CORISANDRE
Aiême tems, Fleurie distraite, égarée, prend son luth , et prélude. . • -^ Oh î je vous en prie , ma chère Fleurie , répétez cette romance que vous avez chantée sur les bords du canal.... = Ah! Cloris que vous êtes méchante ! que vous êtes cruelle ! . . . pensez vous que je l*aie oubliée ? .... ah ! vous saurez un jour que je ne méritais pas ce reproche . . . vous m'avez affligée ;... n'importe 9 je saurai me distraire. « En même tems , elle porte ses regards $ur la montagne qui domine le château vers le nord , et chante :
Vois- tu ce mont qui iusqu'aux deux Porte sa tête sourcilleuse ?
£t qu« cache ses pieds fangeux, Dahs ta demeure ténébreuse ; Cest dans ses flancs qu'un monstre aflFrcux Perdant sa criminelle vie , A'engera l'Amour et les D'eux , Des (orfairs de sa noire er.Vie.
ET Fleurie. 127
Un )Our en contemplant ce mooty £t sachant ma iriste aventure « 'Nos neveux se raconteront L«& maux qu'il fît à la Nature»
. L'Ei^rc suprême l'a. maudit.
Jamais » j,amais *^ terre impure »
"Ne produisant ni fleurs, ni fruit.
Ne se vêtira de verdure.. '
Objet de terrevjr » de mépris ^ Inspirant des peniers funèbres» ^ Sa^ cîme aux voyageurs surpxis O&ira d'épaisses ténèbres.
S^uchàreiu que portent ses ptés »
]B& s'enfuiront glacés de crainte • CefclîeUx i dirontfils , sont souillés»
Hes. crimes, abhorrons l'eaceinte.
S<de cette trop iuste horreur ILétranger demande la cause»
Biecgers,, contez-lui mon ma' heur»
Mon crime et ma métamorphose.
On lui dira : fuyez l'Amour , Ses faveurs même sont cruelles »
A. Fleuiis il ôta le jour , U ne sert q.ue les infidelles.
Trop long tems rébelle â sa voix, ïl'eurîe enfin sentit son ame^ De Lucidor suivant les loix ^ Elle allait devenir sa femme.
idS Go ai. sAiiDUS
Un monstre vomi des enfers * Brise des noeuds si favorables , S*il n'était pas hommes pervers , Verrait-on lies femmes coupables?
Mais quand Thémis lente ai punir Craint où pardonne rbomicf de »
* L'être trop fier pour le souffirir I>evient juge né du perfide.
Seul, au défaut des magistrats»
Il peut appliquer le supplice , Des forfaits qu'on ne punit pas Autrement il est le complice.
Ainsi , sur la main de l'enfant»' L'abeilie sensible à l'offense p Laisse di;i moins en expirant ' Le trait qui remplit sa vengeance i Voyant l'équité sans vigueur »
Telle, hélas ! Fleurie outraf^t D'un meurtrier perça le cœur.
Mourut contente et fut vengée*
En la voyant renouveller , *La vengeance dcPhilomèle , Beautés , sachez vous rappeller Qu'impunément on n'est point belle* Si l'ob]et de vos chastes feux ^ Meurt par une main criminelle , Vers Fleurie élevez lesyeux , Vivez, aimez, mourez comme elWv
ET FlBURXS. I'29
- Oh ma chère ïletirie! s'écrie Qoris, qui trop long-tems avait contenu ses transports j au nom de l'amitié qui nous a liées , au nom de.«.. hélas! je n'ose proférer son nom ; parlez , dites-moi ce que si « gnifîent ces chants mystérieux et cet énigme où je ne puis rien comprendre ? quel est celui que me-^ nace votre vengeance ? pourquoi détourner votre ame des tableaux séduisans d'un hymen, qui ne vous répugne pas , pour vous entretenir d'idées funèbres y et vous complaire ainsi dans les idées sombres ? Ah !
je ne suis plus votre amie j puisque mes prières et mes larmes ne vous touchent point : devriez-vous avoir des secrets pour moi ? adieu donc y je ne vous importunerai plus par mes sollicitations , puisqu'elles seraient inutiles; mais mal« heureuse désormais , je gémirai
c3ô CôHisANDlik tout bas de la perte de yotre confiance.... Adieu. > En mênie tems ^ Cloris sortait en soupirant , et tournant vers Fleurie un long regard , où se peignaient l'inquiétude , la pitié , la douleur et l'intérêt : — • « Arrête , ma chère Glorxs , l'amitié l'emporte , dit Fleurie en se Mettant dans les bras de son amie ; arrête , je t'obëis , mais à' quoi «e servira cette affreuse confidence ?
Il n'y a plus de remède , il n'j a plus À balancer: demain.... ouï, demain.,.. Ecoute : apprends que Corisandre a fait assassiner Lucidor , pour obtenir ma main..« — O ciel! èst-il possible? quoi! Cîorisandrb ? — Lui-même.... — Mais ti'est-ce point une horrible calomnie ? Il vous consolait , il pleurait kii-raême le trépas de Lucidor....
— ' « Hypocrisie ! atrocité de plus....
Rappelle-toi qu'il a été vaincu pat
ET Eluurie» i3i km cottsîo ; rappelle-toi que Lurîdor a cessé de vivre la veille même du jfûttr qui devait dous unir 5 rappelle -toi que Corisandre qui ne s*est jamais montré chez mon père , tant que Lucidor a vécu , s'est hâté de se présenter au château , aussitôt la mort de son fivaL... — Dieux!
dieux! il est vrai} mais quel est Totre dessein ? — Mon dessein !...
AL l Cloris, tu n'as jamais aimé ; carsi un monstre t'arrachait la moitié de ton cœur , dis , tu ne sentirais .
donc pas combien de délices on £oûte à dévorer le sien tout entier, à se repaître de ses dernières souffrances , à boire tout son sang , à éterniser son supplice , et combien il est cruel de voir qu'enfin son dernier. soupir 1^ mis hors de nos atteintes. -r- Ah, Fleurie ! Fleurie ! vous me faites trembler... Oh !
)e ne vous reconnais plus>«««. va*^
i3s C0&1SANDI1& tre œil étincelle , tous vos traits sont altérés... -*— Donne , donne* moi, Cloris , cette encre, ce pa* pi^, je veux écrire., %• Oui, tuas raison , - je ne me connais plus , je suis tourmentée par les furies...* ma main ti-emble.... je n'j vois plus , approche cette table.... » Cloris obéit , et sa surprise est au cem^ ble dans l'attente de ce qui va se passer, fleurie se recueille quel* ques momens, elle sourit et trace le billet suivant :
« Demain soir . trouvez-vous au » petit pavillon qui est au coin du » jardin ^ au pied d&la montagne , » du côté du Nord ; la petite porte a de fer vous sera ouverte aussin tôt que vous paraîtrez ; songez » que ma démarche est autorisée » par le mariage que nous allons » conclure , mais que vous perdriez » en un moment tout le fruit de
vos
ET Fleurie. i33 T^ vos assiduités , si , abusantde cette «faveur que jamais* homme n'a 3» obtenue, vous tentiez d'outre-pas- » ser les bornes de la plus austère » décence. »
Cloris qui du coin de l'œil avait furtivement parcouru le billet , était restée immobile d'étonnement , et regardait stupidement Fleurie....
« Quoi? est-ce bien à Corisandre que celas'adresse? après tant de fureurs, un rendez -vous? je n'y conçois plus rien.... »^ — Tout cela est pourtant très-naturel.... Mais voici Corisandre, cours au-devant de lui.... remets lui ma lettre.... et laisse-nous. » Cloris remplit son message , et se retire en cherchant à se fendre compte d'un contraste d© sentimens aussi étrange.
Corisandre après avoir lu le billet ] se rend auprès de Fleurie ; il est difficile de peindre tous $es
i34 CQ&isAirDit|[ transports de joie , et il la quito en lui jurant '^ine constance sans bornes. « J^e periide ! il s'applau* dit en secrçt d'obtenir toutes les faveurs de l'amour , $ans sç cfaar-f ger des chame^ d'un hypien dont son anie impure ne devina jamais les chastes voluptés. » Fleurie en mê(ne-*tems envoie dire au valet de Lucidor de se rendre cîiez elle le lendemAÎa matin au lever de l'aurore. Quelle nuit pour Fleurie que celle-ci ! c'est U dernière fois q\ie les joues paternelles toucheront les sien nés, qne&oa sein palpitera contre celui d'un pare Aujourd'hui belle de tous les dons de la nature ,^ demain elle sera un ohjet de terreur , de^ rtegret et de pi-, tié! O néant! ô mort.l ô yeixgeançe 1 Le valet de. Lucidor fut exact au vrendezrvous ; Fleurie n'eut pas de peine à lui faire part^^ger sa.
fit F L E xi  t É. ï35 fureur et ses projets : tout dorrtiâîl encore dans le château , là nature entière Aageaît dans. les vapeurs du crépuscule', lorsqu'ils «'acheminèrent vers le pavillon^»
Fleurie ayant ouvert4â porte de fer , ^'arrête tout-à-coup, fixe le valet avec un air de mjrstèrè et de gravité qui Ife reiliplit d'étonn^itient , et lui j&rlé en tes termes : «^Tu m'as dit'V{uèLucidor avait été assassiné par lés ordres de Gorisandre ; peuxtu le jurer- sous peine des fiam-' iftes ^éternelles' p.... *— Oui , madame , je le june.... ^- Aimes-lu assez ton maître', pour venger sa
lûort siit' le coupable ^: — Si
je Paime ! oh \ oui , madame , et lorsque voiiS m*en donnerez les moyens , vous, verrez si je iti'ents.... -^Tu tejltres?.... î— Oui, Je le jure/... -=- Mais i-é'fléchis euco-' re liti'înskalû l: Côrîsandré ce soir doit
j36 Coai.SAND&2 venir dans ce pavillon.... c'est-là qu'il va mourir.... Soutiendrasrtu sa présence ?.... ■— Qu'il paraisse , je necrainç rien ; q.ye je venge mon bon maître, et que je meure après , je suis content... — Entre donc... — <?
Après avoir traversé un vestibule digne de servir de sanctuaire aux Grâces , ijs se trouvèrent tous deux dans les sombres corridors de cotte demeure solitaire, lopqu'une poite ouverte tput-ilHCoup ofirit aux yeux du valet un. tombeau de marbre blanc sur lequel étaient peintes ^vec tout Part que l'on pouvait at- .
teindre dan^ les siècles dugothisme j, des caryatides représentaus la douleur , l'amour furieux et le désespoir. Un voile noir tapisse toyt l'intérieur ; ilest parsemé de larmes y couvert des armes de Lucidor , et de son chiffre blanc entrelacé avec celui de JE'leuriej au milieu est une.
B T ï t. B tJ li I K. î37
statue ^colossale , représentant la yeugeanoe ; son œil vomit tou$ les feux de l'Etna; tous ses muscles inégaux et boursouflés annoncent par leur tension extrême que le sang qu'ils contiennent va par une éruption prochaine et terrible, jaillir de tous cotés sur sa victime; un poignard arme l'une de ses mains , l'autre a le doigt dirigé sur le cœur du meurtrier , et cherche , en tâtonnant , l'endi'oit où 1e poignard doit briser les sources de la vie. A ses pieds est un bûcher, dont la flamme est le principe et la fin de toute existence ; sur un billot sont étalés des tenailles , des ciseaux , des pinces et une hache étincelante. La timidité du valet fait bientôt place aux vertiges , à cette religieuse superstition des Druides , qu'impriment dans son ame un appareil aussi extraordinaire ; le silence ef-
138 CôÀrsAï^DlÈttB frayant de cette catavomh^ , • h long et soutd vâgissomèn t des vt>û^ tes , la jjâlé- ïiieur d'une Jâttipe dont le dernier jet est Vimage de }a destruction , et les figures étranges qui couvrent le^ parois décetasi-" le. Fleurie déploie abri' à feesyeux uji filet magique dont les réseaux d*acieront été ihtu^ avec tout Part que Vulcain déploya dans lés siens , lorsqu'il voulut offrir à toute la eotir des immortels la honte de son épouse et l'embarras de Mars* Ils sortent) et elle ordonne éi\ valet de rester à la porte du pavillon et d'y at:endre son retour. Pleine dd celte prévoyance qui annonce que sa vengeance a été long-tems méditée^ elle présent^ au valet de liUcidor ce qui doit faire son repas 5 et le quitte pour aller prendre son dernier auprès de son père.
Quelle situaticQ est la sienne/
^-ïp — • > ■■■>>i
fe T F L É 1^ 4 ÎË E. l3^
là' Mâture combat dans «on ame le barbare plaisir dont la vengeance va l'enivrer. Une larme filiale déèoale de son œil attendri , mais le^ feu du resseiitiîhent l'a séchéè aussitôt: étrange et inconcevable puissance de k faiblesse humaine , qui étoufiFe daus nos 'ctieurs jus*qu'aux plus doux senlimèns de la nature \ Fleurie , après dîner , se jetle dans les bras de son père , et ses lèvres de rose portent encore une fois dans le fond de son ame t&fis les feux du printems/ Adraste trop' ému pourdémêler la cause de ce tratisport , est loin de la soupçonner , et se livre sans crainte aux sublimes épanchemens de l'amour filial ; hélas ! les derniers qui consoleront sa vieillesse. Il quitte ensuite Fleurie pour aller à la chasse.
Cependant Corisandre accusait la nuit de lenteur et impatiôulde
confier à la lune sili^ttciçu^e le^o^ii d'éclairer son triomphe ^ voyait en* .fin arriver. le moment tantdéçiiré.
La première étoile du soir venoit de poindre à l'horison , lorsqu'il se mit en marche vers la mcMitagae y avec la rapidité de l'éclair. Homme , si tes^ forfaits sont uniquement l'ouvrage de la destinée^ je cesse de te plaindre et de te détester , lorsque vil jouet du fatalisme 9 une espérance phosporique te conduit sur une pente jfleurie , vers l'abîme . où tout cesse d'être ! tes crimes ne sont pas plus ta faute que ton malheur, (i) Arrête, Corisandre, l'a-
(t) L'auteut a besoin àt cette opinion pour ne jpz$ attribuer k h pcr-venlcé des homme», mais an destin, ses malheurs et la scéletatesse de celui qui les a causés* G Chéry / lâche et féroce licteur du décemvirat , toi qui as acheté arec le plus puv de mon sang, avec mes larmes et celles de mon épouse, des titres à la faveur de tes maîtres ; Ttl esclave ! homme qui n*as d*éner^ que pour le crime » et
B T Fleuris. 141 xnour te rendit seul coupable , sans lui tu n'a^^ais peut-être point fait verser le. sang d'un rival aiméj vis donc pour réparer ta faute 3 et fuis des lieux où ramoùr va &ire encore deux victimes) épar* gne deux forfaits à la trop sensible filfe d'Adraste : est-ce avec du sang que l'on efface les taches qu'a Eut le sang?... Mais il ne m'écoute pas ) il vole, arrive auprès du pavillon où Fleurie l'avait devancé j i):la voit, palpite, brûle, admire, adore , et tombe à ses pie^s. Jamais.
Fleurie ne lui avait paru plus belle , jamais aussi la fille d'Adraste n'a-* yait brillé de plus de charmes j le' feu des diamans, l'or desopa*
qui ne s«iitU)analsle refflord , wtl^tnétiU destiné dan* le système des êtres » à devenir mon bour» reaa; toi seul dans l'univers ponvab me foire da âial , et dès-lors » j'aime mieux accuser le fatalisme t fnc de prendre de justes représailks. ( F0]r«{ /« journal des loi*, du ta humairt, 17^.
142 GoRISAlTDtS
tes , et Pédat lémpéré du «aph^r Nuançaient sa ceinture amchéè stir le devant ^r une lai^e boucle de pierres prééieusesl 1?nd robe de liu tissue avec toute Piadustriè d*A« ràchné , dessinait sa taille i^vette , et pressait âiollement \iûë gutgë c|ui eût pu servir de modelé à Iflù*dias, pour cel)ë de Yéncte. Utiô agraffe d'or altàcbait à sa ceinture l'extrémitéde sa robe éncadréedan^ Une large bordure oè le plu^ habile coloriste avait imité les fieurfe les plus vives, les feuilles les plus transparentes et jusqu'aux litlipl* des perles de la rosée. De len^ cheveux noirs descendaient sur ^s épaules d'albâtre , noués sur le front autour d'un croissant qui s'élevait du milieu d'une couronne, de roses. Ses bras arrondis par l'amour étaient nuds , et un bracelet de ses cheveux en augnaen-*
ET î I* B ^ il I 35. 143
tait la blancheur. Corisandre ravi par tant de beautés ne peut plus modérer son délire; Fleurie placée ^ous le vestibule , à quelques pas d.u .^uil fatal , lui lance un de ces fçgards passionnés qui o^ous dévo* rent et nous subjugue^pt^ ^t de loii^ )ui teikd unQ nâiûq digne de la pomme de Paris. Corisandre ^(^uet et in<^ j^nsibbe à force de sentir , pose è peine, le pi^d sur 1(Ç, t^pis du saison, qu'un ressort détendu en élevaat tous les bords,, et les r^^ppro^ chant, forme un filet d^us. lequel il ne lui est plus, possible de sQ mouvoir. Fleurie aidée. pac le valet de I/ucidQr,traine alor&sqn prisonnier SQiUsIe$ voûtas sombros., etj]s,led6* posent au pied 4e la st£^tue. , Là , taivdivK qui^ le. fatal bûcher Vallume , jçll^.lvii a5lre^e qç^ discours :
^/ « Le voilà donc .en m^ puis*- 4%oc^oe superl^ïçeçfi^ipj gui^ v^inr
144 C ô à I s A N D tl»S
eu par Lucidor , en champ dos et dans un combat légal ,' n'a trouvé d'autre moyen de se venger ^ue celui d'un assassinat f vôi'li donc ce Corîsandré dont l'hypocrisie profonde versait des larmei fiur un trépas dont il était le seul auteur , qui , les mains teintes du sang du guerrier le plus cmirageaX et le plus aimé, espérait <[ue Ift mienne , que la possession de sa vic« tîme deviendrait le {5rix de son exécrable forfait ! Vainement tu essayerais de te soustraire à ma juste fureur par des mensonges qui te sont familiers , et en rejettant ton crime sur l'amour que je t'ai inspiré J rien ne peut arrêteî* " ma vengeance. Ce n'est pas pour ta laisser impuni que' jente éuis avi^ lie jusqi3fà oindre de répcmdrë*4 tes feux ; liâonstre ! je sais ^ne ta puissance et- tes richesses -te^méf^
traient
tripe&t au-dessus de la loi f tu um
les a peint invoquées pour immo*
Iflor Lucidor y je ne les invoquerai
pa& non plus pour te punir* Menx^
dotte, ce bûcher t'attend, jet'iiii>i
ftiole aux mânes de mon cberLu*
ddor.^*. N'eniends-tu pas sa voiot
qui de tous les côtés de cette eiw
ceinte s'élève contre toi; ne vois-tu
})as soii saftg qui rejaillit sur ta
fête ? » Elle dit ^ et s'armant d'uo
couteau et d'une pinée, elle lui
cerne les yeux et les arrache do
leur orbite. Corisandre jettmt de$
cris épouvantables ; le valet de
Lucidôr lui met un bâillon d^nf
la bouche. Plus le . malheureux
fait des efforts pour se débarras*»
3er de $e& liens ^ plus les élçein*
les le compriment. iFleurie , achar-
tiée sur sa proie trouve daps l'ef-
fusion du sang un noavei ^guil-
iofià sa rage^ et de nouvelles &)rces»
146 GoRXSAirBRX ~^
Le valet de liUcidor refusait de $e prêter à ce lafinement d'atrocité , et voulait par une mort prompte terminercette horrible scène. «Non , dit Fleurie , il ne doit pas mourir comme Luddor , mille agonies ne suffiraient pas pour expier son crime.... Ah ! puisse-t-il mourir mille fois pour renaître et mourir ensuite mille fois encore! et je serai à peine vengée. » En mêmetems , elle lui coupe le nez et les doigts, lui arrache les dents et les ongles, lui jette dans le sein dés charbons ardens , et savoure à longs traits les supplices inouis et le spec* tacle révoltant, qu'offre Corisandre nageant dans son sang et horriblement mutilé , (i) mais ple^n de
(1) Ronttes Tcnnevs qut le nt«f cli«nBld<At » ttnàa» i la ri» et à la Ubené aprèi if mois àm tortures I époux qu*U a rendus à vos femmer éplo» c<ts, ptvHyfils, afllaM, ^arlfla.*H dlitt-in^ s|
4i*Ui^^
ST Tf L H V ^ 1 Zé X47
i^ie, et sur lequel elle peut encore exercer son ingénieuse vengeance.
Après l'avoir laissé dans cet état pendant deux heures , elle prend la hache , et d'une main sûre sépare la tâte du tronc ; énsuiteouvrant l'es»
toraac de sa victinoie ^ elle lui arradie lecœur et les entrailles qu'elle jette sur le brasier. Une fumée in* feete^, épaisse et noire se répand en tourbillons dans le caveau et la lampe expire, fleurie au mî« lieu des ténèbres et de cet ensem* ble d^horrenrs, se retire dans le saHon d'entrée , fait sortir le valet par la petite porte du jardin, et le congédie en. lui donnant une bourse de cinq cents écus d'or^
It iptctad* étt triMBvIn ttnglim «t omtflétytfw iiss4s 4aB« U tonbtreaaqiii Ut coodoiiaû an Mol tr6a« difnc d'eux* a« tous a ]MU inspiré IUytcsm ^ to déllM qu'épfO«T« kt Fleatie , à totiuttr Itntf» qicat ni| monatn noins aupcc «ncocc qnt lit br|» fandt qol dddaaicBt U Ffinec.
t4S C4SI9ANDfL«i
pour faciiîter sa fuite et rivro- k l'aise 8ur une terra étrangère*
JK^etidue à elle même y après s'A- Ira baignée elaroir changé id^ba*' bil8| elle retourne au, ehaleau^of a^enferme dans sa chambre, hk ^ ses sens raffmtehis laîssmt péoé^ ti«r dans son ame des seadoitaa que rentheusiasma de la ven^ l^nce n*a pa entièmment w ef^ £icer, et Paf&Biiâc remc^d^ ava^ sa tna^ de fisr.s'esi emparé d^ sA ridàtibi^ « Malheureuse Fieuiâe !
s'écrie*t-elie , compile sortent ; d'«a[ pnifoâd ^bmnml', 4iu'asttufatt.IU< Si Corisandra est coupaUs Savoie tersé-le tang humain, ne l'es-tu pas Autant (jue lai.?... que cUst^fa.?
ne Pas- tu p as |ai e n davauiage* JI t'aifluait , -et paut^rétre n'aût-il paf osé lul-mêiûe cortimeltre ce crime puisqu'il s'est serri de Maubrun ; uiaîs tu n'as pas. craint «toi « d'étrt
de ta ^reogeaacej et feâôleîi; na s'^t' point couFQiid^s. pi «s épaisses tâçièbrefi ! Ii'ordpe des Siemens iâ'f • point été troublé à i'asptot jde ton bamblé action L^^SirlpoDr^ i}ttoi n'avoir peut é!irof|iué txmtra MU a^a^iu lapuÂssance .des ioixf ne pgtii¥a&3*je pas aOer jjoe jetfec ^ULX piads 4e Henri et de >&a- .bridOe , leur demander vengeance?
. î^l$ aiiFaie|i:t-ëté touchée de fnss pleui^s <«t ide mon infortune...^ Et toi ^ mon .père, fie^quel œil vas-lu roirHafeacbace et malheureuse fille ?. leisdêi^ du meurlner est em^int ste œa front sanglant , et tu gémipas d'aroifer donné le jour à un bourreau } tu .frémiras et lu détourneras lies yenx»
Xes femmes rougiront d'être de
la même natujce que qioi j ce sexp ibrmé pour être sensible , aimcmt et ^oux, abhorrera mon action ^etiriH
^tSo G O m t 5 A !f DUE'
^mifft snr»mdi' l'anathême. Il ne 'réflécbira'^iût q4)fe c'e^t sa^sause qoe'j'av vengée; ti ne verra plus la juste punidbn d'uH coupable y et mon amour ' pour . Lucèdor $ il -ne'^Terraqué l'effusion dii sang qui ûodode mpg mains; ^t jevitrais !••• non, nom;;.' Que dis-jé? ce que )'ai fait, j'ai dû le faire* ïje sang de Lucidor ôrie au fond de nies entrailles, il lui feutencoi^e une victime ;.*• tplus ma vengeance sur Gorîsaindre m. ité 4errib1e«t lente , plus il faut que mon désespoir complette ses excès, 'iklloins ^'iplus de retard; rejoignons Ijucidos^'la honte est mon par- 'tiage dans l'univers, et la paix est «u fond de la tombOé... O mon père! ma mère ! Cloris! attendez.,,, un instant encore et.... je n^aurai plus à rôogir devant vous. »
:Aufisi^lôt Fleurie ouvre un petit cabi^t, prend du poison , ledélaye
E T T £ s IJf À I s/ iSx '
dati s un verre d'eau , et le boit avec .
a idité ; ensuite elle s'assied , écrit
UI1& lettre qu'elle laisse sur la ta»
ble , et tirant dé son sdn le por* 1
trait de I«ùcidor, elle lui adresse
ainsi ses derniers vœux:
O de l'ettTÎt innocente Tictîme «
Obtct dé mes transports brûlans.
Toi dont Famour excuse seul moii aime»
Lttcidor, écoute mes chants!
Au sein de la nuit éternelle Où l'on trouve la douce paix.
Je vole à ta yoix fui m'appelle , Ppur ne plus nous quitter ianaîs»
Dans les bosquets du paisible El^rtée
Le myrte ombragera nos fronts , L'amour constant surnotre aihe embrasée
Versera ses plus rares dons. ^
Ah ! la tombe est le bien suprême
Quand i sa moitié l'on s'unit ; f
Je commence à* vivre alors même ~^
Que mon existence finit.
Le doux Léthé dans ces climats paisibles Nous donnant l'oubli de nos roauzi
x59 G Q m X' s* A« If D « s
Touipu» b«ur«ux , tottjpuK indivisibles «- Nous ne mindrons plus de rivaux*
liOCKqvM! f jûmiBole tiNit â b»i , $i guitunt Cloris et mon pire »
Vh'sôuitir trahit taèneifirsii.'
O d'un héros image <iue j'adore !
Ke çots ces iiamiu ar fliB9'pivflm«âr«A ^ Je yab à liri.«.. ic tsépa»]iis d^ore; .
JLéita;.*«feeiKCQnibc«îe menée» M« 7
Le bruit quç fit Fleurie ei\ tombant , réveilla ua« femioe de chambre : elle aceoûft et 4^it «la maîtresse expirante j elle fait tétentir le château ddfies crii:; Adrasèt et Glorft y volent , et !a chambre se remplit de spectateurs consternés* La lettre de Fleurie s'ofiFre aux yeiix d'Adrasté , il espSre j trouver des lumières ^ et il lit : a Lucidor est vengé ; Corisaadre était son meur« trier ) c'est lui qui a porté .Mauv^
- E-T F i;. S tr « -i X i53
bnm 9en valet , à {e imr^ I4 veille 4^ notre mariage* AUe^ 4u {Mtvil'los^aupieddelamontagne^u nord, et vous jugerez de mpn ^tizK>iir par w^ fureurs* Pédssetit ainsi iQM^ les e^sassios que leur crédit jmçttrait Aa*Klef««s de la vengeaaee ides jQiic I Adieu oion père , adieu 4ii9i J9?àne.9 adicuL Cloris ; >au xnoj]ieot>o«i .vQUs lires ceci , je serai ,xéut$ie .à' Lttcidor. Si «oes remorda ^^u» Um^^t^ placez 110$ ceudrf^ Afix^s le même tombeau, puisq^ f)otne utiion étail vptre ouvrligei ^i là Ucbe Corisaxidre ; ae l'avait pas délFuit s adi0i*''i»^On ieèart au paviUoa, et le specf^de affioeuir qu'il présente fait reculer :d'lior^ reur : le. corps 4^ Cofisamlrs ainst mutilé j est porté dmi lui. Ses patrens accusent le vertueux Adrasté de l'avoir attiré chez luîpouf IJassàs-
r54 C o il I i A tr D R c siner, et il eut payé de sa tête , si Blaubrun arrêté sur ^ce$ entre^ faites , et accablé par ses remords , n'avait avoué son crime et celui de Corisandre, dont la vengeance de Fleurie devenait la juste punition. Tdvfl le monde dét^ta la trahison de Corisandre , et donna des larmes à la tendre Fleurie et^au courageux Luçidor : on fit à ce^ abians des ' obsèques magnifique». Quelques-'Uns blâmaient la cruauté de Fleurie. ,r maïs en examinant l'étendue* de «a perte , ils finirent par la placer^ au . rang dés Lucrëèe , des A^rie/ des*Pt>reie,: ei autres femnias célèbres de l'antiquité. Son cor^s fut -plate dans le même tombeau cpie Lueidqr ^ et l'-on y grava l^épifajphè 'iuivaiite t
Cjr-gf^t4«ux tmi«f,dofi^ !f cmel destin Triflcha lesîôurs k learmatio.
ZT IFiBVRIE. X55
Lttcidoreïpira victime é% l'envie £t sa mort éteisnit lei flambeauzde l'hymen ; Fleurie à son amant sacrifiant ta vie »
Montât en immolant an barbare assassin ;
O vous ! qui bllmez sa furie , Jugez Tamante tt vous plaindrez sa fin*
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Nowemair àt miam fitfÊkiè, fmîsmnt toUme^ itêM ^'it fui ê$ ifiâtmém cA<f It minu^ .avt€ U pri» fusfm'oii pftmkf i^0itUmùdrê,
Moflitts redirlnis , on Its Satvnules fnaç aUes ,
I Tol. ia-1^9 1 Uy.
Lm Calot'mr , ou la Tefatatioa de ^alat Ânt<rtiic t
U*m , 8 Ut.
Ces deai: ouTxages TOnt ensemble.
L'éloge de quelque chose» U*m^4 Uv. lo sont»
Lttcina sine concubitu , idem y 4 lir. zo sous. Ces deux ourrages Yont ensemble.
Les Soupirs du clohfe» Mbn, 4 Iîy. 10 sous.
Les Serins , poème didactique , idtm , 4 Uy. 10 sous* Le Pain béni, idtm^ 3 Uy. 10 sous.
Formes philosophiques sur l'homme , idem , 7 Ut* Ces quatre ouvrages Yont ensemble.
KouYClles gaiantet et tragiques, idem, 10 Ut» Les VeiUées du couTent , idem , i» llr.
Le BréTiaire des jolies femmes , idem , la Uy. Histoire de Marie Stuart, a toI., s5 Uy.
Ces trois ouvragés sont sous presse.
I>e PutUlté de la flagellation , traduit du latin d» Meibomins, i toU in-iS, fif*> *5 Ht*
N9ta, Usera ajouté af sous poàr le port de chai. ^iC-TolnmCf si on teut le r ccevoir par In poste..
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