‹ Les trois muletiers mélodrame comique en trois actesChapitre 9 sur 60 · JOANNÈS, PÉRÈS · texte numérisé non relu

JOANNÈS, PÉRÈS

JOANNÈS

Dans nos montagnes, notre avenir ne dépendait pas des caprices d’une reine ou du renversement d'un homme que nous ne connaissons pas. pÉnÈs.

Sans doute ; mais pouvions-nous voir partir Nitella sans la suivre! chaque pas après elle nous rapprochait du bonheur.

JOANNÈS

Oui; pour qui de nous trois le bonheur? Pérès, crois-tu que deux d'entre nous auront la force de convenir jamais des droits du troisième? PÉRÈS.

Franchement, Joannès, je crois qu’il faudra... j mais tu oublies que notre frère est absent et que cette question brûlante ne doit être soulevée | qu’en présence des trois.

joannès.

Tu as raison. C'est l'entretien de tout à l'heure, avec la duchesse qui m'a troublé la cervelle.

PÉRÈS

Ce que je peux dire, c’est que je donnerais ma part du paradis pour être le bienheureux.

JOANNÈS

Et moi dix ans de plus à faire en purgatoire après ma mort. PÉnÈs.

Ainsi tu ne risquerais |ws autant que moi?

JOANNÈS

C'est que je ne crois pas que donner son àme au diable soit une preuve d'amour digne d'une honnête chrétienne.

JOANNÈS

Et généreux.

MARIOL.

Ah ! ah ! ah ! c’est qu'on fait honorablement son état pour tout le momie, j’ose le dire ; mais on a ses goûts, ses préférences ! On aime mieux, par exemple, avoir en main une jolie femme u’une laide. (A Pérès.) Vous, signor, quand maame la duchesse, pour descendre de sa mole, vous pose sa jolie petite main douce et blanrhe sur l'épaule... eh bien ?

PÉRÈS

Eh bien ? qu’est-ce que ça me fait ?

Ça vous fait plus de plaisir que si vous y sentiez une main sèche et ridée?

PÉRÈS

Moi ? je ne songe pas plus à la main qui s'appuie que la duchesse à l'épaule qu'on lui présente. MARIOL.

Parce que vous autres gens de montagnes, vous n'étes pas impressionnables comme dans nos grandes cités; vous n’avez pas de nerfs. (A demi-voix.) Moi, quand des boucles longues et soyeuses me roulent sous les doigts... Ah ! signor, signor!.. l'impression que ça me produit... je la renferme. .. vous comprenez ; mais quelquefois, ça déborde.

I je le sens aux palpitations qui me prennent. (Plus t«4 encore.) M p# la duchesse est admirable.., en i peignoir, surtout

PÉRÈS, lui prenant rudement la main.

Maître Mariol !

MARIOL.

Plait-il?

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