homme.

H crut alors que c'était quelque assassin.

— Au secours! à l'aide! au secours! s'écria-t-il.

— Tais-toi, malheureux ! dit le jeune homme. Je suis a'Artagnan. Ne me reconnais-tu pas? Où est ton maître?

— Vous, monsieur d'Artagnan? s'écria Grimaud épouvanté. Impossible !

— Grimaud. dit Athos, sortant de son appartement en robe de chambre, je crois que vous vous permettez de parler!

— Ah ! monsieur, c'est que...

— Silence!

Grimaud, alors, se contenta de montrer du doigt d'Artagnan à son maitre.

Athos reconnut son camarade, et, tout flegmatique qu'il était, partit d'un éclat de rire que motivait bien la mascarade étrange qu'il avait sous les yeux : coiffes de travers, jupes tomtantes sur les souliers, manches retroussées et moustaches roides d'émotion.

— Ne riez pas, mon ami, s'écria d'Artagnan ; de par le eiel, ne riez pas, car, sur mon âme, je vous le dis, il n'y a pas de quoi rire !

Et il prononça ces mots d'un air si solennel et avec une épouvante si vraie, qu'Alhos lui prit aussitôt les mains en s écriant :

— Seriez-vous blessé, mon ami ? vous êtes bien pâle.

— Non, mais il vient de m'arriver un terrible événement. Etes-vous seul, Athos?

— Pardieu ! qui vou1e^*'Ous donc qui soit chez moi à cette heure ?

— Bien, bien.

Et d'Artagnan se précipita dans la chambre d' Athos.

— Eh ! parlez, dit celui-ci en refermant la porte et en poussant les verrous pour n'être pas dérangés. Le roi est-il mort? Avez-vous tué M. le cardinal? Vous êtes tout renversé. Voyons, dites, car je meurs véritablement d'inquiétude.

— Athos, répondit d'Artagnan, se débarrassant de ses vêtements de femme et apparaissant en chemise, préparezvous à entendre une histoire incroyable, inouïe!

— Prenez d'abord celte robe de chambre, dit le mousquetaire à son ami.

D Artagoan passa la robe de chambre prenant une manche pour l'autre, tant il était encore ému.

— Eh bien? demanda Athos.

— Eh bien ! répondit d'Artagnan en se courbant vers l'oreille d'Athos cl en baissant la voix, milady est marquée d'une fleur de lis i l'épaule.

— Ah ! cria le mousquetaire comme s'il eijt reçu une bal le dans le ca:ur.

— Voyons, dit d'Artagnan, âles-vous sûr que l'autre soil bien morte ?

— L'autre? balbutia Allios d'une voix si sourde qu'à peine s-i d'Art;ignao l'entendit.

— Oui, celle dont vous m'avez parlé un jour, ;'< Amiens.

Atnos poussa un gémissement et laissa tomber sa tête dans ses mains.

— Celle-ci, continua d'Artagnan, est une lemmede vingt six à vingt-huit ans.

— Blonde ? dit Athos, n'est-ce pas?

— Oui.

— Des yeux bleus et clairs, d'une clarté étrange, avec dei cils et des sourcils noirs?

— Oui.

— Grande, bien faite ? Il lui manque une dent prés de l'œillère à gauche?

— Oui.

— La fleur de lis est petite, rousse de couleur, et comme effacée par les couches de pâte-qu'on y applique?

— Oui.

— Cependant, vous dites que cette femme est Anglaise?

— On l'appelle milady, mais elle peut être Française, malgré cela. Lord de Winter n'est que son beau-frere.*

— Je veux la voir, d'Artagnan !

— Prenez garde, Athos, prenez garde; vous avez voulu la tuer, elle est femme à vous rendre la pareille et à ne pas vous manquer !

— Elle n'osera rien dire, car ce serait se dénoncer ellemême.

— Elle est capable de tout! l'avez- vous jamais vue furieuse?

— iS'on, dit Athos.

— Une tigresse, une panthère ! Ah ! mon cher Athos, j'ai bien peur d'avoir attiré sur nous deux une vengeance terrible!

D'Artagaan raconta tout alors, la colère insensée de milady et ses menaces de mort.

— Vous avez raison, et, sur mon âme, je donnerais ma vie pour un cheveu, dit Athos. Heureusement, c'est aprèsdemain que nous quittons Paris ; nous allons, selon toute probabilité, à la Rochelle, et, une fois partis...

— Elle vous poursuivra au bout du monde, Athos, si elle vous reconnaît. Laissez donc sa haine s'exercer sur moi seul.

— Eh I mon cher, que m'importe qu'elle me tue ! dit Athos. Est-ce que par liasard vous croyez que je liens à la vie '!

— Il y a quelque horrible mystère sous tout cela, Athos Celte femme est l'espion du cardinal, j'en suis sur.

— En ce cas, prenez garde à vous. Si le cardinal ne vous a pas dans une haute admiration pour l'affaire de Londres, il vous a en grande haine; mais comme au bout du compte il ne peut vous rien reprocher ostensiblement, et qu'il faut nue haine se satisfasse, surtout quand c'est une haine de cardinal, prenez garde à vous! Si vous sortez, ne sortez pas seul; SI vous mangez, prenez vos précautions; méfiez- vous de tout enfln, même de votre ombre!

— Heureusement, dit d'Artagnan, qu'il s'agit seulement d'aller jusqu'à après-demain soir sans encombre, car une fois à l'armée nous n'aurons plus, je l'espère, que des hommes à craindre.

— En attendant, dit Athos, je renonce à mes projets de réclusion, et je vais partout avec vous : il faut (|ue vous retourniez rue des Fossoyeurs. Je vous accompa^'iie.

— Mais, si près que ce soit d'ici, reprit d'Arlagnsn, je ne puis y retourner comme cela.

— C'est juste, dit Athos.

Et il tira la sonnette.

Grimaud entra.

Athos lui fit signe d'aller chez d'Artagnan, d'en rappci er des habits.

Grimaud répondit par un autre si^ne qu'il comprenait parfailemcDl et partit.

rc^Off^ç

Eh: làl là! que voulez -vous, coureuse? que demandez-vous, drolesse?

LES TROIS MOUSOUETAIRES.

— Ah ça ! m.TÎs voil.i qui ne nous avance pas pour i équipement, cher ami, dit Atlios; car, si je ne m'abuse, vous avez laissé tonte votre défroque chez milndy, qui n'aura sans doute pas l'attention de vous la retourne'. Heureusement vous avez le saphir?

— Le saphir est à' vous, mon cher Athos ; ne m'avez-vous pas dit que c'était une bague de famille?

— Oui, mon nére l'acheta deux mille écus, à ce qu'il me dit autrefois; il laisait partie des cadeaux de noces qu'il Ct é ma mère: il est magnifique; ma mère me le donna, et moi, fou que j'i'tais, plutôt que de le garder comme une relique sainte, je le donnai ;i nion tour à cette mi'icrable.

— Eh bien ! reprenez celte bague, à laquelle je comprends que vous devez tenir.

— Moi, reprendre cette bague, après qu'elle a passé par les mains de l'infâme, jamais ! Cette bague est souillée, d".\rtagnan.

— Alors, vendez-la ou engagez-la ; on vous prêtera bien drssus un millier d'écus. Avec cette somme, vous serez audessus de vos affaires ; puis, au premier argent qui vous rentrera, vous la dégagerez et vous la reprendrez, lavée de ses anciennes taches, car elle aura passé par les mains des usuriers.

Athos sourit

— Vous êtes un charmant compagnon, dit-il, mon cher d'Artagnan. Vouï relevez par votre éternelle gaieté les pau-

■ vres esprits dans l'affliction. Eh bien! oui, engageons cette ' bague, mais à une condition.

— Laquelle?

— C'est qu'il y aura cinq cents écus pour vous et cinq cents écus pour moi.

— Y songez- vous, Athos? Je n'ai pas besoin du quart de cette somme, moi qui suis dans les gardes, et, en vendant ma selle, je me la procurerai. Que me faut-il? un cheval jour Planchet, voilà tout. Puis, vous oubliez que j'ai une lague aussi.

— A laquelle vous tenez encore plus, ce me semble, que je ne tiens, moi, à la mienne ; du moins, j'ai cru m'en apercevoir.

— Oui, car, dans une circonstance extrême, elle peut nous tirer, non-seulement de quelque grand embarras, mais en- ;ore de quelque grand danger. Ce n'est pas seulement un diamant précieux, c'est aussi un talisman enchanté.

— Je ne vous comprends pas. mais je crois à ce que vous dites. Revenons donc à ma bague, ou plutôt à la nôtre; vous loucherez la moitié de la somme qu'on nous donnera dessus, ou je Ja jette dans la Seine ; et je doute que, comme à Polvcrate, quelque poisson soit assez complaisant pour nous la rapporter.

— Eh bien 1 donc, j'accepte, dit d'Artagnan.

En ce moment, Grimaud rentra accompagné de Planchet; celui-ci, iz^uiet de son maître et curieur. de savoir ce qui lui était arrivé, avait protité de la circonstance et apportait les habits lui-même.

D'Artagnan s'habilla, Athos en fit autant; puis, quand tous deux furent prêts à sortir, il fit à Grimaud le signe d'un homme qui met en joue.

Celui-ci décrocha aussitôt son mousqueton et s'apprêta à accompagner son maître.

D'Artagnan et Athos, suivis de leurs valets, arrivèrent sans accident à la rue des Fossoyeurs.

51. Bonacieux était sur sa porte ; il regarda d'Artagnan ë'an air goguenard.

— Eh! mon cher locataire, dit-il, nâlez- vous donc. Vous ivez uns belle jeune fllle qui vous attend chez vous, et les femmes, vous le savez, n aiment pas qu'on les fasse attendre.

— C'est Ketty ! s'écria d'Artagnan ; et il s'élança dans l'allée.

fitfeclivement, sur le carré conduisant à son appartement

et tapie contre sa porte, il trouva la pauvre enfant tout» tremblante.

Dés qu'elle l'aperçut :

— Vous m'avez promis votre protection, vous m'avte promis de me sauver ae sa colère, dit-elle; souvenez-vous que c'est vous qui m'avez perdue.

— Oui. sans doute, dit d'Artagnan; sois tranquille, Kelly. Mais, quest-il arrivé après mon départ.

— Le sais -je? dit Kelly. Aux cris qu'elle à poussés les laquais sont accouru»; elle était toile de colère: lu ut ce q II 'i existe d'imprécations, elles le» a vomies contre vous. Alors j'ai pensé qu'elle se rappellerait que c'était par ma chambre que vous aviez pénétré dans la sienne, et qu'alors elle songerait que j'étais votre complice. J'ai pris le peu d'argent que j'avais, mes bardes les plus précieuses, et je me suis sauvée.

— Pauvre enfant ! Mais que vais-jis faire de toi ? Je pars après-demain.

— Tout ce que vous voudrez, monsieur le chevalier. Faites-moi quitter Paris, faites-moi quitter la France.

— Je ne puis cependant pas l'emmener avec moi au siège de la Rochelle, dit d'Artagnan.

— Non ; mais vous pouvez me placer en province, che» quelque dame de votre connaissance ; dans votre pays, par exemple.

— Ah ! ma chère amie, dans mon pays les dames n'ont point de femme de chambre. Mais, attends, j'ai ton aflaire. Planchet, va me chercher .Aramis; qu'il vienne tout de suite. Nous avons quelque chose de très-important à lui dire.

— Je comprends, dit Athos ; mais pourquoi pas Porthosî Il me semble que sa marquise...

— La marquise de Porthos se fait habiller par les clercs de son mari, dit d'Artjgnan en riant. D'ailleurs Ketty ne voudrait pas demeurer rue aux Ours; n'est-ce pas, Kelly?

— Je demeurerai où l'on voudra, dit Ketty, pourvu que je sois bien cachée, et qu'on ne sache pas où je suis.

— Maintenant, Ketty, que nous allons nous séparer, et par conséquent que tu n'es plus jalouse de moi...

— Monsieur le chevalier, de loin ou de prés, dit Kettj je vous aimerai toujours.

— Où diable la constance va-t-elle se nicher ? murmura Athos.

— Moi aussi, dit d'Artagnan, moi aussi, je t'aimerai toujours, sois tranquille. Mais voyons, réponds-moi. J'attache une grande importance à la question que je le fais : n'aurais-tu jamais entendu parler d'une jeune femme qu'on aurait enlevée pendant une nuit?

— Attendez donc... Oh! mon Dieu, monsieur le chevalier, est-ce que vous aimez encore celle femme?

— Non, c'est un de mes amis qui l'aime. Tiens, c'est Athos que voilà.

— Moi ! s'écria Athos avec un accent pareil à celui d'up homme qui s'aperçoit qu'il va marcher sur une couleuvre..

— Sans doute, vous, fit d'Artagnan en serrant la ms^; d'Athos. Vous savez bien l'intèr^l que nous prenons tous » cette pauvre petite madame Bonacieux. D'ailleurs, Keîiy ne dira rien, n'est-ce pas. Ketty? Tu comprends, mon enfant, continua d'Artagnan. c'est la femme de cet affreux magot que tu as vu sur le pas de la porte en entrant ici.

— Oh I mon Dieu ! s'écria Ketty, vous me rappelez ma peur ; pourvu qu'il ne m'ait pas reconnue !..,

-- Comment, reconnue? Tu as donc déjà vu cet hommeî

— 11 est venu deux fois chez milady.

— C'est cela. Vers quelle époque?

— Mais il y a quinze ou dix-huit jours à peu prés.

— Justement.

— Et nier soir il est revenu.

— Hier soir?

— Oui. ua instant avant que vous ne vinssiez vousmême.

— Mon cher Athos, nous sommes enveloppés dans un réseau d'esp" ^s ! Et tu crois qu'il t'a reconnue, Ketty?

— J'ai baissé ma coiffe en l'apercevant, mais peut-être était-il trop tard.

— Descendez, Athos, vous dont il se défie moins que de moi, et ïoyei s'il est toujours sur sa porte.

Athos descendit et remonta aussitôt

— n est parti, ait-Il, et la maison est fermée.

— Il est allé faire son rapport et dire que tous les pigeont sont en ce moment au colombier.

— Eh bien! a^ais. envolons-nous, dit Athos, et ne laissons ici que Planchet, pour nous apporter les nouvelles.

— Un instant ! Et Aramis que nous avens envoyé chercher?

— Ohl monsieur. .l'écria Kelly, je serai toute dévouée, soyez-en certain, à la pcrsonue qui me donner» les moyen»

de quitter Paris.

— C'est juste, dit Athos, attendons Aramis. En ce moment, Aramis entra.

On lui exposa l'affaire, et on lui dit comment II était urgent que parmi toutes ses hautes connaissances il trouvât une place à Ketty.

Aramis rr(!«>cliit un instant et dit en mugissant :

— Cela TOUS rendra-t-il liien réellement .service, d Arta- (oan?

— Je vous en serai reconnaissant toute ma vie.

— Eh bienl madame de Bois-Tracy m'a demande pour une de ses amies qui habite la province, je crois, une femme de chambre siire. et, si vous pouvez, mon cher d'Arlagnan, me répondre de mademoiselle...

— Oh ! monsieur, s'écria Ketty, je serai toute dévouée, 80yc7.-i'ii certain, n la personne qui me donnera les moyens de quitter Paris.

— Alors, dit Aramis, cela va pour le mieux

M se mit à une table et écrivit un petit mot qu'il cacheta avec une bague, et il donna le billet à Ketty.

— Maintenant, mon enfant, dit d'Artagnan, tu sais cju'il ne fait pas meilleur ici pour nous que pour toi. Ainsi sé-

fiarons-nous. Nous nous retrouverons dans des jours meileurs. ^

— Et dans quelque temps que nous nous retrouvions et

dans queltjue lieu que ce soit, dit Ketty, vous me retrouverez vous aimant encore comme je vous aime aujourd'hui.

— Serment de joueur, dit Athos pendant que d'Artagnan allait reconduire Ketty sur l'escalier.

Un instant après, les trois jeunes gens se séparèrent en prenant rendez-vous à quatre heures chez Athos, et en laissant Planchet pour garder la maison.

U Jaif «inonça que. si on voulait la lui vendre, U en donaerait jusqu'i cmq cenU pMto.e.

Ar=imis rentra chez lui, et Athos et d'Artagnan s'inqmétérent du placement du saphir.

Comme l'avait prévu notre Gascon , on trouva facilement trois cents pistoles sur la bague.

De plus le juif auuonca que, si on voulait la lui vendre, comme elle lui ferait un pendant magnifique pour des bouclrs d'oreilles, il en donnerait jusqu'à cinq cents pistoles.

Athos et d'Artagnan, avec l'activité de deux soldats et la

science de deux connaisseurs, mirent trois heures à peine .1 acheter tout l'équipement du mousquetaire.

D'ailleurs Athos était de bonne composition al grand seigneur jusqu'au bout des ongles.

Chaque fois qu'une chose lui convenait, il payait le prU demandé sans essayer même d'en rien rabattre. > D'Artagnan voulait bien lù-dessus taire des observaUoos, l mais Athos lui posait la main sur l'épaule en souriant, et

d'Artagnan compreDait que c'était bon pour lui, petit gentilhomme gascon, de marchander, mais non pour un homme qui avait les airs d'un prince.

Le mous(}uetaire trouva un superbe cheval aiidalous, noir comme du jais, aux narines de feu, aux jambes fines et élégantes, qui prenait six ans

!1 l'examina et le trouva sans défauts

On le lui fît mille livres.

Peut-être l'eût-il eu pour moins, mais, tandis que d'Artagnan discutait sur le prix jvec le maquignon, Alhos comptait les cent pistoles sur la table.

Grimaud eut un cheval picard, trapu et fort, qui coûta trois cents livres.

Or, la selle de ce dernier cheval et les amies de Grimaud achetées, il ne restait plus un sou des cent cinquante pisioles d'Aihos.

D'Artagnan offrit à son ami de mordre une bouchée dans la part qui lui revenait, quitte à lui rendre plus tard ce qu'il lui aurait emprunté.

Mais Athos, pour toute réponse, se contenta de hausser les épaules.

— Combien le juif donnait-il du saphir pour l'avoir en toute propriété? demanda-t-il.

— Cinq cents pistoles

— C'est-à-dire deux cents pistoles de plus; cent pistoles pour vous, cent pistoles pour moi. Mais c'est une véritable fortune, cela , mon ami, retournez chez le juif.

— Comment, vous voulez?...

— Cette bague, décidément, me rappellerait de trop tristes souvenirs: puis, nous n'aurons jamais trois cents pistoles à lui rendre, de sorte que nous perdrions deux mille livres à ce marché. Allez lui aire que la bague est à lui, d'Artagnan, et revenez avec les deux cents pistoles.

— Réfléchissez, Athos.

— L'argent comptant est cher par le temps qui court, et il faut savoir faire des sacrifices. Allez, d'Artagnan, allez. Grimaud vous accompagnera avec son mousr><ieton.

Une demi-heure après, d'Artagnan revint avec les deux .mille livres, et sans qu'il lui fût arrivé aucun accident.

Ce fut ainsi qu'Athos trouva dans son ménage des ressources auxquelles il ne s'attendait pas.

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