ACTE 1, SCÈNE VI
PÉRÈS, la lui secouant.
Je suis bien aise de ce que vous me dites.
MARIOL.
Je vous remercie ; mais ne secouez pas si fort. PÉRÈS.
C’est vous aussi qui coiffez la signora Nitella d’Andalousie, notre chère cousine ?
MARIOL.
La charmante protégée de la reine !.. oui, c’est moi, je m’en flatte.
PÉRÈS
Eh bien ! je vous défends de la coiffer davantage ! Je n'aime jws la sensibilité de nerfs, moi ; et si je savais que vous eussiez des palpitations auprès d’elle, je vous broycrais dans mes deux mains. joannès.
Et moi je lui épargnerais la moitié de la peine.
MARIOL, effrajé.
Ah ça ! messeigneurs, voyons, voyons, vous vous effarouchez de l'admiration..»
PÉRÈS
trouvât vos transports assez Inconvenans pour vous faire pendre.
JOANNÈS
Infamie ! mais nous sommes donc en pays barbare? mariol.
Du tout ! vous êtes dans la première ville du monde élégant.
du monde corrompu.
MARIOL.
Le centre de In civilisation. Seulement, les uns y sont les maîtres et les autres...
pÉnÈs.
Les esclaves, n’est-ce pas?
MARIOL.
Tout uniment. Peut-être un jour les rôles changeront-ils ; mais jusque-là, il faut subir la loi du plus fort : faire comme moi , plaindre les petits bien bas et flatter les grands bien haut ; se tirer de la misère des uns et s’avancer aux dépens de la vanité des autres.
Je veux un coiffeur qui coiffe tout simplement, sans admirer. marioj..
On a bien raison de dire que les Espagnols sont jaloux comme des Turcs.
PÉRÈS
Savoir exposée aux regards d’un... coiffeur, en déshabillé, en peignoir, comme il dit, la femme qu’on aime. mariol.
En peignoir, ces dames sont enveloppées, fous que vous êtes ! c’est en voilette de cour que c’est bien plus dangereux. La nature se montre sans voile, comme Dieu l'a faite, et dans toute sa blancheur... quand elle est blanche.
PÉRÈS
Le costume national que Nitella conservera toujours, est une barrière à la curiosité insolente. MARIOL.
Ces barrières-là ne lui semble souvent qu'une agacerie déplus.
JOANNÈS
Assez, maître, assez; nous avons foi dans relie que nous aimons.
PÉRÈS
C’est nous insulter que d’exprimer un doute sur elle... nous croyons à la vertu.
MAniOL.
J’y crois comme vous... quelquefois ; mais avec votre manière espagnole d’envisager les choses, tâchez que votre belle cousine ne reste pas trop long-temps clans le repaire de là-haut. La vertu, b pureté , l’indifférence même, qui est le rempart le plus solide , ne préservent pas d’acddens à la cour. A ces hommes privilégiés, une femme plaît ; ils l'entourent de soins, de fêtes, de séductions de tous genres, de pièges de toutes sortes... Celle-là résiste par hasard L.ils l’enlèvent; et alors... tout est dit
PÉRÈS
Oh ! maître, maître ! le ravisseur fût-il le roi de France ou le cardinal duc...
mariol.
Ce qui serait pire encore !
PÉRÈS
Pourrait dire adieu à sa couronne ou à son chapeau. m ariol.
Chansons que cela ! c’est vous qui diriez adieu à la cousine et à la liberté. A moins qu'on ne
Oui , mai» moi , je me méfie de cenx qui plaignent bien lias et qui flattent bien haut. Cens avides ou lâches, capables de se mettre à la solde de tous les vices assez riches pour les acheter.
MARIOL.
Eh bien ! décidément vous êtes gentils ! et il y a du plaisir à vous donner de bons conseils. Se méfier de moi comme d'un méchant homme ! vous vous y connaissez bien |>eu , mes pauvres Navarrois. Si j’ai quelquefois des idées à l’envers , des idées ébouriffantes , il faut me le pardonner , ce ne sont pas les miennes, niais celles des nobles tètes qne je coiffe tous les jours ; c’est l’effet du frottement ; il déteignent sur moi , et ça me donne un air frondeur, suffisant, incrédule, qui n’est qucplaquésur tui fondsd’obligeaneectdebonhommie , ma parole de bourgeois de la rue des Tournelles. joannès.
Allons , frère , il a raison , il vaut mieux qu'il ne paraît. pérès.
Je le veux bien ; mais je ne lui défends pas moinsde jamais coiffer. ..
MARIOL.
Votre cousine... oui , oui... je sais... (A paru) II y tient , le vilain jaloux.